‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 150 sur 509 · V. — Saadya et la grammaire Hébraïque · texte numérisé non relu

V. — Saadya et la grammaire Hébraïque

Saadya s'étant occupé de toutes les scieaces qui intéressent la relig^ion, ne pouvait manquer de faire une étude raisonnée de la langue de la Bible, et c'est probablement lui qui le premier a écrit sur la grammaire hébraïque. Ses œuvres grammaticales sont malheureusement perdues, mais le Séfer Yesira nous fournit sur ses idées quelques renseignements qui ne sont pas à négliger. On voit qu'à Tépoque de Saadya la grammaire hébraïque était encore dans son enfance. Le texte de la Bible venait seulement d'être établi définitivement. Les règles grammaticales que donne notre auteur marquent une connaissance bien superficielle et bien incomplète des formes hébraïques. Ce sont des observations isolées, qu'on n'a pas encore appris à mettre en ordre. On n'a qu'à voir dans quelle suite bizarre sont données les règles relatives aux gutturales (iv, 3) : il y a une règle pour ")31N opposé à Dn3N, une autre pour IDli opposé à "1DJ?J 05723?) une pour IDD^ opposé à 1J73^ et ainsi de suite, jjîf^ et np^ sont opposés à JJV et I^V, et Saadya attribue l'absence du

daguesch dans ces deux mots à l'influence de la gutturale. Il donne comme marque des palatales (p2\1) que, lorsqu'elles se trouvent entre deux voyelles, elles prennent un daguesch, et il ajoute naïvement que d'autres lettres ont aussi cette propriété. L'étude de la grammaire hébraïque a marché depuis Saadya, mais il est un des créateurs de cette science, et ce n'est pas là le moindre de ses mérites.

Saadya emploie une terminologie que nous ne retrouvons plus chez les grammairiens de l'école espagnole. Chez lui ^j^^^ désigne une syllabe fermée, ^yL» une syllabe ouverte ;

s'appliquant au scheva, ce mot désigne le scheva mobile. Le mot ^jO^ paraît aussi désigner une syllabe ouverte, toutes les syllabes ouvertes étant sans doute considérées comme lon^

XII IKTRODUCTIOH

gues. Saadya se sert du terme J^Uj pour le nlfal. Il est à

supposer qu'il employait Jift) pour le hitpael. Il appelle le hofal jLLtol contrainte. Il ne donne pas les noms des autres

formes.

Saadya donne des renseignements sur la double prononciation du resch en Palestine et en Babylonie (ii, 3 et nr, 2). D'après lui, les Babyloniens observent la distinction en parlant, mais sans qu'on puisse établir de règles à cet égard. Les Palestiniens distinguent les deux resch dans la lecture de la Bible; ils font vibrer le resc/t avant ou après les sifflantes et les dentales; dans les autres cas ils le grasseyent.

Le commentaire sur le Séfer Yesira nous fournit, en outre, des indications masorétiques d'autant plus intéressantes qu'elles montrent dans certains mots une ponctuation différente de la nôtre. Ainsi, dans DN1DD ^H^T (I; Samuel, xvi, 6, xviii, 6) quelques éditions, et dans IJnii^DD (Jérémie, m, 25) toutes les éditions ont le bet rafé; de même pour le ko/ de yn^'D ^iTT (Genèse, xxix, 13; xxxix, 9, etc.). Saadya dit expressément et avec beaucoup de raison que le bet et le kaf ont un daguesch dans tous ces passages. De même les lettres initiales de N^lDm N^IDIJ : Saadya dit aussi que le hé de D^jbnn, D^Dinn, D^jOnn porte un qemâ§; or nos textes ont MnpetâfjL.

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