VI. — Le Manuscrit du commentaire et les traductions
Le commentaire authentique de Saadya sur le Séfer Yesira n'existe que dans un manuscrit unique de la bibliothèque d'Oxford. Heureusement ce manuscrit est en très bon état et généralement correct. Copié en tischri 1574 desSéleucides (septembre-octobre 1264 de l'ère chrétienne), il a été revu et corrigé par une main attentive. Généralement les corrections sont données comme variantes et placées soit au-dessus du mot défectueux, soit en marge. Le manuscrit se compose
INTRODUCTION JUU
de 102 pages de 23 lignes (4 pages ont 25 lignes). Les mots hébreux sont très souvent ponctués, mais pas toujours exactement. Les phrases et surtout les versets sont généralement suivis d'un point ou de deux points et quelquefois de blancs.
Quelques extraits du texte arabe ont été publiés jusqu'ici et traduits par Munk {Journal asiatiquej II, 1850, p. 19), par M. J. Derenbourg {Manuel du Lecteur^ p. 207-210; Notes épigraphiqueSy p. 142) et par M. Neubauer {Notice sur la lexicographie hébraïque^ p. 215-222).
Les traductions hébraïques du commentaire de Saadya sont anonymes; on en connaît deux. L'une existe en manuscrit à la bibliothèque royale de Munich (codex 221). L'auteur de cette traduction a, en général, bien compris le texte; il commet sans doute quelques erreurs; il lit, par
exemple, Jjl pour J,^!, ^^ >*^^ pour |^|^rf, n^aîs ces
erreurs sont peu importantes. La traduction, sans être littérale, est assez exacte, parfois elle ajoute quelques membres de phrase explicatifs. Ce qui est plus grave, c'est que^ dans le manuscrit, il existe une grande lacune qui va du milieu du paragraphe 2 du chapitre n jusqu'au milieu du paragraphe 1 du chapitre m.
De l'autre traduction nors n'avons que des fragments donnés en divers endroits par Yehuda bar Barzillaî dans sou propre commentaire sur le Séfer Yesira. Ces fragments font à peine regretter le reste, car la traduction est pitoyable. Elle fourmille de contresens et contient à la fois des additions arbitraires et de nombreuses lacunes. De pltis, l'exemplaire que Yehuda bar Barzillaî avait sous les yeux était des plus défectueux. On comprend que cette traduction ne puisse guère servir à éclaircir la pensée de Saadya; cependant nous avons pu la mettre quelquefois à profit pour fixer le texte original.
Pour ce qui concerne le texte arabe, nous n'avons pas cru devoir conserver les fautes grammaticales du manuscrit, quand bien même elles pourraient provenir de Saadya ; nous
XIV INTKODUCTION
les avons seulement consignées en note. On trouve quelquefois l'indicatif pour le conditionnel ou le subjonctif. Très souvent Tattribut de la proposition est mis à l'accusatif, comme si le verbe .,1^ était exprimé, quelquefois même le sujet lorsqu'il est mis après le verbe, surtout quand c'est un participe. Les pluriels absolus des noms quadrilitères prennent la nunatîon. Le nom est mis au génitif après les noms de nombre supérieurs à dix. Le pronom ^JJ| sert quelquefois à tous les genres et à tous les nombres.
Comme tous les ouvrages arabes écrits par les Juifs, le manuscrit est en caractères hébreux, ce qui amène certaines particularités orthographiques. Il faut noter tout d'abord que,
parmi les lettres à double prononciation, le b et le ï seuls se distinguent régulièrement du D et du V par le point diacritique. Le L est écrit J; quelquefois, surtout vers la fin du
manuscrit, J, tandis que le ^ est toujours j. Le i, le ^^ et
le ^ ont rarement, et seulement vers la fin du manuscrit, le
trait supérieur : n, n, 2; autrement, ils ne se distinguent
pas de 1, p, 2. Les deux points du ha marbouta sont presque toujours omis. Le dhamma est marque deux ou trois fois, les autres voyelles jamais. Le haviza simple, comme dans • -i», -jfx, n'est pas rendu; à l'accusatif ces mots s'écrivent N^tl^, XTJl. De même le ya liamzé est souvent supprimé dans les mots tels que l^lj'^'. La terminaison *!, à l'infinitif de la septième et de la huitième forme des verbes en j ou ^, exemple : '\>>^X '!-^l> est remplacée par un simple yod. Le niedda au commencement des mots est aussi parfois rendu par un yod : ^, participe de ^«1, est écrit ^n\N{, }S\ nx^^^^ Cependant .,t tempy est écrit ^îîN, ^tJ/t» p'^ND- Le teschdid n'est presque jamais marqué-, le ya et le mm sont quelquefois doublés au lieu d'avoir le teschdid. Au futur des verbes, le fatlia suivi d'un ya est rendu par Yalef^ ce qui permet dnns certains cas de distinguer l'actif du passif, exemple : XVnP, ^îfnn (il, G). Dans les participes des verbes en j ou ^ comme
DîTBODUCTION XV
.,lj, jL.;>, le manuscrit met le yod : ^JXD, ^IXDflD. Le mot .,l-J| est souvent écrit |DiX; par contre J^ty devient souvent J^ty, comme >*J!y pour Jty. Enfin le manuscrit emploie VDJ pour !^**j de ^^ *.
En terminant cette courte introduction, qu'il me soit permis d'exprimer ma reconnaissance à mon cher maître, M. J. Derenbourg, qui a bien voulu m'abandonner les copies qu'il avait fait faire du texte arabe et de la traduction de Munich, et qui m'a aidé de ses conseils pendant toute la durée de ce travail. Je remercie également M.- A. Neubauer, qui m'a envoyé une copie personnelle du manuscrit d'Oxford. Avec ces deux copies, nous avons pu établir un texte satisfaisant, que nous avons ensuite collationné à Oxford sur le manuscrit même. Je remercie enfin M. Hartwig Derenbourg, dont le savant enseignement m'a mis à même de publier le présent ouvrage.
1. Pour toutes ces remarques, comparez la préface de M. Landauer au Kifah alamanat toaUttqadat, Leyde, 1880, p. xiv-xvii; Cohn, Dos Bach Hiob, Altona, 1889, p. 7.
ABREVIATIONS
Premier texte de Tédition de Mantoue, 1562
Deuxième texte de cette édition.
Yehuda bar Barzinaï.
Sabbataï Donolo.
Traduction hébraïque.
Manuscrit arabe.
ajoute.
omet.
Edd.
Editions.
TEXTE DU SÉFER YESIRA^
Premier Chapitre.
Premier paragraphe. — Par trente-deux voies mystérieuses de sagesse Yah, rÉternel Sebaot, le Dieu d'Israël, Dieu vivant, Dieu tout-puissant, élevé et sublime, habita,nt l'Éternité et dont le nom est saint, a tracé et créé son monde, sous trois formes*, dans récriture, le nombre et l^ parole. (Ce sont) : dix nombres primordiaux^, vingt-deux lettres fondamentales, dont trois principales, sept doubles et vingtdeux simples.
Deuxième parafiraphe. — Dix nombres primordiaux selon le nombre des dix doigts, dont cinq sont en face de cinq. Et la personne de l'Unique est juste au milieu, par la parole, la langue et la bouche*. Ils correspondent aux dix infinis : profondeur du commencement et profondeur de la fin, profondeur du bien et profondeur du mal, profondeur du haut et profondeur du bas, profondeur de l'orient et proftmdeur de l'occident, profondeur du nord et profondeur du sud-, et un maître unique. Dieu, Roi fidèle, les domine toutes du séjour de sa sainteté et jusque dans Téternité des éternités.
1. Comme Saadya donne en arabe la traduction du texte du Séfer Yesira, nous avons pensé inutile de donner deux fois dans rintéricùr de l'ouvrage la tratluction française d'un même paragraphe, une fois d'après l'hébreu et l'autre fois d'après l'arabe; nous avons cru préférable de mettre ici le texte entier du Séfer Yesira, traduit d'après l'hébreu, réservant pour l'intérieur de l'ouvrage la traduction de la vert^iou arabe. On aura ainsi une vue d'ensemble du Séfer Yesira, et Ton pourra, d'autre part, comparer la traduction faite sur l'original avec la version de Saadya.