‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 202 sur 509 · Michée, vu · texte numérisé non relu

Michée, vu

LE 8ÉFER TESIRA 59

La seconde proposition sur ce sujet est : Examine-les et S07ide4es. L'auteur veut dire par là que celui qui parle, quand il parle, celui qui compte, quand il compte, et tous les autres agents quand ils agissent, combinent et composent, ne sortent pas de Tensemble des (dix nombres), mais font tout cela d'après eux, comme il est dit : Avec eux et d'eux (bahen et méhen). Et il n'y a pas moyen de sortir de dix dans le nombre et de vingt-deux dans la parole, et c'est ce qui prouve que les créatures sont enfermées, sans pouvoir en sortir, dans la ligne que leur a tracée le Créateur — qu'il soit exalté et célébré ! — C'est pour cela qu'il dit : Sache, pense et crois. Le sens de ces trois mots est que l'homme d'abord doit savoir, ensuite qu'il réfléchisse et discerne, puis qu'il croie ce que la raison saine lui certifie comme vrai. Or, je vais expliquer ici un chapitre important de Tentendement et je dirai : Il n'y a pas moyen de discerner une chose avant d'avoir embrassé tous les points qui la caractérisent, et le moyen pour cela consiste à les embrasser par la faculté de la synthèse, et lorsque tu les as tous présents et que tu n'as rien omis, alors c'est la faculté d'analyse qui les dispose, et elle annule ce qui est faux et affirme ce qui est vrai, ou elle approuve ce qui est bien et désapprouve ce qui est mal. Et lorsque l'œuvre de la faculté analytique est achevée, la faculté de la croyance accueille cette chose discernée et jugée, l'adopte et la garde. C'est pour cela que l'auteur dit : Sache, pense et crois.

Le sens de : Place lu chose d'aprh son évidence, et établis le Créateur d'âpre sa qualité, est que le seul moyen d'établir (l'existence) du Créateur, le Sage, consiste à établir d'abord les réalités (des choses). En effet, nous, la communauté des croyants, reconnaissons en premier lieu que nos sens nous donnent toujours la vérité, par exemple : Telle lumière est une lumière réelle, de même l'ombre-, tel objet chaud est chaud véritablement, de même le froid, et telle substance ne comporte aucun doute, de même Taccident. En général, la science consiste à arranger les choses dans leur ordre, et à les mesurer selon leur mesure. Et ce faisant, il est juste que ce que nous en déduisons par notre raison et notre esprit soit une vérité certaine, à savoir que (les choses) ont un Auteur sage — qu'il soit exalté! — ainsi que tout ce qu'ont besoin (de croire) ceux qui s'attachent à leur foi. C'est pourquoi (l'auteur) a mis : Place la chose selon son évi-

dence et établis le Créateiir d'aprh sa qualité. Et c'est pour cette raison que la loi a mentionné la création avant le Créateur, en disant : Au commencement créa DieuK Mais celui qui prétend que les sensations ne lui paraissent pas établies et qu'elles ne sont pas certaines pour sa raison, n'a aucun moven d'en tirer une vérité cachée ou d'en déduire un fait ignoré.

Dans la troisième proposition Tauteur dit : {Les nombres) correspondent à dix infinis dont le début est semblable à réclair et dont la fin est sans limite. Il veut dire parla que les origines des choses ne font d'abord que donner une lueur à la raison, c'est comme si elles lançaient des éclairs devant elle, puis elles se révèlent à (la raison) et se manifestent, comme si elles étaient placées devant elle. Puis elles s'augmentent et s'agrandissent au point qu'on n'en peut atteindre les extrémités. Tout homme intelligent constate ce fait quand il se met à réfléchir. Il trouve que sa réflexion fait, en quelque sorte, sortir quelque chose de l'ombre à la lumière, comme il est dit : Il met en lumière ce qui est caché^. Ou c'est comme si l'on puisait de l'eau dans un puits profond, ainsi qu'il est dit : (La réflexion est une eau profonde dans le cœur de V homme); mais l'homme intelligent sait la puiser^. Ou comme si l'on était échauff'é* par l'odeur d'une plante, et qu'on poursuivait cette odeur selon la comparaison qu'en fait (l'Écriture) : Les mandragores ont répandu leur odeur\ Ou comme si l'on avait vu briller quelque chose de lumineux et qu'on voulait l'atteindre, comme il est dit : Maison de Jacob, allons, marchons à lu lumi^.re de V Éternel^. Pour ces raisons il convient que le maître fasse aller graduellement son élève dans l'étude et le fasse marcher doucement, de façon à l'élever successivement aux divers états de la connaissance, et qu'il ne lui découvre pas d'un coup les mystères de la science, car cela lui serait' trop difficile en raison de son ignorance. Mais qu'il le traite comme on

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