G. Vind. ep., V
lui écrivit : « Vous vous laissez peut-être dire par vos pensées intimes ou par ceux qui vous entourent de flatteries : Si notre seigneur se faisait moine, toutes ses terres seraient aussitôt dispersées. Sachez que ceux qui vous parlent ainsi n'ont point souci des véritables intérêts de votre âme; un jour viendra où vous devrez quitter vos terres et vos biens, que vous le vouliez ou non ; si cela se fait contre votre volonté, ce sera aussi contre le bonheur de votre âme. Assurément, très cher parent, Dieu, qui a permis que vous fussiez seigneur du flef de Craon, Taurait aussi bien pu donner, si telle avait été sa volonté, à cet enfant borgne que, tout enfant, je me souviens avoir vu à votre cour. Plus Dieu vous a comblé de biens et plus vous êtes son débiteur. C'est être bien malheureux que de se laisser abandonner par le monde, au lieu de Tabandonner le premier; nous le délaissons lorsque, renonçant à lui de notre plein gré, nous prenons en haine tout ce qu'il nous oflVe de bon et de mauvais; c'est le monde qui nous quitte le premier, quand notre moment dernier nous trouve rampants dans le péché \ » La chaleur que mettait l'abbé à soutenir ces sentiments témoignait combien il devait s'indigner des défaillances de ceux qui, ayant une fois choisi la vocation monastique, Tabandonnaient pour rentrer dans le monde. Dans son administration, Geofi'roi a très sévèrement puni les relaps ; il n'admettait même pas qu'un homme s'étant destiné une fois à l'état de moine pût modifier son intention, fût-ce avant la profession et la bénédiction abbatiale *. Ermengarde, comtesse de Bretagne, se montra très inconstante en cette matière ; elle entra plusieurs fois dans le cloître et en sortit au premier prétexte. En 1117, presque immédiatement après la mort de Robert d'Arbrissel, elle abandonna Fontevrault, où elle s'était retirée, son mari Alain Forgent ayant, sur les conseils de sa femme, pareillement délaissé le pouvoir vers la fin de sa vie pour se faire moine à l'abbaye de Redon, et elle rentra dans le monde '. Geofi'roi trouva l'occasion belle pour exercer son zèle ; il adressa à Ermengarde la remontrance suivante :