‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 454 sur 509 · LES DROITS DU SAINT-SIÈGE SUR LA TRINITE · texte numérisé non relu

LES DROITS DU SAINT-SIÈGE SUR LA TRINITE

Toute l*histoire de la congrégation vendômoise a été dominée par ce fait que Tabbaye dépendait directement du pape. Déjà, il est vrai, la prépondérance pontificale était assez fortement établie en Occident pour qu'on put dire que TÉglise tout entière, et dans tous ses membres, était soumise au Saint-Siège. Née au xi° siècle, l'abbaye de la Trinité eût été en tout état de cause dans l'impossibilité de discuter la suprématie romaine et l'autorité qu'en dernier ressort le successeur de S. Pierre pouvait exercer sur elle.

Cependant, ce n'était point dans sa dignité de chef suprême de la hiérarchie ecclésiastique que le pape trouvait le fondement et l'origine essentielle de ses droits sur la Trinité. Son autorité y était en quelque sorte de source privée. Elle provenait d'une donation particulière. A la vérité, si les fondateurs avaient remis leur abbaye au Saint-Siège, et si Tévêque de Chartres avait consenti une aliénation de son autorité dio-

césaine au profit de l'Eglise de Rome, c'était en vertu de leur respect paj^ticulierpour une dignité prééminente dans l'Église d'occident. De même les papes eussent usé par la suite dans le monastère de Vendôme d'une autorité fort différente de celle qu'ils y exercèrent, s'ils ne s'étaient sentis appuyés sur leur omnipotence ecclésiastique. En sorte que souvent, dans les rapports entre la congrégation exempte et son chef, il est malaisé de distinguer ce qui tient au caractère général de la puissance pontitioale, de ce qui résulte des liens privés établis par la charte de fondation. Mais les droits immédiats, pleins, absolus du pape sur la Trinité provenaient de la clause

par laquelle Geoffroi Martel et Agnès avaient remis leur abbaye « dans la main et à la disposition des pontifes romains *. »

Ces droits s'appliquaient au temporel, comme au spirituel.

Au temporel, le pape est réputé propriétaire de l'abbave. Les biens-fonds dont elle se compose sont les terres de S. Pierre*. Elle est le patrimoine du Saint-Siège et son alleu, c'est-à-dire son domaine propre '. A la façon dont est désignée la propriété territoriale du pape sur lé monastère, on se prendrait presque à penser aux possessions nombreuses qu'à l'époque mérovingienne l'Église romaine avait tenues en Italie, en Gaule et ailleurs. Les termes appliqués à Vendôme sont au reste employés en cette matière pour toutes les communautés rattachées directement au Saint-Siège. Les nouvelles dépendances de l'Eglise romaine ont, comme les anciennes, leurs administrateurs qui sont les abbés des monastères soumis. Ils ne gèrent plus pour leurs congrégations, mais pour le pape. L'abbé de Vendôme tient son humilité pour chargée du soin des biens de S. Pierre remis à sa garde*. La fonction qu'il exerce lui vaut le titre qu'il porte avec le plus d'orgueil. Gérant l'alleu de l'Eglise romaine pour et par le Saint-Siège, Geoffroi se dit son « allodier » et son serviteur*. Le terme d'alleu désignait une propriété indépendante ; le

1. Charte de fondation : « ... In eorum manu ac dispositione. »

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