‹ Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1196-1384)Chapitre 453 sur 509 · I, 18 et I · texte numérisé non relu

I, 18 et I

2. I, 20. Il s'agissait probablement des sentiments que Geoffroi avait exprimés sur Pascal II, après les concessions de Tannée 1111.

faisait d'uQ proverbe courant. « La vraie misère ne tarde pas à suivre le faux bonheur. » Geoffroi ajoutait « des Normands\ » Après avoir protesté de son dévouement envers le Saint-Siège, l'abbé écrivait : « Si quelqu'un pense autrement de moi, il ne sait ce qu'il dit... Quiconque avancera quelque chose contre la pureté de mes dispositions, et de mon attachement pour le pape, n'a qu'à se montrer : je me chargerai de mettre bien vite ordre à son mensonge. » Cette lettre était vive ; la suivante n'attaquait plus dans le légat le normand seul; elle s'en prenait à toute sa conduite et faisait bon marché de sa dignité ^ L'abbé de Vendôme s'y exprimait comme il suit :

« Par grâce pure et non à cause de vos mérites, l'Église romaine a élevé votre petitesse, de telle manière que votre petit doigt parait maintenant plus gros que ne l'était tout le corps de votre père. Ainsi en témoignent les paroles pleines de gloriole où se complaît votre vanité. Vous en devez d'autant plus d'obéissance à cette Eglise, et votre devoir serait de chercher à augmenter le nombre de ses amis, à lui gagner ses ennemis, à la servir en fait plutôt qu'en paroles, à ne point scandaliser ceux qui sont ses fidèles et à ne pas faire triompher ses adversaires par une conduite honteuse. En agissant autrement, Votre Grandeur, que le pape a créée en la tirant d'assez bas lieu, rend le mal pour le bien. » L'abbé faisait ensuite une énumération de quelques-unes des fautes qu'on imputait au légat. A l'entendre, Girard s'était laissé corrompre pour tremper dans des intrigues de mariage. Il avait consacré moyennant argent une élection irrégulière dans le monastère de Charroux. Il avait réintégré, par intérêt pécuniaire, un abbé justement déposé, et malgré les protestations de la congrégation. Il s'était fait payer un mandement judiciaire, contre le devoir de ses fonctions qui lui

1. « Falsam beatitudinem sequitur vera miseria. » Cf. G. V. ep., I, 30 ; II, 3; V, 14. Ici Geolfroi intercale Norlhmannorum.

2. I, 21. Cette missive semble écrite vers 1113. Maratu (^Girard, évéque d'AnyouUme^ p. 289) remarque qu'elle ne peut être antérieure à cette année, à cause de rallusion au procès perdu par Foulques, abbé de Baignes, le 31 octobre 1112. Cet auteur la regarde comme des derniers jours du pontificat de Pascal.

imposait la gratuité d'intervention ; encore n'avait-il pas livré les lettres de justice qu'il avait vendues ^ Il avait été gagné par le roi d'Angleterre et pour plaire à ce monarque avait excommunié Foulques V, comte d'Anjou*. Il avait promis à l'abbé de Saint-Jean d'Angély la déposition d un ecclésiastique saintongeois contre argents Sa conduite était un objet de scandale, et lui-même la risée de la foule qui le chansonnait*. « Je vous signale, concluait Geoffroi, quelquesuns parmi les nombreux méfaits que vous avez commis ou qu'on vous prête; ce ne sont pas les plus grands... Le Seigneur Christ a remis à S. Pierre seul le pouvoir de lier ce qui est à lier et de délier ce qui doit être délié. Ne cherchez donc point, sous prétexte de la légation qui vous a été confiée, à usurper plus ou autre chose que ce dont vous êtes chargé. Je vous ai moi-même entendu proclamer, et cela devant des laïques, que vous aviez autorité pour déposer les évêques, et j'ai pensé que c'était une présomption bien nouvelle que de s'arroger de telles prérogatives. Aucune raison no peut faire que les légats du siège apostolique jouissent d'une puissance réservée au seul pontife romain. Mais par vos affirmations, vous vous êtes érigé en une manière de second pape. L'appel à Rome, dont chacun peut maintenant librement user, serait supprimé si l'on s'en tenait à vous. Pour moi, je m'imaginais que votre médiocrité avait reçu une légation du siège apostolique, non qu'elle fut le siège apostolique

1. Geoffroi veut parler de l'appui acconlé par Girard à Foulques, abbé de Saint-Etienne de Baignes, qui voulait soumettre sa congrégation aux Clunistes. Mais cette entreprise avait mal tourné jwur Foulques qui n'avait rien recueilli de la bonne volonté d\i légat. V. Maratu : Girard, évéque (V Angoulême , p. 101.

2. Le comte d'Anjou, devenu héritier du Maine, avait résisté aux prétentions de Henri I"" qui réclamait ce comté comme apanage de la Normandie. Girard excommunia Foulques comme.vassal rebelle pour ce fait (1111). V. Maratu, p. 107.

3. Renaud Chesnel que Maratu (note à la p. 84) tient pour l'évêque de Saintes qui succéda à Pierre de Soubise. Le motif de la conduite du légat était que Henaud s'opposait aux projt»ts de l'abbé Foulques (Maratu, p. 102).

4. (( Nos autem quod audivimus, unde etiam quod pejus est, cantilenam composuit vulgus, quoniam publicatum est, vobis occultare nec possumus, nec debemus. »

lui-même ; je pensais que le seigneur pape ne vous avait confié que cette part de fonctions ecclésiastiques dont sont investis les autres légats; je ne croyais pas que vous eussiez la plénitude de la puissance pontificale*. »

Les réponses de Girard à Geofiroi font défaut, et c'est grand dommage, car il y avait matière à une riposte chaude. Le prélat à qui Tabbé de Vendôme écrivait ainsi était parmi les grands de TÉglise : il tenait par ses fonctions de très près au pape; mais ce n'était pas le pape même. Le légat apostolique formait en quelque sorte la dernière étape de la route qui séparait Tabbé d une congrégation française du successeur de S. Pierre à Rome. L'abbé de Vendôme avait ce privilège de ne s'arrêter à aucun intermédiaire, quelque rapproché qu'il fût de Rome, et de se réclamer du pape seul.

1. Quelques lettres de Geoffroi adressées à divers légats pontificaux offrent peu d'intérêt pour la question des rapports de ces dignitaires avec les religieux exempts. Lettre I, 22, l'abbé remercie Girard d'Angoulême de ses services et lui demande une entrevue particulière et secrète ; — I, 23 (écrite en 1 109), il éclaire ce prélat sur quelques points touchant l'abbaye Saint-Nicolas d'Angers; — 1, 28 (écrite en 1098), il proteste à Hugues de Dié qu'il n'a pas accusé Geoffroi de Mayenne, évéque d'Angers, auprès du pape.

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