III
le bruit se répandit jusqu'à Rome que Tarchevêque primat de Bretagne avait traversé la mer se rendant à Rome avec une grande charge d'or et d'argent. Alors quelques hommes, enflammés d'une mauvaise cupidité, guettent les chemins, placent des avant-gardes et préparent des embûches pour prendre le prélat. Les partisans du roi allemand surtout favorisaient ces préparatifs à cause de l'inimitié qui existait entre leur chef et le pape. Il y avait aussi Tarchevôque de Ravenne, Gurbert ; il avait été chassé du Saint-Siège dont il s'était rendu maître contre tout droit, et il s'occupait de préparer des pièges par tous les moyens imaginables : lui-même et ses gens cherchaient à y prendre les ecclésiastiques qui se rendaient à Rome. C'est ainsi que furent capturés des évêques, des moines et des clercs, spoliés par ces persécuteurs, couverts d'outrages et mis à mort*. »
Geoffroi fut exposé à ces désagréments. Son premier voyage sous le pontificat d'Urbain se fit dans des temps troublés S et malgré quelques accords temporaires entre les impériaux, les partisans des anti-papes et les orthodoxes, il y eut peu de sûreté pour les expéditions à Rome pendant la prélature de l'abbé. Voici une lettre que Geoffroi écrivit en 1117, probablement à Gautier, trésorier de l'église de Tours^; ce dignitaire, désigné pour l'office d'archevêque, désirait que l'abbé l'accompagnât en Italie : « Mon souhait serait de vous obéir, mais ma faiblesse s'effraie beaucoup de l'objet de mes vœux. Les pèlerins arrivant de Rome m'ont appris que la ville était dans un désarroi complet ; le pape n'y est point, et Pierre de Léon a perdu Sutri. Calixte séjourne à Bénévent sans trouver moyen de rentrer à Rome. Ceux, quels qu'ils soient, qui se laissent prendre en se rendant auprès de lui, ne sont pas seulement dépouillés de leurs bagages, mais
1. Eadmer : Historia novorum, II, 3, cité par Watterich, I, 608.
2. Ep. I, 8, il dit : « Il serait long de raconter tous les maux que je souffris en route et à Rome même ; pour éviter d'être reconnu, je dus me donner pour un des serviteurs de mes propres gens ».
3. Maratu (Girard, évéque d^Angouléme, p. 165 et note à la page 156) fait remarquer que Sirmond s'est trompé en faisant mourir Raoul de Tours en 1119 et en attribuant la lettre V, 3, à l'an 1120. Gilbert, neveu de fiaoul, qui supplanta Gautier dans le poste d'archevêque, fut confirmé par le légat Girard d'Angoulême en mars 1118.
Coup AIN. Geoffroi de Vendôme, 17
encore de leur vie. Aussi, avant de me décider, voudrais-je conférer avec vous ; si vous êtes résolu à exposer votre vie à un péril certain avant le retour de vos messagers, faites-le moi savoir. Pour moi, je ne saurais vous approuver en ce cas. Je ne veux point bouger sans vous; néanmoins, si je me trouve en santé, je serai prêt à vous accompagner en prison et à la mort, afin de vous être utile. Salut; et ne répétez à personne ce que je vous dis à l'oreille * ».
Il parait bien par cette lettre que le désir de Geoffroi de partir était assez tiède. Il avait pu juger par lui-même des mécomptes auxquels on s'exposait par ces voyages, car il rapporte avoir été capturé trois fois dans cette sorte de circonstance ^ Son dernier conseil à Gautier venait de ce qu'il ne voulait point que la connaissance de son départ fût ébruitée. L'abbé s'exprima de même manière à son ami Bernier de Bonneval en une autre occasion : « Comme vous savez, lui dit-il, je me rends à Rome, mais c'est une chose que je vous dis à l'oreille^ ». Il cherchait aussi à ne jamais faire route seul. « Je serais maintenant parti pour Rome, écrit-il à Calixte II, mais je n'ai pu trouver une société sûre. * » Pour faciliter le départ de l'abbé, Calixte lui enjoignit de profiter de ce que le comte de Vendôme allait à Jérusalem pour l'accompagner jusqu'à Rome^ Pareillement, GeofiFroi concerte un voyage avec Renaud, archevêque de Reims, et demande que « son humilité puisse s'adjoindre à la suite du prélat* ». Cette nécessité d'une bonne escorte ajoutait encore aux périls affrontés l'ennui d'une dépense considérable.