G. Vind. ep., III
pour me conformer à la décision d'un seigneur et maître tel que le pape, si Tétat de ma santé me permettait de faire ce qui m'est imposé ; mais il en est autrement. Jamais un homme de sens ne s'est exposé à la mort, si ce n'est poussé par l'attente certaine d'une récompense éternelle. Celui qui appellerait vers lui une mort à éviter mériterait le châtiment plutôt que le repos. Jésus-Christ nous a enjoint de porter notre croix, non de nous creuser une fosse*. » Un peu plus tard l'abbé écrivit à Honorius II qu'il se rendrait le plus tôt possible à Rome, quoique son âge et ses infirmités lui fissent souhaiter la tranquillité, et que son esprit ne s'effrayât pas médiocrement à la pensée d'être arrêté en chemin par « une mort de pèlerin* ». Geoffroi, tout énergique qu'il fût, s'est beaucoup préoccupé de sa santé ; à cause d'elle il s'est souvent excusé de ne pas se rendre à Rome, et une fois au moins il a interrompu àVézelay un voyage commencée II prétendit que l'origine de ses infirmités physiques était la fatigue de ses fréquentes expéditions en Italie * ; peutrêtre ne leur était>elle pas étrangère, quoiqu'on puisse observer que dès les premières années de sa prélature, alors qu'il ne comptait encore que peu de visites à Rome, Geoffroi s'excusa auprès d'Urbain II sur une indisposition pour ne point se présenter devant le pape\
D'autres raisons encore que des motifs de santé personnelle faisaient sentir à l'abbé le poids de son obligation. La situation générale de l'Église à cette époque rendait très périlleuse la route de Rome. La guerre entre l'Empire et la papauté suscitait mille dangers aux partisans du Saint-Siège qui pour se présenter devant la ville de saint Pierre passaient sur les terres impériales. L'interception des fidèles orthodoxes était devenue un métier très profitable aux adversaires des papes. Eadmer, auteur anglais, parlant d'Anselme archevêque de Canterbury, dépeint comme il suit les risques auxquels s'exposaient les voyageurs : « Sur ces entrefaites,