RELATIONS DB GEOFFROI DE VENDOME AVEC LES DIVERS PAPES
L'œuvre pontificale à Tégard de Tabbé de la Trinité se trouve déjà connue dans ses principaux détails. Les obligations des fonctions abbatiales se rapportaient presque toutes au Saint-Siège ; les relations que Geofiroi a entretenues avec des pouvoirs qu*il réputait lui être étrangers se sont le plus souvent terminées par l'intervention des pontifes romains. Néanmoins si Ton rassemble les faits de cet ordre, on pourra voir par là quelle a été la part de chaque pape dans cette alliance entre le siège apostolique et la communauté exempte de Vendôme. On remarquera aussi que la conduite générale de Tabbé s'est affermie par les avantages de sa situation personnelle à regard des divers pontifes de son temps.
Il a assurément importé que Geoffroi de Vendôme fût Tami de plusieurs papes en même temps que leur serviteur et leur allié. Il a su user de ses fonctions pour entrer dans Tinlimité des prélats apostoliques, et de cette intimité pour l'augmentation de ses prérogatives abbatiales. Urbain II fut le premier pape que Geoffroi ait connu ; probablement aussi ce fut celui dont le souvenir resta le plus cher à Tabbé. Geoffroi avait cette raison pour être plus fortement attaché à Urbain qu'il trouvait en ce pape non point seulement un bienfaiteur, mais encore son débiteur et son obligé personnel. Tous les deux étaient d'ailleurs Français, et tous les deux d'un caractère fortement trempé. Le tempérament et les convictions ardentes d'Urbain, demeuré moine de Cluny sur la chaire de S. Pierre S devaient lui rendre particulièrement agréable la
1. Cf. M. Fr. Stern : Zur biographie des Papstes Urban's II, p. 35. (Halle 1883).
ferveur monastique de Geoffroi de Vendôme. Leurs relations furent celles d'hommes qui s*estiment, s'entendent et^ se pensent utiles Tun à l'autre ; leur amitié fut assez solide pour que Tabbé pût dire plus tard d'Urbain : « Il m'a aimé comme on aime un fils unique ^ »
A peine nommé aux plus hautes fonctions de l'abbaye, Geofiroi eut l'occasion de rencontrer Urbain II. Il suivit la prescription pontificale qui voulait que l'abbé exempt nouvellement élu se présentât à Rome et fût confirmé par le Saint- Siège. Il est vrai qu'il était malaisé d'accomplir ce devoir; en 1094, Urbain II avait dû céder devant les partisans de Guibert, archevêque de Ravenne, antipape sous le nom de Clément III ; ils étaient arrivés à se saisir de la tour de Crescentius, ou Château Saint-Ange, et de ce poste important empêchaient les amis du pape de traverser le Tibre*. Urbain, retranché près de Sainte-Marie la Neuve, n'avait plus aucune liberté de mouvement, et la reprise de la forteresse commandant le pont du fleuve lui était devenue nécessaire ; cependant les moyens lui faisaient défaut. L'abbé de Vendôme s'est vanté d'avoir connu cette situation et d'avoir entrepris le voyage de Rome afin de prendre part aux infortunes du pape^. La chose la plus urgente, la rentrée en possession de la tour de Crescentius, fut due en efi*et au secours de l'abbé de Vendôme. Geofi*roi est seul à raconter le grand service qu'il rendit à Urbain en cette occasion ; voici comment il a présenté l'événement.
« Je puis dire en toute vérité que depuis le moment où j'ai pris la direction du monastère, j'ai dépensé treize mille sous de notre argent au service de l'Eglise romaine, et cela non par nécessité, mais par afi'ection pour elle. Je ne dis point cela. Dieu le sait, pour tromper qui que ce soit, mais pour prouver mon attachement au Saint-Siège, afin que ceux qui aiment l'Église romaine m'accordent aussi leur afi'ection et me soutiennent contre mes adversaires. Entre autres services