G. Vind. ep., I
que ma faiblesse a pu rendre à l'Eglise de Rome dans le besoin, il y en a un que je ne puis ni ne dois passer sous silence, car la renommée en a été grande; il est impossible qu'un fidèle catholique ne m'aime point après en avoir pris connaissance. C'était U première année que je remplissais les fonctions d'abbé; j'appris que le seigneur pape Urbain se tenait dans la maison de Jean Frangipani et luttait vaillamment contre l'hérésie des Guibertiniens. Quoique mon monastère fût pauvre, je me rendis néanmoins à Rome, voulant participer aux souffrances et au labeur d'Urbain et suppléer pour autant que je le pourrais à son besoin. Il serait trop long de raconter les maux que je souflFris en route et à Rome même; pour ne point être reconnu, je me donnais comme le serviteur de mes serviteurs. Nouveau Kicodème, je vins de nuit auprès du pape dans la maison dudit Jean ; je trouvai Urbain dénué de presque tout et chargé de dettes. Je passai le carême avec lui, m'efforçant de partager le fardeau de ses douleurs. Quinze jours avant Pâques, Ferruchius, que Guibert avait fait gardien du palais de Latran, entama des négociations avec le pape, offrant de lui remettre le palais et la tour de Crescentius contre argent. Urbain chercha à réunir une somme suffisante en faisant appel aux évêques et aux cardinaux qui l'entouraient ; mais appauvris par la persécution, ils ne purent lui fournir que peu. Je vis alors que le pape, accablé par sa situation, pleurait de chagrin ; moi-même j'étais ému jusqu'aux larmes ; je m'approchai de lui et lui dis qu'il pouvait en toute confiance traiter avec Ferruchius ; je lui donnai tout l'or et l'argent que j'avais avec moi ; je vendis aussi mes chevaux et mes mules ; de cette manière nous reprîmes possession du Latran et nous y entrâmes. C'est moi qui le premier y embrassai les pieds du pape assis dans la chaire apostolique sur laquelle depuis longtemps n'avait siégé aucun pontife catholique*. » La part de Geoffroi dans ces événements de mars et d'avril 1094 serait inconnue, si l'abbé n'avait pris soin de la rappeler. Il ne s'est point privé de cette satisfaction, ayant par deux fois détaillé l'affaire à Pascal IP, et en ayant rapporté encore le souvenir dans sa correspondance avec les papes