Rodrigue de Villandrando, p
XXX INTRODUCTION
IV. — Quel que fut Tobjet de la concession, terre ou rente, les obligations qu'elle entraînait étaient de même nature ; dans les serments d'hommages pour les fiefs territoriaux, pour les châteaux, il n'est fait aucune mention du paiement des droits de mutation, du service de cour, etc. Le but exclusif poursuivi par les rois de Navarre en créant cette féodalité était d'accroître leur puissance militaire. Le baron qui faisait hommage pour une place forte promettait de la rendre au suzerain ou à son envoyé dès la première sommation*. Le vassal s'engageait dans tous les cas à défendre le Roi envers et contre tous. 11 pouvait toutefois formuler à ce sujet des réserves ; il exceptait du nombre des personnes contre lesquelles il aurait à porter les armes ses suzerains liges, et quelquefois ses compagnons. Lorsque le sire d'Albret, en février 1365, fait hommage pour la terre de Mixe, qui vient de lui être rendue, il promet appui à Charles le Mauvais « contre le roi de France et contre tous les autres de la maison de France, excepté le duc de Berri, duquel il est compagnon, w
V. — Nous venons de voir comment les rois de Navarre du xiv° siècle s'attachaient les chefs de guerre, comment ils composaient les cadres de leurs troupes. Il leur fallait aussi des soldats.
Les cavaliers et les fantassins dont les barons amenaient le plus grand nombre possible, les Navarrais que les officiers royaux enrôlaient et conduisaient eux-mêmes, les routiers étrangers, enfin, formaient le gros de Tarmée. Les compatriotes du Cid ne dédaignaient pas de recourir aux genetes ou cavaliers maures. On comprend de quelle utilité était, dans un pays montagneux comme
1. C'était là d'ailleurs, avec l'obligation de l'honimage, la seule charge qu'entraînât pour le vassal le contrat féodal si commun à l'autre extrémité des Pyrénées sous le nom de ûef honoré, feu honrat. En Catalogne, de même qu'en Navarre, la féodalité était surtout militaire et les services de cour ne figurent généralement pas au nombre des charges du vassal.
INTRODUCTION XXXI
TEspagne septentrionale, un corps de cavalerie légère: à Montiel, don Pedro avait à son service quinze cents cavaliers que lui avait fournis le roi de Grenade ^ ; c'étaient encore six cents cavaliers maures qui composaient la garde du Castillan au moment où il quitta précipitamment Burgos, le 28 mars 13GG*. Il ne faut donc pas s'étonner de rencontrer sur les montres des armées navarraises des noms arabes, comme celui d'Amet Ahudali, qui figure sur un compte de 1354.
Lorsque, dans les derniers mois de 1365, Charles le Mauvais fut menacé par les Compagnies, il prévint d'abord tous ceux qui tenaient de lui grâce ou bienfait, merce o bienfec/io, d'avoir à se tenir prêts avec leurs hommes pour le 15 décembre; on était au 21 novembre. Le 28 janvier, convocation de l'hosl, qui doit se rassembler à Olite, le 2 février. Celle convocation est adressée à trente-six personnages, parnii lesquels se trouvent le prieur de Saint-Jean, le trésorier, l'archidiacre de la mense de la cathédrale, le justicier, le châtelain de Saint-Jean, les quatre sergents du Roi. Des lettres analogues avaient été envoyées à d'autres, par exemple à Jean de Rovray, qui était merino de Sangùesa. Il convient d'ajouter qu'il y eut un nombre considérable de retardataires, qui n'avaient pas encore, à la date du 16 et du 23 avril, répondu à des appels réitérés. Quand le danger fut plus pressant, le 3 avril, le lieutenant du gouverneur et d'autres officiers, dont la liste s'est égarée, reçurent l'ordre de rejoindre le Roi avec un nombre déterminé de soldats ; le lieutenant du gouverneur devait en amener cinq pour sa part, bien armés, solidement montés et aussi convenablement équipés que possible.
— VL Tous ces gens de guerre recevaient une solde,