XXVIII INTRODUCTION
ment au chapitre des mésnadas ; encore convient-il d'ajouter qu'après lui les mesnaderos les mieux partagés ne recevaient que quarante livres, et la plupart, vingt. Il semble que la mesnada était la solde des vassaux du Roi ; le sens étymologique de ce mot, qui signifie la suite, la maison d'un seigneur, s'accommode parfaitement de cette explication. Mais les plus puissants d'entre les vassaux, les barons, comme les appelle un rôle de 135'i déjà cité, entretenaient à leur tour des féaux et les cavayllerias que les barons recevaient du Roi étaient destinées sans doute à payer la fidélité de ces vavassaux. On comprend ainsi que les mêmes noms figurent sur les rôles à la fois au chapitre des cavat/llerias et à celui des mésnadas. Que si certaines mésnadas sont plus élevées que d'autres, c'est qu'étant le prix des services personnels du concessionnaire, elles devaient être mesurées à l'importance et aux prétentions du personnage.
Cette distinction se retrouve d'ailleurs en Aragon, autant qu'on peut le comprendre par deux anciennes dissertations sur la constitution militaire de cet Etat, publiées dans le tome III de la Bihlioteca de escritores aragones [seccion hist. -doctrinal) \ En résumé, mesnada et cavaylleria ou caveria désignent des institutions distinctes, dont la première n'apparaît, sous ce nom du moins, que vers la fin du xiii® siècle.
Le chiffre de la rente servie aux titulaires des mésnadas et des cavayllerias n'était pas laissé à l'arbitraire du Roi : il semble, par les exemples que Yanguas donne pour le xii° siècle et auxquels il est fait allusion cidessus, que l'unité de la caveria était quinze livres. En
1. Après la coiiquole de Majorque, en 1230, le roi d'Aragon distribua entre ses soldats de vastes domaines; le seigneur de Roussillon, Nunyo-Sanclie, eut pour sa part huit cent soixante-quatorze cayalleiias. « La cavalleria, dit à ce sujet Alart, était la part du moindre chevalier et les chefs en obtenaient plusieurs, selon le nombre de combattants qui les avaient suivis. » (Alart, Privilèges et titres de lloussillon et de Cerdagne, p. 129, note 3.)
INTRODUCTION XXIX
1276, Pcro Velaz de Guevara reçut deux cents livres tournois/?or diez cavaillerias deste présent anno : vingt livres par cavaylleria ou par mesnada simple, ce fut le taux pendant le XIV® siècle.
En dehors de ces contrats habituels, les rois de Navarre achetaient encore les services des chefs de bandes au moyen de conventions spéciales qui avaient pour base une concession pécuniaire ; un grand nombre de capitaines de routiers, Espiote, Hanesorgues, Petit Machin, etc., se vendirent ainsi à Charles le Mauvais, pour 100, 200 livres par an. Ces renies pouvaient d'ailleurs être accordées à des Navarrais qui recevaient déjà des mesnadas ou des cavayllerias : tel était, par exemple, le cas d'Arnaud-Loup de Luxe en 1354. Le captai de Buch faisait hommage au roi de Navarre pour une pension de mille écus d'or. On disait d'un personnage qui contractait un engagement de ce genre que le Roi le retenait, qu'il était de la retenue du Roi. Ces retenues coûtaient fort cher au trésor de Navarre ; car il s'agissait de s'attacher le plus souvent des gens sans honneur, toujours disposés, suivant la remarque qui en a été faite, à trahir au plus offrant et dernier enchérisseur.
Cette féodalité fiscale, ce trafic des épées les plus glorieuses du siècle, ce commerce des fidélités et des consciences se retrouvent assurément au Nord des Pyrénées, et le captai de Buch, en sortant de prison après Cocherel, s'était fait, à prix d'argent, l'homme de Charles V ; mais ces expédients ne devinrent jamais en France de véritables institutions et l'on ne rencontre pas, dans les concessions faites par nos rois de cette époque, ces calculs étrangement odieux, qui sont hautement avoués dans les chartes des rois de Navarre et que Quicherat trouvait, à juste titre, plus dignes d'un chef de parti que d'un souverain *.