‹ Documents, discours, lettresChapitre 10 sur 268 · A Lucien Paris, 3 juillet · texte numérisé non relu

A Lucien Paris, 3 juillet

Je t'envoie le projet du comité pour l'éducation publique; rien n'a encore été décidé et ce n'est pas dans ce moment de combustion que l'Assemblée pourra s'en occuper. Lis-le avec attention, mon cher Lucien, et fais-en ton profit; ce n'est pas un chef-d'œuvre, mais cependant il est bon. La démarche de Lafayette a été trouvée par 1 homme sensé nécessaire, mais bien dangereuse pour la liberté publique. En fait de révolution un exemple est une loi et c'est un exemple bien dangereux que ce général vient de donner. Le peuple, c'est à dire les dernières classes sont irritées et sans doute qu'il y aura un choc.

Ce choc peut être de nature à accélérer la ruine de la Constitution.

Ceux qui sont à la tête sont des pauvres hommes; il faut avouer, lorsque l'on voit tout cela de près, que les peuples valent peu la peine que l'on se donne tant de souci pour mériter leur faveur. Tu connais l'histoire d'Ajaccio; celle de Paris est exactement la même; peut-être les hommes y sontils plus petits, plus méchants, plus calomniateurs et plus censeurs. Il faut voir les choses de près pour sentir que l'enthousiasme est de l'enthousiasme et que le Français est un peuple vieux, sans [ ] sans liens.

Chacun cherche son intérêt et veut parvenir à force d'horreur, de calomnie, l'on intrigue aujourd'hui aussi bassement que jamais. Tout cela détruit l'ambition. L'on plaint ceux qui ont le malheur de jouer un rôle surtout lorsqu'ils peuvent s'en passer: vivre tranquille, jouir des affections de la famille et de soi-même, voilà, mon cher, lorsque l'on jouit de 4 à 5000 livres de rente, le parti que l'on doit prendre, et que Ton a de vingt-cinq à quarante ans, c'est à dire que lorsque l'imagination calmée ne vous tourmente plus. Je vous embrasse et je vous recommande de vous modérer en tout; en tout, entendez- vous, si vous voulez vivre heureux.

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