‹ Documents, discours, lettresChapitre 12 sur 268 · ANTIBES · texte numérisé non relu

ANTIBES

Ne m'a-ton pas vu dans la lutte, soit contre les ennemis internes, soit comme militaire, contre les étrangers? J'ai sacrifié le séjour de mon département, j'ai abandonné mes biens, j'ai tout perdu pour la République. Depuis j'ai servi sous Toulon avec quelque distinction, et j'ai mérité à l'armée d'Italie la part de lauriers qu'elle a acquise à la prise de Saorgio, d'Oneille et de Tanaro. A la découverte de la conspiration de Robespierre, ma conduite a été celle d'un homme accoutumé à ne voir que des principes. L'on ne peut donc pas me contester le titre de patriote. Pourquoi donc me déclare -t -on suspect, sans m 'entendre? Pourquoi m' arrête-t-on, huit jours après que l'on avait la nouvelle de la mort du tyran? L'on me déclare suspect et l'on met les scellés sur mes papiers. L'on devait faire l'inverse; l'on devait mettre les scellés sur mes papiers, m' entendre, me demander des éclaircissements, et ensuite me déclarer suspect s'il y avait lieu. L'on veut que j'aille à Paris avec un arrêté qui me déclare suspect. L'on doit supposer que les réprésentants ne l'ont fait qu'en conséquence d'une information, et l'on ne me jugera qu'avec l'intérêt que mérite un homme de cette classe. Innocent, patriote, calomnié, quelles que soient les mesures que prenne le comité, je ne pourrai pas me plaindre de lui. Si trois hommes déclaraient que j'ai commis un délit, je ne pourrais pas me plaindre du jury qui me condamnerait. Salicetti, tu me connais, as-tu rien vu dans ma conduite de cinq ans, qui soit suspect à la Révolution? Albitte, tu ne me connais point. L'on n'a pu te prouver aucun fait; tu ne m'as pas entendu; tu connais cependant avec quelle adresse quelquefois la calomnie siffle. Dois- je donc être confondu avec les ennemis de la patrie? et des patriotes

doivent-ils inconsidérément perdre un général qui n'a point été inutile à la République? Des réprésentants doivent-ils mettre le gouvernement dans la nécessité d'être injuste et impolitique?

Entendez-moi, détruisez l'oppression qui m'environne et restituez-moi l'estime des patriotes.

Une heure après, si les méchants veulent ma vie, je la leur donnerai volontiers: je l'estime si peu; je l'ai si souvent méprisée! oui, la seule idée qu'elle peut encore être utile à la patrie, me fait en soutenir le fardeau avec courage.

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