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A L'EMPEREUR DE TURQUIE

Paris, 10 pluviôse an XIII <30 janvier 1805).

1 rès-haut, très-excellent,très-puissant, très-magnanime et in-

vicible Prince, le grand empereur des Musulmans, Sultan Se-

lim, en qui tout honneur et vertu abonde, notre très-cher et

parfait ami, Dieu veuille augmenter ta grandeur et hautesse,

avec fin très-heureuse. Toi, descendant des grands Ottomans,

empereur d'un des plus grands empires du monde, as-tu cessé

de régner? Comment souffres-tu que la Russie te donne des

lois? Tu refuses de me rendre ce que je te rends: es-tu

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aveuglé à ce point sur tes intérêts ? Si la Russie a 1 5 000 hommes à Corfou, crois-tu que c'est contre moi? Ses bâtiments armés prennent l'habitude de se présenter devant Constantinople: es-tu assez aveugle pour ne pas voir qu'un jour, soit sous le prétexte de ramener en Russie les troupes qui sont à Corfou, soit sous celui d'accroître ces forces, une escadre et une armée russes, favorisées par les Grecs, envahiront la capitale, et ton empire aura cessé avec toi? Ta dynastie descendra dans la nuit de l'oubli. Le reis-effendi te trahit; la moitié du divan est vendue à la Russie. La mort du capitan-pacha t'a privé de ton meilleur ami. Je t'ai prévenu deux fois, je te préviens une troisième. Chasse ton divan, punis le reis-effendi et règne dans Constantinople, ou tu te perds. Quant à moi, j'ai voulu être ton ami. Si tu persistes à me refuser ce que la France a eu de tout temps, le premier pas à Constantinople, si tu veux rester servilement soumis à tes ennemis, je me mettrai aussi contre tq|; je n'ai jamais été un ennemi faible. Ton divan ne prend aucune mesure pour rétablir l'ordre en Egypte et en Syrie; il laisse perdre la Mecque et Médine; il insulte à tes amis et se prosterne et caresse tes ennemis de tous les temps. La Perse a la guerre; elle est menacée par la Russie, et, loin de la secourir, le faible divan, ou plutôt les prêtres qui le mènent, ne savent pas même intervenir pour elle; ce n'est que contre moi qu'ils ont du courage. Je t'écris donc à toi, tu es le seul ami que la France conserve dans le sérail, si toutefois les hommes qui se sont emparés de toutes les issues de ton trône permettent à ma lettre de t 'arriver. Réveille-toi, Selim. Appelle au ministère tes amis; chasse les traîtres ; confie-toi à tes vrais amis, la France et la Prusse, ou tu perdras ton pays, ta religion et ta famille. Tes vrais ennemis sont les Russes, parce qu'ils veulent régner sur la mer Noire

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et qu'ils ne le peuvent sans avoir Constantinople ; parce qu'ils sont de la religion des Grecs, qui est celle de la moitié de tes sujets. J'attends ta réponse, pour savoir ce que je dois penser et faire. Si tu ne gouvernes plus, si tu es tout à fait à la disposition des ennemis de la France, je gémirai sur l'aveuglement et la mauvaise politique du plus ancien allié de la France; mais je comprendrai que le destin, qui t'a fait si grand, veut détruire l'empire des Soliman, des Mustapha, des Selim; car tout change sur la terre, tout périt; Dieu seul ne périra jamais. Sur ça, je prie Dieu qu'il augmente les jours de ta Hautesse et les remplisse de toutes prospérités, avec fin très-heureuse. Ton très-cher et parfait ami.

Napoléon.

En mon château impérial des Tuileries, ce 10 pluviôse anXIII.

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