‹ Documents, discours, lettresChapitre 145 sur 268 · A M. FouCHÉ Milan, 12 prairial an XIII <1« juin · texte numérisé non relu

A M. FouCHÉ Milan, 12 prairial an XIII <1« juin

Les journaux sont une partie importante. On ne peut pas dire aujourd'hui qu'ils soient malveillants, mais ils sont trop bêtes ; ils écrivent sans but, et les principaux ne montrent aucun zèle pour le gouvernement. D'ailleurs, Journal des Débats, Lois du Pouvoir exécutif, Actes du Gouvernement, sont des titres qui rappellent trop la révolution. Le titre de Journal de Paris est convenable; le titre de Bulletin de l'Europe n'est pas mauvais aussi ; celui de Courrier français aussi ; car je ne suis point de l'opinion de n'avoir qu'un journal; mais je voudrais une organisation sans censure, car je ne veux pas être responsable de tout ce qu'ils peuvent dire. Je voudrais, dis-je, que les

rédacteurs des journaux conservés fussent des hommes attachés, qui eussent assez de sens pour ne point mettre des nouvelles contraires à la nation. Il faudrait que l'esprit de ces journaux fût dirigé dans ce sens, d'attaquer l'Angleterre dans ses modes, ses usages, sa littérature, sa constitution. Geoffroy n'est recommandable que sous ce point de vue, et c'est le grand mal que nous a fait Voltaire de tant nous prêcher l'anglomanie.

Il me paraît que le succès de la tragédie des Templiers dirige les esprits sur ce point de l'histoire française. Cela est bien, mais je ne crois pas qu'il faille laisser jouer des pièces dont les sujets seraient pris dans des temps trop près de nous. Je lis dans un journal qu'on veut jouer une tragédie de Henri IV. Cette époque n'est pas assez éloignée pour ne point réveiller des passions. La scène a besoin d'un peu d'antiquité et, sans trop porter de gêne sur le théâtre, je pense que vous devez empêcher cela, sans faire paraître votre intervention. Vous pourriez en parler à M. Raynouard, qui paraît avoir du talent. Pourquoi n'engageriez-vous pas M. Raynouard à faire une tragédie du passage de la première à la seconde race ? Au lieu d'être un tyran, celui qui lui succéderait serait le sauveur de la nation. C'est dans ce genre de pièces surtout que le théâtre est neuf, car, sous l'ancien régime, on ne les aurait pas permises. L'oratorio deSaùl n'est pas autre chose; c'est un grand homme succédant à un roi dégénéré . . .

Page 1