‹ Documents, discours, lettresChapitre 18 sur 268 · A JOSÉPHINE Chanceaux, 14 mars · texte numérisé non relu

A JOSÉPHINE Chanceaux, 14 mars

Je t'ai écrit de Châtillon, et je t'ai envoyé une procuration pour que tu touches différentes sommes qui me reviennent. Chaque instant m'éloigne de toi, adorable amie, et à chaque instant, je trouve moins de force pour supporter d'être éloigné de toi. Tu es l'objet perpétuel de ma pensée; mon imagination s'épuise à chercher ce que tu fais. Si je te vois triste, mon cœur se déchire, et ma douleur s'accroît. Si tu es gaie, folâtre avec tes amis, je te reproche d'avoir bientôt oublié la douloureuse séparation de trois jours; tu es alors légère, et, dès lors, tu n'es affectée par aucun sentiment profond. Comme tu vois, je ne suis pas facile à contenter; mais, ma bonne amie, c'est bien autre chose, si je crains que ta santé ne soit altérée, ou que tu aies des raisons d'être chagrine; alors, je regrette la vitesse avec laquelle on m'éloigne de mon cœur. Je sens vraiment que ta bonté naturelle n'existe plus pour moi, et que ce n'est que tout assuré qu'il ne t'arrive rien de fâcheux que je puis être content. Si l'on me fait la question si j'ai bien dormi, je sens qu'avant de répondre j'aurais besoin de recevoir un courrier qui m'annonçât que tu as bien reposé. Les maladies, les fureurs des hommes ne m'affectent que par l'idée qu'elles peuvent te frapper, ma bonne amie. Que mon génie, qui m'a toujours garanti au milieu des grands dangers, t'environne, te couvre, et je me livre au découvert. Ah! Ne sois pas gaie, mais un peu mélancolique, et surtout que ton âme soit

exempte de chagrin, comme ton cœur de maladie ; tu sais ce que dit là-dessus notre notre bon Ossian. Ecris-moi, ma tendre amie, et bien longuement, et reçois les mille et un baisers de l'ami le plus tendre et le plus vrai.

19. Proclamation du général en chef à* L'ouverture de la campagne

Quartier général, Nice, 7 germinal an IV (27 mars 1 796). Ooldats, vous êtes nus, mal nourris; le Gouvernement vous doit beaucoup, il ne peut rien vous donner. Votre patience, le courage que vous montrez au milieu de ces rochers, sont admirables; mais ils ne vous procurent aucune gloire; aucun éclat ne rejaillit sur vous. Je veux vous conduire dans les plus fertiles plaines du monde. De riches provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir; vous y trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie, manqueriez- vous de courage ou de constance?

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