‹ Documents, discours, lettresChapitre 20 sur 268 · PORT MAURICE · texte numérisé non relu

PORT MAURICE

Que de temps avant que tu lises ces caractères, faibles expressions d'une âme où tu règnes ! Ah ! mon adorable femme ! je ne sais quel sort m'attend; mais s'il m'éloigne plus longtemps de toi il me sera insupportable : mon courage ne va pas jusque-là. Il fut un temps où je m'enorgueillissais de mon courage, en jetant les yeux sur le mal que pourraient me faire les hommes, sur le sort que pourrait me réserver le destin, je fixais les malheurs les plus inouïs sans froncer le sourcil, sans me sentir étonné. Mais aujourd hui, l'idée que ma Joséphine peut être mal, 1 idée qu'elle pourrait être malade, et surtout la cruelle, la funeste pensée qu'elle pourrait m'aimer moins, flétrit mon âme, arrête mon sang, me rend triste, abattu, ne me laisse pas même le courage de la fureur et du désespoir. Je me disais souvent jadis : les hommes ne peuvent rien à celui qui meurt sans regret: mais aujourd'hui, mourir sans être aimé de toi, mourir sans cette certitude, c'est le tourment de l'enfer, c'est l'image vive et frappante de l'anéantissement absolu. Il me semble que je me sens étouffer. Mon unique compagne, toi que le sort a destinée pour faire avec moi le voyage pénible de la vie, le jour où je n'aurai plus ton cœur sera celui où la nature sera pour moi sans chaleur et sans végétation.. . Je m'arrête, ma douce amie; mon âme est triste, mon corps est fatigué, mon esprit est alourdi, les hommes m ennuient. Je devrais bien les détester, ils m'éloignent de mon cœur.

Je suis à Port-Maurice, près Oneille; demain je suis à Albenga. Les deux armées se remuent; nous cherchons à nous tromper. Au plus habile la victoire. Je suis assez content de Beaulieu; il manœuvre bien; il est plus fort que son prédécesseur. Je le battrai, j'espère, de la belle manière. Sois sans inquiétude; aime-moi comme tes yeux; mais ce n'est pas

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