‹ Documents, discours, lettresChapitre 22 sur 268 · AJ0SÉPHINE Albenga, le 5 avril · texte numérisé non relu

AJ0SÉPHINE Albenga, le 5 avril

Il est une heure après minuit, l'on m'apporte une lettre ; elle est triste, mon âme est affectée, c'est la mort de Chauvet. Il était commissaire-ordonnateur en chef de l'armée; tu l'as vu chez Barras. Quelquefois, mon amie, je sens le besoin d être consolé; c'est en t'écrivant à toi seule, dont la pensée peut tant influer sur la situation morale de mes idées, à qui il faut que j'épanche mes peines. Qu'est-ce que l'avenir? qu'est-ce que le passé? qu'est-ce que nous? quel fluide magique nous environne et nous cache les choses qu'il nous importe le plus de connaître? Nous naissons, nous vivons, nous mourons au milieu du merveilleux. Est-il étonnant que les prêtres, les astrologues, les charlatans, aient profité de ce penchant, de cette circonstance singulière, pour promener nos idées et les diriger au gré de leurs passions ? Chauvet est mort ; il m était attaché, il eût rendu à la patrie des services essentiels. Son dernier mot a été qu'il partait pour me rejoindre. Mais oui; je vois son ombre, il erre donc là, partout, il siffle dans l'air; son âme est dans les nuages, il sera propice à mon destin. Mais, insensé, je verse des pleurs sur l'amitié, et qui me dit que déjà je n'en aie à verser d'irréparables? Ame de mon existence, écris-moi tous les courriers, je ne saurais vivre autrement ! Je suis ici très occupé ; Beaulieu remue son armée,

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