‹ Documents, discours, lettresChapitre 254 sur 268 · Sainte-Hélène, 13 juillet 1816; Las Cases · texte numérisé non relu

Sainte-Hélène, 13 juillet 1816; Las Cases

«vJn dit d'ordinaire qu'il est des blessures qui feraient préférer de perdre la vie. Il en est bien peu, je vous assure. C'est au moment de quitter la vie qu'on s'y rattache de toutes ses forces. Lannes, le plus brave de tous les hommes, Lannes, privé de ses deux jambes, ne voulait pas mourir, et s'irritait au point de me dire qu'on devrait pendre les deux chirurgiens qui venaient de manquer si brutalement à un maréchal. C'est qu'il venait d'ouïr les deux chirurgiens qui le soignaient se dire tout bas, sans croire être entendus, qu'il était impossible qu'il en revînt.

A chaque instant, le malheureux Lannes demandait l'Empereur; il se cramponnait à moi, de tout le reste de sa vie; il ne voulait que moi, ne pensait que moi. Espèce d'instinct! Assurément il aimait mieux sa femme et ses enfants que moi ; il n'en parlait pourtant pas: c'est qu'il n'en attendait rien; c'était lui qui les protégeait, tandis qu'au contraire, moi, j'étais son protecteur; j'étais pour lui quelque chose de vague, de supérieur; j'étais sa providence, il implorait ! ... »

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