‹ Documents, discours, lettresChapitre 253 sur 268 · Sainte-Hélène, 30 juin 1816; Las Cases · texte numérisé non relu

Sainte-Hélène, 30 juin 1816; Las Cases

«On m'a reproché qu'à peine au pouvoir j'avais exercé le despotisme, l'arbitraire; mais c'est la dictature qu'il fallait dire, et les circonstances m'absoudront assez. Ce qu'on m'a reproché encore, c'est de m 'être laissé enivrer par mon alliance avec la maison d'Autriche, de m'être cru bien plus véritablement souverain après mon mariage, en un mot, de m être cru, dès cet instant, Alexandre devenu le fils d'un Dieu ! Mais tout cela était-il bien juste ? Ai-je donc prêté véritablement à de tels travers ? Il m'arrivaitune femme jeune, belle, agréable ; ne m'étaitil donc pas permis d'en témoigner quelque joie? Ne pouvais-je donc, sans encourir le blâme, lui consacrer quelques instants. Ne m'était-il donc pas permis, à moi aussi, de me livrer à quelques moments de bonheur? Eût-on donc voulu, qu'à la façon de votre prince de Galles, j'eusse maltraité ma femme dès la première nuit? Ou bien encore, attendait-on que jeusse fait voiler sa tête à la façon de ce sultan pour échapper aux reproches de la multitude? Non, ma seule faute dans cette alliance a été vraiment d'y avoir apporté un cœur trop bourgeois . . . J'avais si souvent répété que le cœur d'un homme d'Etat ne devait être que dans sa tête ! . . . Malheureusement ici le mien était demeuré à sa place pour les sentiments de famille, et ce mariage m'a perdu; parce que je croyais surtout à la religion, à la piété, à la morale, à l'honneur de François. Je l'estimais

essentiellement! ... Il m'a cruellement trompé! ... Je veux bien qu'on l'ait trompé à son tour; aussi je le lui pardonne . . . Mais l'histoire l'épargnera-t-elle? Si toutefois . . . Quel roman pourtant que ma vie ! ! !.. . Mais ouvrez ma porte et marchons.»

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