Au DIRECTOIRE EXÉCUTIF
Quartier général, Carrù, 5 floréal an IV (24 avril 1 796).
Je vous fais passer la relation de la bataille de Mondovi; vous
verrez qu'elle fait le plus grand honneur à l'armée . . .
Vous ne vous faites pas une idée de la situation militaire et
administrative de l'armée. Quand j'y suis arrivé, elle était
travaillée par tous les esprits des malveillants, sans pain, sans
discipline, sans subordination. J'ai fait des exemples; j'ai
mis tous nos moyens à remonter le service, et la victoire a
fait le reste. Cependant notre peu de charrois, de mauvais
chevaux, des administrations avides nous mettent dans un
dénûment absolu de tout. Ma vie est ici inconcevable; j'arrive
fatigué, il faut veiller toute la nuit pour administrer, et me
porter partout pour rétablir l'ordre.
Le soldat sans pain se porte à des excès de fureur qui font
rougir d'être homme. La prise de Céva et de Mondovi peut
donner des moyens, et je vais faire des exemples terribles. Je ramènerai l'ordre ou je cesserai de commander à ces brigands. J'ai 100 000 hommes contre moi, qui n'en ai que 34 000 d'infanterie et 3500 de cavalerie. L'ennemi a des places fortes et une artillerie nombreuse parfaitement outillée; la campagne n'est donc pas décidée. L'ennemi est désespéré, il est nombreux et se bat bien. Il sait que tout me manque, et il espère tout du temps; moi, j'espère tout du génie de la République, de la bravoure des soldats, de l'harmonie des chefs et même de la confiance que 1 on me témoigne . . .