‹ Documents, discours, lettresChapitre 27 sur 268 · AJ0SÉPHINE Cherasco, 3 floréal <24 avril · texte numérisé non relu

AJ0SÉPHINE Cherasco, 3 floréal <24 avril

Mon frère te remettra cette lettre; j'ai pour lui la plus vive amitié. Il obtiendra, j'espère, la tienne; il la mérite. La nature l'a doué d'un caractère doux et inaltérablement bon; il est tout plein de bonnes qualités. J'écris à Barras pour qu'on le nomme consul dans quelque port d'Italie. Il désire vivre éloigné, avec sa petite femme, du grand tourbillon et des grandes affaires; je te le recommande. J'ai reçu tes lettres du 16 et du 21. Tu as été bien des jours sans m'écrire. Que fais-tu donc? Oui, ma bonne amie, je suis non pas jaloux, mais quelquefois inquiet. Viens vite; je te préviens, si tu tardes, tu me trouveras malade. Les fatigues et ton absence, c'est trop à la fois. Tes lettres font le plaisir de mes journées, et mes journées heureuses ne sont pas fréquentes. Junot porte à Paris vingt-deux drapeaux. Tu dois revenir avec lui, entends-tu? . . . Malheur sans remède, douleur sans consolation, peines continues si j'avais le malheur de le voir revenir seul, mon adorable amie. Il te verra, il respirera dans ton temple; peut-être même lui accorderas-tu la faveur unique et inappréciable de baiser ta joue, et moi je

serai seul et bien, bien loin. Mais tu vas revenir, n'est-ce pas? Tu vas être ici à côté de moi, sur mon cœur, dans mes bras? Prends des ailes, viens, viens! Mais voyage doucement. La route est longue, mauvaise, fatigante. Si tu allais verser ou prendre mal; si la fatigue . . . Viens vivement, mon adorable amie, mais lentement.

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