‹ Documents divers sur le Limousin;Chapitre 3 sur 100 · XVI® SIECLE · texte numérisé non relu

XVI® SIECLE

L'auteur de cette chronique nous apprend lui-même comment sa famille vint d'Allemcagne en France au XV° siècle, puis se fixa dans la petite ville d'Ahun, ou Tun de ses membres, peintre enlumineur du duc de Nemours, mourut vers 1494. Ses descendants continuèrent à habiter cette ville jusqu'au siècle dernier. Ils y ont laissé leur nom au village de Pont-Evrard, sur la rive droite de la Creuse.

En quittant la Marche, la famille Evrard se fixa « en cette antique et renommée cité de Limoges, portant titre de toute excellence et dignité sur toutes les autres », selon l'expression de notre chroniqueur.

On trouve en effet à Limoges, un Jean Evrard, maître-tapissier, qui est parrain dans l'église de St-Maurice , le 10 novembre 1711. Et parmi les personnes qui, de nos jours, portent ce nom, un honorable commerçant y exerce encore la profession de marchand tapissier.

Feu Auguste Bosvieux, ancien archiviste du département de la Creuse, s'était occupé de l'œuvre d'Evrard et en avait préparé un texte qui se trouve maintenant aux Archives de la Haute-Vienne, (série F, fonds Bosvieux). C'est celui que nous donnons ici, en l'accompagnant de quelques notes.

« Monsieur Jorrand, notaire à Ahun, possède trois copies de cette histoire, dont une seule a été prise sur le manuscrit original, qui est perdu. Les deux autres ne sont qu'une reproduction de la première copie. Ce qui le prouve, c'est qu'elles en reproduisent toutes les mauvaises lectures, qui dénaturent souvent le sens des phrases et les rendent incompréhensibles.

Pour en donner une idée, nous copierons textuellement sans corrections, la leçon des trois exemplaires, relative à la généalogie de l'auteur, laquelle n'a pas été imprimée » (1).

« M. Grang'e a publié à Clermont-Ferrant, en 1857, en un volume in-12 de 47 pages, la partie complète du manuscrit, sous le titre de Histoire de raniigue ville d'Akun en la province de la Marche. Mais il a négligé la fin de la préface et le commencement de la généalogie. La copie de l'œuvre d'Evrard est fort défectueuse, la publication de M. Grange l'est bien encore davantage u (2).

« Le manuscrit de Ja première copie comprend 70 pages, in-S». lia été écrit à la fin du XV IT siècle. 11 renferme, outre le morceau d'histoire intitulé Antiqutlét d'Ahun, dont le commencement manque, une histoire de saint Sylvain, martyr, avec des odes saphiques en l'honneur de ce saint, et une généalogie de l'auteur dont la fin manque, par suite delà disparition des derniers feuillets du manuscrit original. A la suite de ces copies se trouvent 5 pages écrites au XVIll' siècle, qui renferment les deux documents publiés à la fin de la brochure de M. Grange, et en outre des oraisons et leçons de l'office de saint Sylvain en latin.

« La seconde'copie, écrite au commencement du XVllP siècle, comprend l'histoire et la généalogie d'Evrard avec la vie et les odes de saint Sylvain, en 25 pages in-12.

< La troisième copie, la plus récente, ne contient que la vie de saint Sylvain et la généalogie d'Evrard. Elle a U pages in-8».

n Le début de la chronique d'Evrard ne nous est pas parvenu parceque les premiers et les derniers feuillets du manuscrit original avaient été déchirés lorsque la première copie a été écrite. Mais ce qui nous manque est peu considérable, et ne devait pae remplir pins de deux ou trois pages. En outre ce n'était que le commencement de la préface. Si ce commencement n'était pas plus compréhensible que la fin, nous avons peu à regretter de l'avoir perdu. Nous donnons la copie de ce qui reste de la préface, morceau que le premier éditeur n'a pas

(1) Notei écrilei par U. Bosvieux et conservées aux Archives de la Haale- Vienne.

(3) II. P. de Cessac, ap. Ufmoirei de la Société det Sciencet de la Creuse, VI, U.

CHRONIQUE d'eVRARD. 7

cru devoir publier (quoiqu'il renferme quelques renseignements sur Tauteur), parceque l'interprétation en est assez difficile » (1).

A. LECLEB.

les grands seigneurs qui, dirons-nous a une

dame courtisane qui maintenant rendra confus par un simple argument (tant rectorquement acoustera) un personnage de grand prudence et scavoir sollitairèment vivant... Car on ne fait autre proffeclion en icelle que de rechercher de jour en jour toutes les couleurs pholeriques qu'on peut forger pour mieux paindre et aorner son langage ; tellement qu'il semble que Demostène, Tullius, Quintillien et autres sem- • blables orateurs ayant été révoqués des umbres mortelles en leur pristine vie, pour enseigner une nouvelle forme de parler et singulariser les mots de t(»uttes figures thématiques. Et combien que ces sermons, tant ellegants et plindes, soient doux a les proférer, si est ce que aucune fois ils sont pernitieux et dangereux , mesmement au sexe féminin, comme altirans le venin de Venus et les corps des flèches de son fils Cupido, dont advient bien souvent que les playes sont mortelles de malheureux désastre; et vaudroit beaucoup mieux a ces langues disertes et afieyctées estre mues en langues rustiques et pastoralles. Aucunes soient aussy qui s'estudient a arrouer leur stile de bien parler pour capter la benevolance des princes et grands seigneurs, dames et damoiselles, pour faire leur proffît; les autres, pour éterniser leurs noms et mémoire; et plusieurs autres inventions et moiens sont songez en ces cours royales concernant Tutillité de bien parler et aranguer. Car le principal but de ces pallatus est le point d'honneur d'être courtoys.

Quant à l'autre excuse plus pertinente de ma imparfaitte langue (dont je ne puis rendre plus certain témoignage), c'est que dès mon adolescense jusques a présent me suis

(1) Notes écrites par M. Bosvieux et conservées aux Archives de la Haute- Vieatie.

8 chroSmqle d*evrard.

norry, entretenu et résidé au lieu propre de ma nativitté, sauf quelque peu de temps ou j'ay versé aux lettres, en la fameuse et antienne achadémie de Pictavient (1). Lequel lieu de ma naissance (comme il est tout nottoire) est une petite ville située au milieu du pays de la haute Marche, en la région du haut Limousin, diocésaine de Limoges, entourné de murailhes, comprenant dans son tour environ cent ou six vingts maisons seulement (2), laquelle on nomme vulgairement d'un nom barbare et corrompu, Agun, qui se dérive de l'ancienne nomenclature Agedeum ou Ageum^ du latin Agedunum ou Agenunum, et depuis par longue succession du temps, cette vocale et cette consonne ont été dévitées du nom ancien par corruption de langue, et de présent est nommé Aguum^ combien que par uzage fréquent et commun Ton écrit aus {siv) une aspiration au lieu de cette consonne qui est mal entendu par ceux qui récrivent ainsy.

Je suis d'opinion aus (sic)aucuns auteurs anciens que notre ville a été fondée du temps d'Auguste César, a tout le moins sa dénomination prise en la gloire de Sa Majesté, comme d'autres qui ont retenu en leur nom le sens (?) de quelques lignes. VA néanmoins que le lieu soit habité maintenant d'un petit nombre de gens, toutes fois antiennement c'était une ville ou bourg d'antique et noble marque, contenant plusieurs rues, dont la maîtresse, contenant environ quatre stades de longueur, était appelée Vicus Agedum vel de populo suniy rempli d'un grand nombre d'habitans ; selon les antiennes écritures, étant située en un lieu et de plus grande étendue, qu'elle n'est de présent, comme il s'est trouvé par légendes et pancartes anciennes et ruines d'icelie, dont les fondemens aparaissent encore en un petit village

(1) G*est ici que commence la partie de ce manuscrit qui a été publiée en 18K7.

{%) Ahun est aujourd'hui uu chef-lieu de canton dans Farroudissement de Guéret; il a :2,473 habitants. Hugues de Lusignau, WV^ du nom, comte de La Marche, déclara, la veille de l'Ascension iâ68, que les bourgeois d'Ahun seraient libres et francs. Ces lettres d'affranchissement sont publiées par Joulliettou dans VHistoire de la Marche, li, page 280.

CHRONIQUE d'EVRARD. 9

servant à présent de fauxbourgts nommé Aréola; où les augures estoient de ce temps-là observées en iceluy lieu, et maintenant est nomme Arioles ou Auréole, au territoire duquel sont trouvées sous la terre plusieurs architectures à l'antique, colompnes de pierre cylindriques, pièces de vaisseaux, figures emblématiques de diverses couleurs, car en ce temps Tusage des vaisseaux de terre contournés en diverses manières estoient en si grand estime, comme sont à présent nos vaisseaux d'esteingt; on y trouve.aussy plusieurs grands vases en pierre, entaillés selon la corpulence humaine, larges au premier bout et commencement et estroits à l'autre bout, ils servoient de sepulchres pour repositoyre des corps morts, et dans aucuns desquels se trouvent quelquefois de petites fiolles et coupes de verre exprès, dans lesquelles estoient quelques cendres bien couvertes et de petits os(l). J'estime que ces cendres provenoient des corps ars et bruslés, selon la manière antienne d'aucunes nations qui estoit telle que, incontinent qu'un personnage d'authorité estoit mort en bataille ou de mort naturelle, l'on faisait brûler le corps, et les cendres les plus déliées estoient gardées comme reliqaires, en petits vases d'argent, verre ou autre métal bien étoupés,

Il se trouve aussy dans ces grandes pierres entaillées, bien souvent, aucunes pièces de bronze de la monnoye de ce temps, comme j'ay veu, et mesmement ces jours passés on m'apporta plusieurs pièces de la dite monnoye antienne, de la grandeur et épaisseur d'un testôn, trouvées enterrées aux ruines de l'antienne ville, les unes au nom de. ... , ayant d'un costé Timage de Juno , entaillée à la semblance d'une

(1) Dans la première partie de cette plirasc, Fauteur semble indiquer les sarcophages en granit de la grandeur du corps humain, que l'on trouve dans la plupart des anciens cimetières chrétiens et qui souvent sont appelés vases. Dans la seconde, il désigne les urnes, aussi en granit, de Tépoque galloromaine, dans lesquelles on trouve des coupes ou urnes en verre, contenant la cendre et les morceaux d'os recueillis après l'incinération des corps. Outre ces sépultures, qui se rencontrent fréquemment dans nos contrées, on a fouillé, dans les environs d'Ahun, en 1835 et 18i3, d'anciens puits, de forme carrée, contenant des débris de l'époque romaine et regardés comme des sépultures. {Bulletin de la Société dex Sciemes de la Creuse, t. UI, p. 483).

femme nue, et une colombe ou tourtre engravéc à ses pieds, ou quelque autre espèce d'oyseau, ou estoit escript à Tentour en lettre romayne bien engravée et formée d'une Junonis et image, et de l'autre costé estoit une médaille sur le portrait et figure d'une princesse attournée et coiffée de la mode antique, où estoit escript tout à Tentour d'une Faustina. Mon. Je supose que c'étoit du temps de Faustine, fille de Marcus Anthonius Pius, empereur, natif de la cité de Nismes, en notre dite France, et femme de Marcus Anthonius, surnommé Verus Aurelius, empereur et grand philosophe, qui eut le gouvernement de l'empire romain après le décès de Marcus Aurelius, son mary, qui mourut soubdainement, la dellaissant régente et gouverneute de lempire et de Commodus, son fils, estant encore jeune, et ayant cette administration et charge, faisoit batre de la monnoye en son nom, et autres choses concernans authorité et puissance roialle, et crainte de l'empereur Marcus Aurelius.

Et pour revenir aux antiquités, l'on trouve encore dans ce terroir des arcs et voultes cymentéeset les pierres entaillées magnifiquement, venant de chapiteaux, de colonnes et plusieurs autres antiquittés mémorables. Cette ville estoit pour lors nommée vicies Agedunum pour raison de la dite grand rue, car la ville où à présent est notre demourance, s'apeloit pour Ihors Caslrum'Ageduny, c'est-à-dire château d'Agun, qui estoit séparé de l'autre antienne ville, et depuis a retenu ce nom de Castrurn-Ageduni, et n'a pas longtemps qu'il estoit ainsy intitulé comme j'ay veu en aucuns titres.

Pour revenir à la description des chouses les plus singulières de présent en notre dite ville, sont deux principaux édifices de mémorable recommendation : l'un est l'église commune de la ville, joignant les murailles d'icelle, le grand portail de laquelle fait en une corniche, au-dessus de laquelle a une croix de pierre par dessus la couverture, en l'architrave; et entrant dans icelle, on dessend par huit degrès sur le pavement commençant aux premiers pilliers faisant la division des trois nefs, parceque au costé dextre et senestre de l'entrée y a deux chapelles depuis lesquelles on dessend en ladite église par les dits degrés. Aux coustés

CHRONIQUE d'evraRD. 11 ;•

de ta dite grand nef, qui est large et spacieuse, sont les }

autres deux nefs qui sont plus étroites; la voulte de la grand '\

nef est soutienne de six grands arcs qui se viennent repenser - .'

sur chapiteaux, de douze grands piliers renforcés à double a

de. pierre, entaillés en ronds en forme de croissants, joignant '

l'une contre l'autre à double joints aus d'autres petits car- ^

tiers de pierre montant comme le pilier en forme quadran- j

gulaire aux quadrangules dudit pilipr pour rendre le dit A

pilier plus fort à soutenir les faites desdits ars et voulte %

jusques aux chapitaux desdils piliers qui sont de gran- .^

des pierres entaillées en plusieurs feuillages et autres ^

figures antiennes. Les premiers et derniers desdits piliers -'

soDt en pierre de taille, et sont en nombre iceux piliers •

depuis ledit grand portail jusqu'à la fin de la dite grand j

nef de six d'un côté et six de l'autre qui sont douze piliers; ',

aux côtés d'icelle grand nef, comme dit est, les autres deux j

petites nefs ambulatoires, l'une à destre et l'autre à senestre. ^l

Les. voultes desquels sont soutenues de six demy-ars ■"?

reposant d'un costé sur lesdits piliers de la partie senestre 4

et de l'autre costé sur les autres demi-pilliers carrés, joi- '

gnant les pariets (1) latéraux dudittemple; au clief desquelles trois nefs est une grand nef traversant, tellement que tout le dit temple est en forme de croix ou de cette figure thau (2); -,

l'architrave de laquelle nef traversant, est soustenue sur six petits ars ou zones croisées qui se viennent lier dans trois médailles rondes de pierre engravées de divers ouvrages par le milieu de laquelle voulte; lesquels petits ars ou zones se reposent d'un costé devers les chueurs dudit temple sur les chapiteaux de grosses pierres entaillées en feuillages et enlassements de quatre grands et haut pilliers doubles entaillés en rond, à doubles joints fortifiés de leurs fectes de petits quartiers de pierre jointe et bien cymentée et de l'autre côté se reposent les dits petits ars sur les pariets des extrémittés des dites trois nefs. Et sur les arcs

(1) Pariets, du latin pariet: paroi, muraille. (3) Tbau, uom grec de la lettre T.

t CHROyiQCe OETRARD.

. rouîtes de la dite oef traversant, est pausée UDe obélisque irvant â porter les ctocbes du dit temple, élevée bien haut ir dessus l'architrave et tiiopaDe de la couverture dudit mple en forme octogone, de la tomie Tort spacieuse et nple, dans laquelle peuvent avoir quatre grosses cloches ur aiaance, fabriquée de grands cartiers de pierre, si bien ios et unis et cymentés qu'il semble qu'ils soient tous une pièce, tant est l'architecture magnifique et bien corn- )sée, tant par le dedans que par le dehors; autour de quelle sont huit pans quadrangulaires, et a chascun pan le longue fenêtre failtc â l'antique, une colonne de comité faisant la séparation entre deux, ayant ledit obélisque 1 grand piédestal à l'entour, par dessus la couverture de

dite nef traversant, auquel piédestal a plusieurs plantes imées par les oyseaux de certaines tleurs vulgairement tes armoùies ou hermineiles, qui donnent d'un lieu si lut un lustre de couleur ursurée, aux rayons du souleil, I temps d'été, très plaisant à ceux qui le regardent d'eu is; lequel est couvert de tuiles creux, si bien cloués et liés 1 si grand artifice que les vents et fouidres ne les peuvent ébranler, comme bien que les rans soient fort pensilles; à quelle grand nef traversant sont joints du cousté de sepntrton trois beaux cœurs qui sont gettés hors les murs de . ville pardedans le cimetière, faits en forme ovale, sépa- Ss et divisés l'un de l'autre comme Irois tours. Ccluy qui it au milieu est le grand cœur de l'église, dans lequel sont lutes les richesses et ornemens d'icelle, et principalement

l'autel et à la voulle d'iceiuy, Du costé sénestre dans un eillis de fer repose une portion du chef de Monsieur Saint illes, vénérable et sainte reliquye, enclos dans une riche liasse d'argent, qui autrefois y a été porté miraculeusement t demeuré caché par longtemps et depuis découvert par ucique femme viatrice ayant eu révélation par plusieurs )is on son sommeil qu'il était enclos dans une petite cas- 3tte de pierre,

J'ay trouvé par une prierre du dit Saint Commandeur; 'ilis con/essor mirabilis. L'autre chœur qui est a coslé roit est dédié à l'honneur de la sacrée Vierge Marie, et

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celuy du senestre à Thonneur de Monsieur Saint Jacques , apostre. Ces trois cœurs sont magnifiquement entournés de corniches par dehors, les unes plus grandes les autres plus petites a pied détailés . aux leur frontis et timpanes^ soutenens sous leurs petits chapiteaux Tarchitrave des voûtes; et lesquels trois c<Burs sont élevés sur pavement de cinq ou six degrés où il faut monter pour entrer en iceux, parce que au-dessous des dits trois cœurs a une cave ou lieu soubterrain, fort dévot, qu'on appelle le sépulchre dédié et vénéré à Thonneur de la Vierge Marie qui, [si] antiennement que Ton peut connoltre et conjecturer par son antiquité, estoit une mosquée d'idolâtres ou oratoire des ohrestiens de la primitive Eglise; car c'estoit la coutume en ces temps-là de mettre les enfants sous terre pour la crainte des tirans. La voulte de ce lieu est posée sur trois grandes arcades, larges et emples, qui est aussy soustenue de dix colonnes de pierres, toutes d'une pièce, de forme silindrassée, les unes joignant les pariets, les autres par le milieu arrestées avec leurs pieds d'estal. L'on dessend en ce lieu par deux portes qui sont aux deux bouts de la dite nef traversant dans ledit temple par certains degrés, Les entrées sont fort obscures à cause qu'il n'y a aucunes fenestres pour bailler clarté, sinon quand on est descend ut jusques au bas, il y a quelque peut de clarté, qui vient de petites fenestres qui sont à fleur de terre dans le symetière, sur quoy fault à considérer Tantiquité de la structure dudit temple, car au commencement de l'érection des temples et églises, après que rinfldélité et idolâtrie des hommes fut expulsée par la prédication des saints, Ton faisoit dans icelle, sous terre, des oratoires et lieux de silence pour faire oraisons et prières à Dieu.

L'autre édifice qui d'admiration n'est moindre en celte ville, est la tour de César, ainsy appelée antiennement, pareeque l'on trouve en quelques vieilles Chartres que Julien César, lorsqu'il fut vainqueur des Gaules, la fit bastir et édiffier en son nom, lequel nom a été depuis aboly, et est nommé à présent la tour d'Agun. Cette tour est quarrée faite et composée entièrement de grands quartiers de pierre

de taille, de la hauteur de cent brasses ou environ, en forme pyrasmidale, dans laquelle n'a aucunes loges de magnificence, sinon aucuns lieux tristes et obscurs pour loger les captifs et criminels. Le plus haut lieu et estage nous sert de sentinelle pour faire le guet en périls éminents, parce qu'il y a deux fenestres, Tune regardant sur la ville du costé d'Occident, l'autre ayant son respect hors de la ville, sur les champs du costé d'Orient, où l'on peut découvrir trois ou quatre lieux des environs de ladite ville. En ce lieu haut monta Jolivet pour contempler le pays par les lignes géométriques, Ihorsqu'il comprennait la quarte et description de France (I). Dans cette tour a un lieu fort ténébreux et obscur qui est souterrain, auquel l'on descend aus une grande quantité de brassées de cordes, ceux qqi, par leurs trop* grands démérites, sont condamnés à mort.

Ce lieu antiennement était nommé Tuliane, ou Tulian, où maintenant nous l'appelons un fondement; et ceux qui ont leu les histoires romaines, mesmement Tite-Live, Transquilius, Valerius, Maximus et autres autheurs qui ont fait mention que les Romains, même du temps de Julius- César, lorsqu'il fut appelé au Conseil par les Sénateurs pour donner son opinion sur le jugement que l'on devait imposer contre Bratillina (Catilina) et ses compagnons conjurateurs de la République, avoient des lieux dans leurs prisons qui étoient obscurs et ténébreux, sous terre, qu'ils appeloient Tulliane, comme il est dit : est locus in carcere quod Tullianum appelatur, etc. En un de ces lieux ténébreux de douze pieds de profond, voulté et cimenté de grands carreaux, fut descendu Lantullus, un de ses conjurateurs et conspirateurs pour la conduite de Cicéron, et sur le soir, fut ledit Lantulus étranglé d'un las par le boureau dans ledit lieu; parquoy faut inférer que cette grosse tour de notre ville à été édiffiée du temps dudit César ou d'autres Romains, veu la dite antiquitté (2).

(1) Vers le milieu du xvi« siècle.

(t) Malgré tout ce que dit Fauteur, ou ne peui voir dans la tour dont il parie, qu'un monument du moyen-âge. L'étage inférieur, dans lequel ou ne pénétrait que par une ouverture au centre de la voûte, servait de magasin

CHRONIQUE d'evrARD. 15

L situation de notre ville et à la circonféreoce ttive d'icelle. combien qu'elle n'aye aucun faun quelques pauvres maisons rustiques estant

comme ledit ancien appelé Aréola, oà estoit enne et autre lieu appelé les Fontaneys, où :lise dédiée à l'honneur de Saint Jean-Bapliste, m petit plus bas et de peu de distance, a un basty de belles maisons, où il y a des gens

est nommé Moustier-d'Ahun (1), auquel a une ondée de l'ordre de Saint-Benoist, décorée et belles fondations, l'église d'icelle illustrée d'un ifique en personnages eslevés et de plusieurs iques d'un merveilleux ouvrage, entaillés en iquel lieu est situé sur la rivière de Creuse et y mt de pierre : lequel lieu nous comprenons en de notre ville. Et entre iceluy lieu et ladite jetite pleine terminant a une montagne sur

es provisioDS, et qneliiiiefois aussi de prisoD. Oa trouve celle la plupart des tours qui existeut eucore. De ce qne Rome i aiusi disposée, nommée TuUianum, parceque Servjut t construire, on ne peut pas eu conclure, comme le fait loi nr d'Ahun soit uue construction romaine.

d'AhuD est aujourd'hui le chef-lieu d'uae commune de B6S Il consulter, pour l'abbaye d'Ahun, une notice publiée par Ifile. en 1838, et un articJe de VÀlbum de la Cretu» (1817). icore dans l'église de Uoutier-d'Ahnu uue grille en bois e le chcear, des stalles sculptées coutinuaut la grille el impiété le tout. Celte œnvre d'an fut commencée en 1873, i livres et livrée au mouastère vers isso, par nu obscur imon Banër, né au bourg de Menât, paroisse do Neuf- "gue (Semaine religUiue de Limoges, xik, I0i7>. En 1S80, ItloD, sculpteur de la ville de GuËret, lit pour l'égllso de fémoira delà SociéU des Sciences delà Creuse, vi, IW.) une médiocre, mais pourtant belle eucore. ■ L'original est vraiau Fond de celle pauvre église délabrée, ruinée, au milieu de lires, s'il vient k être éclairé par le soleil, il étincctiB au regaro comme uu diamant idemj sorti de sa gangue. Entablement, architecture, frise, corniche, corps et arrière -corps, colouncs corinlliiennes, tout est cutonré d'une végétation vigoureuse, hardie, d'un vif relief; des auges, des archanges, s'élancent du haut de l'eDlablemeol; des lévriers sont assis à l'entrée des stalles comme pour garder ce temple singulier; mille oiseanx se jonent dans les feuillages, des renards flairent des grappes de raisius pendantes; l'aigle d'uu pupitre énorme domine toute cette étrange création ■.

ih

laquelle est uo bel et dévot oratoire magnifique, fait en architecture singulière, dédié à Thonneur de sainte Catherine, là où Ion voit de beaux et somptueux ouvrages proxiteliques d^bistoire et images entaillés tant en pierre qu*en bois, qui a esté jadis édiffié par un abbé de ladite abbaye, au frontispice duquel a une image de saint Michel, eslevée par dessus la c-ouverlure, de grande stature. De ce lieu on dessend par chemins mal propres, pierreux, entre deux autres montaignes précintés par un torrent descendant impétueusement d'entre icelles, quand le temps est adonné à pluyes, aux environs dudit bourg appelé le Moutier ; et puisque notre ville est située sur le haut desdites montagnes en pleyne, il semble que ledit bourgt, pour ce regard, soit caché dessoubs, en quoy a été usitté un commun usage entre les gens du pays d'une chose qu'il ne se peut, ils disant : € il faut laisser le Moustier sous Ahun. >

La situation de notre ditte ville est en pur ayr et salubre, tellement que les gens y sont bien disposés. Du costé de midy, de grands bois et fouréts, force bestes de vénerie.

Elle a aussi les terres fertiles à porter froument, soigle, orge et tous légumages , il y aussi force caves, estangt^, pescheriesp pour nouryr gros poissons, force fontaynes d'eau douce, combien que dans le circuit de notre ville n'en y a aucunes, sinon des puits profonds. Entre autres, il y a un puis hors de ladite ville et près une des portes d'icelle qui est d'une eau fort douce, et par ce, est appelé puis à miel^ duquel nom cette porte a retenu la nomination ; et dans cette porte passe un ruisseau descendant par le milieu de la ville et sortant hors la muraille au bas de ladite ville, par un trou en bonde appelé en notre vulgayre le trou ou pertuis de chien. Ce ruisseau est impétueux en temps de grosses pluyes, qui netoie et amasse toutes les immondicitées des rues; par ce il est nommé de ce nom trop lurpiculle et deshonneste, Mardanson. Nous avons aussy de belles prairies, et entre autres fruits qui naturellement et librement viennent et croissent, sont des raves qui sont do grande commoditté pour nourrir et engraisser bestail, et aussi les plébéyens et menu peuple en usent fort à nourri-

ture au déffaut des grands. Nous avons, comme dit est, la grande Creuse qui nous est prochayne du costé d'orient, qui rend la vallée fertile et amende tant les prairies que les terres produîsans froment. Nous s(Hnmes séquestrés de ce qui plus nous est nécessaire, c'est des vignes; car en notre région n'a aucunes vignes, sinon les treilles des jardins, et le plus près lieu pour avoir du vin est distant de nous de vingt mille pas du moins, qui est le pays de Bourbonnois. Les gens de notre terre sont fort rudes et mal assaisonnés en leurs propos, mesmement les caussadins et villageois qui ne tiennent aucunes ordonnances du trouayre en leurs propos, lesquels ils font communément sauter du coq à l'asne, et les plus ridicules qu'on peut trouver, sans aucune modestie, avec lesquels )e communique le plus souvent comme contramgt à cause de mon estât ; par ce moyen me convient conformer à leur manière de faire et dire, qu'est la cause la plus éminente au désordre de ma matière, ce que considéré par un bénévole ne l'impétrés {imputés) à derrision^ car sellon le proverbe commun, celuy qui vit entre loups^ il retient de leur nature; car là se doit conformer, soit en coustumes moralles ou ruralles, sellon le pays que l'on habitte, à ce que le vulgaire fait et la coustume le requiert. Néanmoins ce que dit le poetteaux choses concernans utilité, souffit pour les enseigner et démonstrer grossièrement et non en langage couvert et obscur, parce qu'il se faut saisir du sens de la mattière et ne s'arrester au langage, tout ainsy qu'on rejette des noix inglandes grecques et prevesienes l'escorce comme inutille et rudde; et les noiaux qui sont enclos dedans sont reçus comme doux et proffitables, et me souffit à présent de ces deux points cy-dessus déduits et pour me rendre absous des libelles et médisans par le jugement des gens de bien.

Je ne veux encore obmeltre un statut ancien que les écoles de notre ville observent à la manière des antiens Romains, qu'est la création des consuls d'an en an : car tout ainsy que les Romains s'assembloient au champ de Mars pour élire deux consuls, TofOce desquels estoit annuel, et avoient durant l'an l'administration de la république,

1>$ KBUO%lniLZ D'£VR%P.L>.

auMT à la créatîoa et electp^o «ks cofÀ^uLs le peuple de notre rille s'asseoible eo une petite colins, hors de ladite Tille, qui après en aroir nommé qvatre persoQiu^es, iœux tîeneiit la charge du fait puUiq de la dite riDe durant uo an (l).

En retournant eneorre à parfayre la description et la situation de notre patrialle nation qu*est dans les fins et limites du pays de la Haute-Marche, en te province du haut pays du Limousin, au diocèse de Limoges, distant dudit Limoges de trente mil pas ; tout ce pays Manrhique qui est ifjttoduit d'une sénéchaussée, peut avoir de distance en long de environ trente mil pas*et autant en latitude combien qu'il y a plusieurs enclaves et autres lieux de France à les entremêler bien ayant dans icelle. Terminant du costé d*Orient au pays de Combraille et Auvergne, du costé d*Occideot à la basse Marche et Poitou, du costé du midi audit pays du haut Limousin, et du costé du septentrion au pays de Bourbonais et de Berry. Dans le pourpris de ce petit pays Marcbique, sont encloses six petites villes entourrées de murailbes, le fleuve de ladite grande Creuse coulant entre icelles. Les noms desdites villes sont notre ville d*Agun, située au milieu dudit pays et la plus antienne

(î) Ko parlaot des Gonsoli d*Ahiiii Taoteor ne signale pas nn droit qu'ils exffrçaient sur nne paroisse voisine, rapporté par M. de Vemeilh-Pairaseaa dans sou Histoire d* Aquitaine: « 1^ Gonsals de cette ville jonissaient d'au singulier droit seigneurial sur la commune de Cbavanac, située à quatre lieues de distance. Ils venaient tous les ans, à certain jour de fête, dans cette commune, (fn grande cérémonie, et revêtus des marques de leur dignité, pfiur y nommer les percepteurs des deniers publics, il leur éuit alloué pour cela, uue somme de dix francs à titre d'indemnité. » (Tome I. page 216).

Il est également silencieux sur un autre droit des Consuls qui fut cependant étalill de son vivant, iouliietton dans son Histoire de la Marche le mentionne ainsi : « Uoe charte donnée par Charles, ûls du roi François 1, comte de la Marche (1640-1545), porte que les habiUnts de la ville d'Ahun « ne |)oarrout faire le charivari à aucun des habitants de ladite ville, soit « marlaut ou remariant ; mais que celui qui se marie ou se remarie en ladite « ville, devra, aux compagnons à marier, quatre pots de vin, quatre pains « et un mets de viande, ou devra bailler cinq sols pour ledit droit; et à « défaut desdlU compagnons, les Consuls lèveront le dit droit, en ce que « lesdits compagnons ou Consuls seront tenus d'accompagner lesdits mariés, (c allant et venant de leur maison à réglise. » (Tome II. page 136).

cfiRONrouE d'evrard. 19

de toutes, dont pour de ce vérifier et de la marque héroïque de ce lieu, il appert par ses armes qu'est dans un champs d'azur, en un escut quatre barres d'argent traversans (1), La seconde ville est nommée Guéret, fort peuplée d'habitans, et est maintenant le siège royal de ladite sénéchaussée dudit pays, ressortissant pardevant les présidiaux de Moulins en petites mattières, et en maltière d'importance au Palays de Paris. Ces deux villes sont situées de ça ledit fleuve. Les autres sont Chénerailles, Jarnages, Le Busson et Felletin qui sont de là ledit fleuve. La ville de Guéret (2), comme métropolilayne à cause du siège royal, est située au pendant d'une coline, dans un guaret dont elle a pris le nom, fort plaisante et courtisane, et les habitans fort humains, et y a des gens grands et honorables. Outre le siège royal du pays y sont encore le siège particulier de la ville et chàtellenie, le siège de l'élection ordinaire de tout le pays sur le fait des aydes et deniers royaux, un siège épiscopal pour le seigneur évèque de Limoges (3).

(l) 11 ne Mt pas preudre daos là sens héraldique le mat barre dont »e sert l'dUtear pour désIgDer les fatr-et ou trangtei de cet écu. Les armes de la ville d'Ahun, d'après l'Armoriai natiorml, seraienl / fascé d'argent et d'azur de tir pièeet. Ou connaît cependant deux sceaux des Consuls d'Atiua oft elles dlltèreul qd peu. La matrice du premier qui est de enivre semble remonter an Xtvo siècle. Elle est de /orme ronde et a 33 millimètres de diamètre. D'après le dessin qui eu a élé donné dans les MHnoires de la Société des tcimces de la Creuse, au tome III, on y voit un ècusson charge de cinq Irangiet (ou fatett rétrieiet) d'argent, lur un champ (o*angé. On lit autour t S. CONSVLVM CASTRI AGEDVNEN. Le second, un peu plus moderne, et â peu près semblable au premier, avec cette variante dans l'iuscrlplion. f SIGILLVM COSSVLATVS CASTRI AGEDVNI. L'abbaye de Notre-Dame du Moutier-d'Atiuu porte : Losange d'or et dt gueules, sur le tout chargé d'une Hotre-Dame de carnation, vêtue de gueula et d'aïur, tenant t'Enfant-Jétut de carnation. Eu rapprocliaat ces deux ëcussons, l'on remarque qu'ils ont l'un ou l'autre nn champ losangi qui lormalt probablement les anciennes armes, sur lequel les Consuls ont ajouté des fasces on tranglet pendant que l'abbaye y a mis la Sainte-Vierge sa patronne.

(S) Guéret est aujourd'hui le ctieMien du déparUment de la Creuse, sa population est de 7,005 babiUnts.

0) Lantarins, comte de Limoges, londa en ce lien un monastère vers l'an 700, et y mit pour premier abbé saint Pardoux qui y mourut l'an 737. La Tille de GuÊret s'esirormèe autour de ce monastère ; elle a tonjoun été du

20 CHRONIQUE d'EVRARD.

Cete ville est illustrée d'une singulière commoditté aux habitans, qu'est de belles et claires fontaynes organisées, doat la source provient des hautes montagnes qui sont au coustés devers midy; les rues sont pendentes du midi en septentrion» larges et amples, fenellées alléguantes; aux coustés desquelles sont de beaux et grands édifices. Les autres quatre villes sont situées au delà ledit fleuve de la grand Creuse, savoir : Pelletin, le Busson, Chéneraille et Jarnage. La principale, la plus éniinente et la plus populeuse de toutes les villes de notre contrée est Felletin (1), qui est un nom corrompu de Tantienne nomenclature et ainsy qu'il me semble et que je puis conjecturer, la vraye nomination de cette ville par son etymologie, vient de ses deux dictions entières, Filis et Tininum, comme on pouvoit dire un tinctinement et sons de quelques vases vitrés gonflés de la matière de cette plante Filis qui est à dire fougère; car celte ville est édiffiée sur un lieux montagneux et, comme il apert, les environs remplis de cette plante de fougère, et en ce lieu estoit un oratoire prophane d'idolâtrie au service d'un simulachre et idole vénérée par les habitans du lieu, à quelques heures ordonnées qui estoit timpanisée par le song de quelques vases ou cimbale vistrée faite de la matière de cette filis ou fougère, comme on en fait encore de présant, d'autant que ladite plante abonde en ce terroir; car la coustume de ces payens envelopés d'erreurs diaboliques estoit de convoquer le peuple à certaynes heures aux cérémonies de leurs idoles par le song de quelques vaisseaux ; au lieu que les chrestiens ont des cloches, et cette idole qui ainsy estoit vénérée par sacrilège et superstition pouvait être aussi nommé Philis, selon que les habitans du il Tinterpretent, qui eu estoit une femme impudique qui pour son ardente luxure se pendit et estran-

diocèse de Limoges, et était dans l'archiprètré d'Auzème. On ne comprend pas bien ce que veut dire Evrard en indiquant dans cette ville un siège épiscopal pour TEvéque de Limoges, à moins qu'il n'entende rofficialité.

(1) Felletin, chef-lieu de canton, avec 3,360 habitants. — M. l'abbé Pataux a publié en iSSO une histoire de Felletin aux XVU» et XVIII« siècles. (Limoges, (Vve Ducourtieux, gr. in-S».)

CHRONIQUE d'eVRARD. 21

gla à un arbre dont le lieu peut retenir le nom; et combien que- Tune et Tautre desdites causes ne soit vraysemblable de la source du nom de cette ville, toutesfois la cause première doit être la plus recommandée et observée pour l'ignominie de cette concubine Philis^ et parce doit être ce nom Philetin et non Pheletin. Pour faire cete cytadine cloristuce, maintenant est exaltée sur les autres de notre contrée, tant par Topulence des richesses qui est enclose dans icelle que pour ses honorables bourgeois d'une excélente et constante vertu en la vraye religion, et est aussy habittée d'un grand nombre d'artisans de diverses officines et même en Fart buphique (1), lanifique et autres ouvrages ingénieux de tapisseries textilles, de diverses porphelures (2), et couleurs en hautes et basses lisses.

Cete illustre ville a entre autres beaux édifices un temple consacré à la Vierge Marie situé en la place d'icelle, auquel a une grosse tour en forme d'un obélisque servant de repositaire aux cimbales et cloches de cete basilique qui est entourée d'une guirlande de pierres entaillées à même ouvrage d'une somptueuse architecture avec une platte forme clathrée. Il y a encore dans ladite ville une sainte et dévote chapelle ou oratoire magnifiquement ornée et vitrée qui a été construitte et édiffiée de notre temps des dons et aumosnes élargies par ses bons et dévots bourgeois et dames de cette ville. Je veux encore extoUer la renommée de ladite ville Filitine pour la bonne et louable police qui est en icelle, d'un l'èglement égal tant de principaux que

(1) n fant entendre par Fart buphique la fabrication du houfu, tissu de soie d'origine byzantine, rayé et broché. Les anciens textes le citent, souvent :

Ainz tissent pailes et bofTuz Et dras de soie à or batuz.

(Roman de Perce val, eu 1160.)

Toutes les dames, chascune qui là fu, Li ont donés drap de soie ou bouffu.

(Aubery, vers 1Î50.)

(2) On désigUciit sous le nom de parfilures les flls d*or et d^argent séparés de la soie qu'ils recouvraient. < Que la parfilure du chapel soit toute de Al ou toute de soie. > {Livre des Métiers de Paris, 1260.)

plébeyens par leurs status municipaux et loix politiques, combien qu'elle soit habitée d'un grand nombre de peuple. Notre fleuve de la grand Creuse vient flotter près ladite ville, et prend sa source à trois ou quatre lieues de là, d'un lieu et village ou petite paroisse de laquelle ledit fleuve a pris le nom de Croze vulgairement, où il y a des fontaines qui s'assemblent en un grand ruisseau dont procède le fleuve.

Je veux après descouvrir la situation des autres trois villes de notre dite Marche et me arrestant à la plus prochaine nommée le Buisson ou le Busson (1), selon le vulgaire de maintenant, qu'est une ville de grand bruit, même es régions de la Gaule Armorique, pour la fréquentation des marchands du lieu qui y trafiquent souvent, menans et conduisans marchandises es autres divers lieux et pays; les habitants sont adonnés à grands labeurs. La ville est grandement populeuse selon son sircuit, abondente en diversité de marchandises et y a des gens oppulens et riches, grand nombre d'artisans et négociateurs qui font grand trafiq, principalement en l'art lamifique (2) et pilistromate (3), et sont la pluspart de leurs officiers Tapedegogiers, dont ils attirent grand profit; au flanc de laquelle ville coule lentement ledit fleuve de la grand Creuse dessendant des montagnes Philitiennées distant de deux mils pas, lequel fleuve est bien commode et propre en ladite ville pour raison des moulins qui sont assis dessus tant pour l'usage des drapts et laynes que pour le moudre les grains. La Situation est entre deux hautes montagnes inacessibles, pleynes de grands rouchers desquels dessend par le milieu un torrent qui aucune fois est si impétueux qu'il entre dans les maisons et boutiques gàttant et enveloupant plusieurs marchandises, et se vient jetter dans les fleuves de Creuse. La principale marque de ladite ville et le lieu

(1) Aubusson, chef-lieu d'arrondissement du département de la Creuse. 6,723 habitants. — M. G. Pérathon a publié en 1886 V Histoire d' Aubusson, (Limoges, Vve Ducourtieux, gr. în-8.)

(S) Fabrication des draps.

(3) Synonyme de tapisseries ou tapis de laine.

le plus éminent apareut est le chastel qui est un édifice antien assis du costé de midi sur ladite ville à la somr mité d'une montagne servant de défense à icelle; le donjon où il y a une grande tour quarrée et un autre lougis est enclos de murailles et tours quarrées. La forme de ladite grand tour est de même structuré que la tour qui est close au pourpris du chastel de notre ville Agedune, et comme aucuns disent, il apert par les pancartes antiennes, qui sont gardées aux Archives du chastel d'Aubusson, que ledit César, dictateur romain IhorsquMl s'empara des Gaules, les fit toutes deux édifier en son nom (1).

Pour revenir à Tétimologie du nom de cete ville, comme il me semble qu'est comprise de deux dictions, Tune corrompue et l'autre entière, c'est de Arbu et de Ycon^ Vconis, c'est-à-dire statue ou image dans un arbre ou d'un arbre, parce-qu'il est à présuposer qu'avant la première collonie de ce lieu, c'estoit une assemblée de buissons et bois, lieu désert et inhabitable dans lesquels bois et buissons étoit trouvé une idoUe par les gentils et payens habitants illec près, qui despuis ayant le lieu découvert et extirpé firent édiffices et nouvelle habitation et apelèrent ce lieu Arbuiçojiy c'est-à-dire image d'arbre, et depuis l'on a multiplié le nom d'autres dictions dont il est appelé de présent Arbuiconium, et en langue vulgaire le Buisson, et me semble que Arbuiçon est en langage commun le Buisson et plus convenable à sa nomination. Je me raporte toutefois à ceux qui plus curieusement voudront rechercher Thétimologie de ce nom.

Revenons es autres deux villes de notre Marche, situées en une playne, distantes l'une de l'autre de quatre mil pas, l'une appelée Chanarailles (2) ou plus proprement se doit nommer Canalelles, selon le mot latin Canalice, Canaticarum, en pluriel nombre, c'est-à-dire petits dienaux, nom diminutif de Canales. Le lieu est une petite ville bien

(i) Le donjon d'Aubusson, comme celui d'Ahun, ne semble avoir rien de romain. C*est nu monument du moyen-âge.

(2) Cliénerailles, chef-lieu, de canton, i,20i habitants.

24 CHRONIQUE D*CVRARD.

clause et déffensable, entooniée de plusieurs tours rondes a platte-forme, survoultées, encrenelées aus leurs baatillons; sur Tune desquelles, estant au cousté d'une porte, depuis longtemps a cru un arbre de genyévre par Texercement des oiseaux, ayant mangé des grains du dit arbre, qui rend la sommité de laditte tour couverte de frondeuse verdure en toutes saisons. La principalle porte est d'une architecture fort antique enfoncée à double voulte et fabriquée de pierres de taille quadrangulayre, calcinées et cymentées magistralement, garnies de propugnacules déffansables; le dedans est un petit pourpris, plaisant bien pavé, lequel a de petites rues au amsté desquelles sont jointes en ligne perpendiculaire plusieurs belles maisons. Ce lieu, anciennement, estoit le logis d*un prince et gouverneur du pays circonvoisin de la partie des Romains, et depuis, aucuns comptes de la Marche y ont fait résidence, et même un nommé Guy de Lesignem, comte de la Marche, du temps du règne de Philipe-le-Bel, et Jacques roy de Cécile, aussy comte dudit pays, du temps du roi Charles six*, et aussi un Hugues de Lusignan, dit le Brun, extrait de la race de Lusignan. Car mieux denoste Tapparence de ce lieu un chasteau qu*une ville; et au temps qu'elle fut érigée, pour faire vuider leau des pluyes et rendre le lieu net et purifié furent faittes de petites canelles structiles, qui souriaient hors des murs, dans lesquels Teau prenait cours de tout le lieu, et de ces canelles le lieu depuis a été dénommé. Je ne le veux pourtant assurer comme n'en ayant rien trouvé par écrit, si non par invention conjecturée, et en avoir ouy telles opinions d'aucuns.

L'autre sixième ville de notre Marche nommée Jarnage (1), c(»mbien qu'elle soit assez mal compassée et non de grande deflanse, si est ce qu'elle est habillée de gens fort honorables, riches et opulents en facultés de domaines et autres biens ; elle est aussy assise et poustée sur le grand chemin qui tend de Paris à Toulouse, Bordeaux, Montpelier et autres lieux do la Gaule Armorique, où l'on voit passer continuellement

(i) Jaruages, chef-lieu de canton, S53 habitants.

chargeas de pastel et autres marchandises desdits lieux. 11 apert par une petite pyramide, fabriquée en forme quadrangulaire, qui est dans ledit lieu près du cymetière, Fantiquitté de cette ville, au dessus de laquelle a une lanterne pour tenir le feu de nuit, pour le guet (1), et c'est tout ce que j*ay pu observer de singulier en nos villes du dit pais et compté de la Haute-Marche.

Duquel pais jadis ont été seigneurs (2) un Hugues, le Brun, du temps du roy Saint Louis, qui estoit des considérés; un Geoffroy de Lusignen, et après, messire Jaques de Bourbon, qui épousa une Jeanne, fille héritière de Charles, roi de Cécile, au moyen d'icelle fut ainsy du roiaume de Cécile, et appelé vulgairement le roy Roy Jacques, Roy de Cécile et de Hieruzalem, qui fut du temps de Charles sixième, Roy de France. Ce roy Jaques n*eut aucuns hoirs de ladite Jeane, sa femme, et fust chassé dudit roiaume de Cécile pour aucunes suspitions qu*il heut sous occasion de sa femme, et se retira à Venise. Ces deux comptes entre autres fréquentèrent souvent notre pays Marchique et notre ville; ce Roy Jacques auquel lieu bailla de beaux privilèges. 11 y a un grand bois près notre dite ville, apellé Poignat, dans lequel il y a une petite coline qui porte jusques aujourd*huy le nom, selon le langage du pays, de suquet ou tupet du Roy Jacques, pour la fréquentation de la chasse que ce compte avait audit bois et y prenait plaisir.

Après avoir fait une sommaire description de notre pays Marchique et des villes qui sont situées dans iceluy et même de la ville où j'ay pris naissance et nourriture,

(1) On peut voir dans VÈtude $ur le$ lanternes des morts qne la lumière de nos fanaux funéraires y était entretenue pour honorer les tùorts et inviter les vivants à prier pour eux. Cette faible lampe ne pouvait d'ailleurs être d'aucune utilité pour le guet. -~ Outre la lanterne des morts de Jarnages qui est détruite depuis longtemps, et celle de Grocq qui a été transportée à Tangle de la chapelle de Notre-Dame, on trouve encore dans le département de la Creuse celles de La Souterraine, Saint^sonssand, Saint-Aignan-de- Versillat et Felletin.

(i) Pour les seigneurs ou comtes de la Marche voir le Nobiliaire limousin tome 111., page 153.

iiMusd fta ^ri^*,zjaif: VLM^i&f^'j^ et «âé^i^re et rodhercker Its /.înoiiai ksi fiir^ a£ûii^2i» d^!?!£k. cûE^^ T rifiTfcf umM et ^ÀM^. for "Irnl CïaaaieL cir. 0^:<ai ii «Miinre 4» fkAn W0^^tÊ0»^ i 'Vû &!: taarail troc oii^^Jer €< zraiffflfr 9 panîe, f/Hu\Àf!M qa>ik iOit iiàkml^l^ et em aaarû terrar, car V^êUêuX d^fau.^ for qiK^j9<r ttu.^ r% àrf^^yatt es aatre lîe« (^ 1^ :atiét^ ei ^WMiM^ l'osi aspire eDoorre d'à gnsd d^^Jr a r«nroîr iia propre Urre natale, et j estant parrcBVt, il i^^iM^ qijie iM>o iiiûe fe«!>îi mnplîe de foatle cMsolatîoii, u%:à% aiJiMy reurjAitrziïi on bomine de sa natioQ. ne FaTUit reu de iorigteuips ; je uie sois adrisé en esprit daroir ol>r/iiii ^ déllaiMé la description d'ane histoire singulière ^|fii Uêéritte plus être mise en lumière que louttes les antres antir^Uftéi dont j*ay lait mention cj-dessus. Cest Tbistoire sainte d'un jeune enfant né et natif en notre rille, qui a si parfaitement conduit sa vie au senrice de Dieu, qu'il a ui^ytié Hre canonisé et écrit au livre des rivans, et maintenant ^tni colloque au palais céleste en la compagnie des AuircM saints, devant le throsne céleste de Dieu, laquelle hiKtoire, j ai traduitte de sa légende au plus près, et remarquât aucunes choses obscures contenues en, comme Ton verra cy-apré».

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