HISTOIRE DE SAINT SYLVAIN
Martyr à Ahun ^*^
La Momance do la loy ctire»lienne estant desjà epandue sur la province du Limousin par les saintes prédications et
(IJ Ou lin (uiimalt pan d'une mauièrn positive l'époque à laquelle saiul Hylvnhi fui tniirtyrl»^. Des lôgouiles ôtraugôres ont été mêlées à sa vie, qu'on M niAuin confondue uvoc oelln de saint Sylvain de Lerroux. Voici les deux téniol({iiu(((is qui soniblent avoir le plus de valeur touchant ce martyr :
i Lni4 lialiltants d'Aliun vénèrent, avec une pieuse dévotion, saint Sylvain, HiartyrliiA par les Vandales. » ((leolTroy de Vigeois, chapitre XV.)
• Halnl Sylvain, martyr au bourg d'Ahun, lieu de sa naissance, mis i\ mort, avt«o «OR oompaituons pour la foi du Christ par les Vandales. Ses reliques et rollim do soM «compagnons ont été emportées parles Normands, dans le cours ilu IX* HltVIoiiu du .V'' sIMe. • (Uernurd Gui, article EIX.)
CHRONIQUE d'eVRARD. 27
cAortàtions du glorieux saint Martial, tlissiple de notre Sauveur Jésus-Christ, et principallemeDt au.i limites de notre ville Agedune qui, en ce temps, estoit comprise eo la principauté et seigneurie du duc d'Aquitaine, sous la puissance et tribust des Homains, régnant pour Ihors leur monarque Domitien, douzième empereur, succédant à ce bon empereur Titus; toutefois quelque temps après, ladite duché de Aquitaine fut remise en l'obéissance des magnanimes Gaulois et exemte du tribust romain au temps de Marcomirus, leur duc, qui depuis a esté jointe aux apartenances de la couroune royale des dits Gaulois, qui maintenant est le très florissant royaulme de France, et tout le pays et circonrérence de la comté de la Haute-Marche, au milieu duquel notre ville Ageduoe est située, estant lora des apartenances de ladilte Duché d'Aquitaine tributaire aux Romains a esté d'Icelle distrait et desfrené et à présent tenut en pairie de la . dite couronne Françoise, sous le gouvernement du dit compte dudit pais de la Marche, et les duchés du Limousin et de Guienne séparés et divisés d'iceluy : Ihors doncques et dudit temps que nostre dit pais e»toit subjet aux Romains, notre ville Agedune estoit habitée, partie de paiens ei idolâtres obstinés en l'erreur d'infidéllité, autre partie de ceux qui avoient reçeu la semance jeltée eu bonne terre de leurs coeurs auparavant par ce divin concionateur saint Martial; et entre autres de ce nombre il y avoit une famille illustre et noble, tant de sang que de vertus, dont le chef et seigneur estoit nommé Fauste. Celuy estoit joint par mariage ausques une exselente et très vertueuse dame, le nom de laquelle estoit Sylvie du Mur (1), en laquelle la foy vive de la connoissauce de Dieu avoit esté radicalement mise par l'instrument de ses antécesseurs, desjà en icelle confirmée par ledit saint Martial. Celte noble et vertueuse dame estoit
(1) Evrard en Iraduisaul le texte du Bréviaire de Limoges a commis uu contre seus assez singulier. Oa Ht daus le texte laliu : Sylvia de mtiro, etc.. c'est4-dire : • Sylvie, regardant du haut des murs de la ville sou fils conduit i la mort, etc. ■ Evrard s'est imaginé que de Muro était le uom même, ou si I'du veut le cognomtn de Sylvie, et il a écril : < Sylvie du Mur. > (L. Duval. — EiquiiMe$ marcAoiiM, p. 1^,)
extraîtte d'un lieu noble appelé du Mur qui est encore à présent florissant sur les limittes du Limousin et Périgort, que j'ay trouvé par écrit, s'il est licitte de croyre que ce soit iceluy lieu. Ces deux bons et saints personnages avoyent un seul et unique fils que le bon Dieu par sa miséricorde avoit sussité de leur semence, estoit nommé Silvius au Silvanus, et par le vulgaire nom antique Silvien et depuis Silvain ou Saulve, selon le langage que nous tenons; procèdent que je pense du nom de sa mère Sylvie. Leur habitation, selon la légende, estoit au chastel dudit lieu, estant aussy nommé Castrum Ageduniy et pour entendre cecy, il y avoit la ville et le chastel qui estoient séparés et divisés , car aucunes fois il est fait mention de Vicus Ageduni et autre fois Castrum Ageduni ; la ville, ou, pour mieux dire, le bourgt estoit une grand rue longue et bien peuplée, parce qu'il ne se trouve qu'elle fust entournée de murailles, qui estait le dit chastel sur Torient , comme il apert encorre par les vestiges des fondemens et au penser qu'il y avoit d'autres petites rues, veu le grand nombre du peuple qui y habitoit , comme il est trouvé par l'histoire dudit saint Martial; car à une seule de ses prédications furent illec réduits à la foy et baptisés mil et six cent personnages qui ne pouvaient tous être résidens en une rue et aussy ne pouvoit être une douzième partie des habitans dudit lieu; ledit chastel estoit où il est de présant, qui n'a forme de chastel, sinon seulement une maison qui fait d'un cousté mur et closture de notre ville; car depuis que la vieille ville ou grand-rue a été ruinée, aucuns habitans se retirans au chastel firent une closture d'une petite ville telle qu'elle est et n'a pas longtemps que j'ay trouvé par écrit que l'on apeloit notre ville chastel et disoit ainsy au chastel d'Ahun et non pas en la ville d'Ahun : Lequel chastel ou maison principalle a un grand-clos ou basse-court entournée de fortes et épaisses murailles faisant séparation entre ladite ville et ledit chastel ou maison et dans iceluy clos ou bassecourt est située ladite grande tour quarrée, sur le costé de la ville, de laquelle nous avons fait mention cy-dessus, car en ce temps-là les capitaynes ou légionaires qui se tenoient
en ladite forteresse et chastel pour tenir les habitaas de ce bourgt et des autres lieux circonvoisins subjets et tributayrea des Romains, avoient de couatutne, es autres places de leur subjection, faire résider et tenir auprès d'eux dans les clos de la susdite forteresse les nobles et les plus aparants des li^ux de leur charge, pour leur ayder à paciffier les séditions et tumultes des rebelles, comme l'on fait encorre des garnisons mises sur les frontières et lieux limitrophes de notre France; et les chasteaux de ce temps n'estcàent en la forme de ceux de présant, car estoient seullement de grands tours massives et espaisses de grosses murailles, n'ayant aucun respect deffensif, ne propugnacles, parcequ'il n'estoit thors mémoire des machines d'arlillerie.
Ce jeune enfant doncques demeurant au fort et closture de ce chastel aus ses père et mère, estoit si bien enseigné par eux à la foy, joint qu'il l'avoient fait vacquer et instruire aux lectures dès ses jeunes ans, car estant parvenut à l'&ge de quinze ans de sa première adolessance, il florlssoit et resplemlissoit en toutes vertus et intëgrittéa de vie, comme s'il eut déjà atteingt ou anticipé le temps de mathurité, de vieillesse et aage sénille, et persévérant toujours en cette sainteté et heureuse vie, en cheminant en l'aage virile fut jugé de tous, par une grande admiration, ses astres participer des vertus supernelles et célestes.
En ces jours, les payeiis observaient une grande feste et solennitté d'une idole et simulachre nommé selon les payens Bérecinlhia, ou autrement appelé Cybelle, mère des Dieux, en celte antique el renommée citté de Limoges pourtant Ihors titre de toutte exelance et dignitté sur toutes les autres, toutes fois remplie de toutes erreurs sacrilegieuses, prophanens les choses divines aux idolles et mauvais esprits "ct principallement à trois simulachres es quels ils estoient envelopés d'un amour superstitieuse de spécialle adoration, scavoir est de Bérécinthia, mère des dieux d'Apollo et de Diane. Ces trois sinmlachres estoient en souveraine recommandation de leurs vaines et folles cérémonies. Car quand l'une de ces trois festes estoient observées et solennisées, tout le peuple de la région et des lieux subjets de ladite