LES COMMISSAIRES ROYAUX EXTRAORDINAIRES DE LA PROYLNCE
ET DE LA VILLE DE YEiNlSE.
Vbhisb, 7 àoAt
Les commissaires royaux extraordinaires de la province et de la ville de Venise : Vu l'article 2 de la loi du 27 juillet dernier, proclamant Tunion effective de la Vénétie au royaume de Fltalie supérieure sur les bases de l'union de la Lombardie et en même temps la loi qui pourvoit au gouvernement transitoire de la Lombardie, décrètent :
Jusqu'à l'ouverture du parlement général qui succédera à l'assemblée constituante, la ville et la province de Venise seront gouvernées selon les règles suivantes :
1 . La liberté de la presse, le droit de réunion et la garde nationale sont garantis et conservés au peuple vénitien, dans la forme et l'étendue actuellement existantes.
2. Le pouvoir exécutif sera exercé par le roi, par l'intermédiaire d'un ministère responsable envers la nation qui sera représentée par un parleinent.
4. Les actes publics seront publiés au nom de Ss^ Majesté le i-oi Charles-Albert.
5. Les lois et règlements actuellement en vigueur sont maintenus ainsi que ceux qui étaient établis avant la dernière occupation de l'étranger.
6. Le gouvernement du roi ne pourra ni conclure des traités politiques ou commerciaux, ni créer de nouvelles lois, ni modifier celles qui existent, sans se concerter dans ce but avec la consulte spéciale composée des membres du gouvernement provisoire actuel.
7* Les bases du protocole du 13 juin dernier^ concernant la loi électorale pour la constituante, seront maintenues dans la ville et la province de Venise, comme dans les provinces lombardes et vénètes.
Les commissaires royaux :
Colli. — Cibhario. — Castrlu.
RÉGIME PIÉMONTÂIS. 33o
LE CONSUL GÉNÉRAL CLINTON DAWKINS A LORD PALMERSTON
Venise, 7 août.
J'ai l'honneur de transmettre à Votre Seigneurie les proclamations publiées ce matin ; elles contiennent Tannonoe officielle de la réunion de l'État de Venise aux États du roi de Piémont, et |)ortent les signatures des commissaires sardes, le général Colli et M. Cibrario. Les couleurs piémontaises (le tricolore italien portant la croix de Savoie à sa partie blanche et le lion de Saint-Marc dans un coin) ont été hissées aujourd'hui sur les mâts de pavillon de la place Saint-Marc et saluées par le navire qui garde le port de Venise.
Agréez, i»lc.
Cli^iton Dawkins.
M. PALEOCAPA A M. J. CASTELLI ».
tvHin, 8 août 1848.
Mon cher Castelli,
Je joins cette lettre que je remets à MuUazani à celle que je t*ai i'n\oyéc hier par Comcllo. Nous avons reçu cette nuit une nouvelle déi>éche de Paris du marquis Ricci ; mais cette dépêche ne pouvait être encore la ré]K)nse à notice demande positive d'intervention (pii n*cst partie d'ici que dans la nuit du 3 au i courant; elle ne se rapporte donc qu'à notre première demande, qui était de prendre toutes les mesures néct^ssaires, afin qu'un corps d'armée soit prêta entrer d'un moment à l'autre en Savoie; ces me-^ sures ont été prises en elTet, et elles sont de nature à ne laisser au*» cuo doute que, aussitôt que la demande formelle sera arrivée, la France interviendra. Le gouvernement français a nommé le gé*'
t M. Palcocapa, en?o>é en misjion à Turin le lendemain du vote de la fusion, y re«la aprte l'aecepUUon de ce vote eomme membre du nouveau cabinet sarde.
néral Lamoricière commandant en chef du corps d'armée, et deux brigades qui avaient été détachées, ont reçu ordre de rejoindre à marches forcées ^.
^ Tons les détails contenus dans cette lettre étaient exacts ; mais l'attenle de M. Paleocapa fut déçue. La demande formelle d'un secours immédiat, arrivée â Paris dans la nuit du 6-7 août, resta sans réponse. Le silence du télégraphe ôans ce moment suprême, joint à la chute de Milan, amena le déplorable armistioe de Salasco. Des extraits de dépêches officielles achèveront de prouver ce fait souvent • travesti. Mais elles constateront aussi par la bouche même du chef du pouvoir en France quels étaient les sentiments réels de la nation envers Fltalie.
Le 17 juillet, lord Palmerston, fatigué de l'obstination de T Autriche, encouragée par le secret assentiment de la France, avait chargé lord Ponsonby de déclarer au cabinet de Vienne : « qu'il préférait ne plus s'occuper d'une question dans laquelle une médiation purement paciflque, semblait à peu près impossible. » (Voir 0*nr*j:, t. III, p. 44.) Cinq jours plus tard, 22 juillet, lord Nornuinby lui manda de Pans : « ... M. Bastide me dit ensuite qu'il saisissait cette occasion {l'entrée des Autrichiens à Ferrare) pour me déclarer que le général Gavaignac et son conseil sont unanimes pour désirer la paix en Italie, comme partout ailleurs ; et il ajouta « que le meilleur moyen pour éviter la guerre serait l'entente complète, et par suite l'action commune de la France et de l'Angleterre. • J'ai rappelé alors à M. Bastide, dans quel esprit V. S. avait déjà accueilli précédenmient des propo> sitions au sujet de la question italienne ; et, comme au fond ces propositioiis étaient venues de lui-même, j'ai cru important qu'il dût s'expliquer clairement sur la nature de celles qu'il croit maintenant devoir être faites par la France et l'Angleterre en commun. M. Bastide me dit alors : « qu'il pensait qu'on devrait déclarer à l'Autriche sous forme d'avertissement, que la France et l'Angleterre sont anxieuses de voir finir cette guerre, menaçante pour la paix européemie, et dont la prolongation ne pourrait qu'être nuisible aux intérêts de l'Autriche elle-même.
« Dès lors il devenait nécessaire d'en venir à one explication sur le sens réel du mot : Indépendance italienne.
« Pour ce qui concerne la Lombardie, qui s'est ail^anchie et réunie au Piémont, M. Bastide ne semblait point d'avis qu'il y eût lieu à s'en occuper davantage (si ce n'est toutefois pour obtenir le paiement d'une partie de la dette autrichienne, etc.). Mais, quant à la Vénétie, occupée en grande partie par Tannée autrichienne, M. Bastide voudrait qu'on proposât à l'Autriche de la constituer en État séparé, constitutionnel, sous un archiduc autrichien ; cet établissement devant être placé sous la garantie plus ou moins explicite de la France et de l'Angleterre. Il ajouta qu'il espérait que si elles étaient ofl'ertes en commun, l'Autriche accepterait ces conditions, et que la lutte finirait ainsi d'une façon avantai^euse pour l'Iialie. « Sans vouloir émettre aucune opinion sur la manière dont V. S. pourrait emisager le mérite de cette proposition en elle-même, j'ai répondu que le gouvernement de S. M. ne pourra qu'être charmé de cette preuve des sentiments pacifiques du gouvernement français, etc. — Normanbt. » (Corresp., t. Ul, p. 71.)
Voici ce que lord Palmerston répondit à cette lettre :
Fom»G!r-Ortici, U juillet lS4â.
« MlLORO,
« Quant au projet de M. Bastide pour l'arrangement des affaires
italiennes, vous pou>ez assurer, milord, que le gouvernement de S. M. serait heu- > reux d'y pouvoir coopérer avec la France, etc. Pour ce qui est de rarrangement
MuUazani te dira de vive Toix dans quel état nous nous trouions ici pendant ce temps. Le quartier*général du roi est à
• proposé en lol-méme, le gouvernement de S. M. croit qu'il serait peut-être agréé
• par f Autriche, etc., etc.; mais qu'il se pourrait que le même arrangement, au
• 9Ujet de la Yénélie, fût repouûé par les Italiens. Or le gouvernement de ■ 5Î. M, désire savoir quelle est, dans l'opinion de M. Bastide^ la ligne de cott- « duite que les deux gouvernements devraient suivre dans ce cas ? — Pauierstoti. •
A cette mise en demeure ai nette, lord Normanby répondit le surlendemain :
Paem, 31 juillet 1841.
« Mitoa»,
• M. Bastide vient de m'infonner que le général Cavaignac et son conseil ont dé- > cidéde ne pas faire d'opposition, et de ne pas élever de d irOcu liés. ^tiam/ métne
• toute la Vénétie devrait être annexée anx possessions du rai de Sardaigne. lis ont
• à fffor de prouver à quel point Us désirent l'arrangement paciflque de cette ques-
• tion, et ils consentent par ce motif, à ne pas élever d'objection sur un point où
• Ton pourrait leur supposer un intérêt particulier. » J'ai répondu qu'après toutes t nos précédentes conversations à ce sujet, Je croyais Inutile d'insister sur la vi\e « satisfaction que causerait cette nouvelle, etc.— Normanby.» {C(*rresp,,i. lli,p. 15.)
Pendant les mois d'avril, de mal, de Juin, et même de juillet, l'entente de la France et de l'AoKleterre, au sujet de la Vénétie, eût résolu la question Italienne; ma s en ce moment, pour revenir sur des conditions qui, tout en rendant la Vénélif h TAulriche, avaient été longtemps déclarées par la Répul»Iique française e'ie-même compatibles avec le principe des nationalitéf, et avec ses promeues,' i! eût fallu un revers de l'armée autrichienne (redevenue si forte) ou bien être prêt à soutenir sa parole par son épée. Or, rien de cela n'exit^talt ; la lettre de loril Normanby à peine partie, M. Bastide vint lui communiquer des nouvelles dé<ast reuses arrivées du théâtre de la guerre, et l'emmener auprès du général ('•>^aicnac qui re<loulila dès lors d'efforts, ponr obtenir le concours de lord Palmerf\ 'D pour une négociation sur les bases connues du mémoraiidiiin Hummelaoer; ^' n ce que lord Normanby écrit le lendemain au sujet de celte entrevue :
Paris, I" «oAt IS48.
Ml LORD,
• Hier i^rôr, après le départ de ma lettre, M. Bastide est venu m'enimener cbei le « général Cavaignac, qui m'a communiqué une nouvelle télc^srapliiqoe, etc. 11 a
• été informé que le marquis Ricci se rend à Paris ponr réclamer l'intervention
• année de la France, et que, même avant son arri\ée, une aruiée française
• »era requise pour la Lombardie. Le général se mbn trait ft>rt contrarié de ces
• nouvelles, non-seulement par sympathie pour l'Italie, mai» h cause des em-
• liarras qui pourront en résulter pour lui-même. Il me disait <;iie ce serait une
• grande erreur que d'établir une analogie quelconque entre l'esprit public actuel
• ^D France, et celui de la première République ; que le dé5sir tie nmquéte et de
• Kuerre n'existe chez aucun des grands partis de la France ; et "ne quant à l'Italie,
• le général ne voit non plus aucun motif pour envoyer une n rince sur la sliçple
• demande de Cliarles-Albert, icar selon tousles renseignement » rems jusqu'Ici, le
• i'^upte italien n'aurait encore réclamé nulle part l'intervention rrnnçaise, oa du « moins nulle part en nombre sufDsant pour mériter le nom d'nn pai ti ; que toate-
• f(»is la crainte de retomber sous la domination autrichienne pourrait changer
• niaintenant ces dispositions, et qne si un appel populaire de T lia lie venait, à la
Vigevano, mais les rapports nous laissent dans une cruelle incertitude sur ses projets futurs et son plan de campagne.
« suite de ces revers, invoquer le secours de la France, cela changerait lotalemenf n la situation. Le général a bien voulu faire appel à ma propre eonnai**nmce ff^ « ropinion publique en France , pour assurer V, S. qu'aucun gouvernement «y « pourrait longtemps résister au cri de l'opinion publique en faveur irune inter- « vention armée en Italie. — Nchman-by. » [Corresp., t. III, p. 83.)
Cette perspective n'eflTraya pas lord Palmeiston, car le 5 août lord Nonzianl>> lui écrit de nouveau :
< Toutes les fois que j'ai vu ces jours derniers le général Cavaignac, il ra'j « exprimé son ardent désir d'arriver promptement à une entente avec le çou- « vemement anglais, au sujet des affaires italiennes. 11 craint évideniment que d'un « jour à l'autre une catastrophe ne vienne, en excitant le sentiment populaire, « renverser ses résolutions pacifiques. Je suis obligé d'j^outer que, même dans le? « salons, j'ai été en butte aux interpellations de membres considérables de l'as- « semblée, et en général des amis de Tordre et de la paix de t«)ute classe. Thu^ « appuient sur Turgence, et témoignent le désir de pouvoir échapper à la crsc, c par l'annonce du concours immédiat de l'Angleterre; tous expriment la crainte. « qu'autrement la chute d'une grande ville italienne ne soulève dans toute in « France un cri d' indignation tel, qu'il Vemitoterrait en ce moment sur t.'tte « considération prudente. — ^OKHXshY,* {Idem, t. H, p. 106.)
Enfin, deux jours plus tard :
Pakm, 7 août l$18.
« Ce matin, j'ai eu la visite du marquis de Brignole, qui a reçu Tordre fom.el « d'invoquer l'entrée immédiate d'une armée française en Italie. La dépêche «^ue « j ai lue est très-explicite ; elle demande Tenvoi de cinquante mille hommes. « et en outre dix mille hommes par mer pour Venise, etc. J'ai vu plus tard le « général Cavaignac, qui m'a dit : que rien ne pourra le justifier de ne pas at^oir m fait Jouer sur-le<hamp le télégraphe, pour accéder à cette demande, à moin^ « de pouvoir annoncer d'une manière positive, que Tentente parfaite de la FraDce « et de TAngleterre au sujet de Tltalie, permet d'espérer un arrangement pacifique « satisfaisant. Le général ajouta qu'il ferait, quant à lui, tous les elTorts possit'les « pour tâcher d'éviter Taction isolée de la France qui, à ses yeux, serait un maltieur « et une faute, si on peut l'éviter, etc. — Normaxbv. » (Corresp., t. 111, p. lOS )
Ainsi pressé, lord Palmerston dut enfin consentir à seconder le gouvernement français dans une négociation sur les bases tant de fois repoussées qui rendaient Venise à l'Autriche. Il mit pour condition la cessation ihimédlate des hostilités dans toute l'Italie, et surtout le strict accomplissement des promesses stipulée; pour la Vénétie dans le fameux mémorandum autrichien. 'Toutefoii» lord Palmerston ne manqua pas de répéter même dans cette dépêche que l'Autriche dr- Tait considérer l'arrangement pour la Lombardie comme très-avantageux pour elle, malgré ses succès militaires, attendu la haine invincible que lui portant les. Italiens, et de motiver son adhésion pour ce qui concerne la Vénétie, dans les termes suivants : « Il est, d'un autre côté, évident que Tltalie seule ne possède « pas la force nécessaire pour soustraire la Vénétie à la domination autrichienne, « bien qu'elle en ait témoigné le plus vif désir, et il est possible aussi que les « arrangements promis par le susdit mémorandum parviennent, jusqu'il un cer- « tain point, à satisfaire le sentiment de nationalité mobile des Vénitiens, conuiK « de tous les Italiens. — Palmerston. » {Corretp., t. Ill, p. 107.) i
RÉGIME PIÉMONTÂIS. 339
Quant aux subsides» j'ai insisté, j'insiste, j'insisterai; à celte heure les commissaires piémontais devraient être arrivés à Venise. Le ministre des finances désire recevoir un rapport pressant signé conjointement par les trois commissaires, afin de mettre sa responsabilité à couvert, surtout en ce moment de crise ministérielle imminente, du moins à ce que je crois. Je f écris à la hâte, devant assister à une de ces continuelles et interminables séances du conseil qui me mettent la tête et le cœur à la torture, parce qu'étant nouveau au milieu des hommes et des choses de ce pays-ci, je rapporte tout au sort (le mon pays natal.
Ton Paléocapa.