‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 104 sur 144 · TOMASO GAR A DANIEL MANIN · texte numérisé non relu

TOMASO GAR A DANIEL MANIN

(Lettre particulière.)

Paris, 3 août 1848.

Mon respectable ami ^

Je profite de l'occasion du départ de Caoiorta pour vous écrire et vous exprimer ma sincère admiration de l'acte magnanime qui a terminé la première phase de votre carrière politique. Hélas ! pourquoi le sacrifice de votre opinion, votre noble refus de faire partie d'un gouvernement monarchique n'ont-ils pas porté le fruit que nous en espérions? Tout au contraire, cette fusion si malencontreusement précipitée en faveur d'un roi ambitieux et incapable, entouré de généraux inexpérimentés et jaloux les uns des autres, a encore hâté la ruine de notre cause, en sorte que rinter>'ention française, tant de fois refusée, devient aujourd'hui indispensable. Le roi lui-même vient d'envoyer Ricci, et le gouvernement lombard Guerrieri dans ce but. Il paraît queles instructions du premier se bornent à demander la présence d'une escadre française devant Venise ; celles de Guerrieri sont plus larges et plus conformes aux circonstances. Le roi prévoit (et il ne faut pas en effet pour cela une grande perspicacité), que l'intervention française pourrait devenir fatale à ses projels d'agi*andissement, et voudrait encore tergiverser; pourtimt le droit supreme de l'existence de toute la nation 'doit remjwrler et faire adopter des mesures promptes et efficaces. Charles- Albert a ruiné ses propres affaires comme les nôtres, en gaspillant le temps et les forces morales de la nation par son système stratégique

diamétralement opposé aux exigences d'une guerre d'insurrection, forçant les esprits à s'occuper des plus délicates questions politiques dont la décision, d'après ses propres promesses, aurait dû être remise à la fin de la guerre, et finalement en persistant à vouloir être le sml libérateur de la haute Italie. Aujourd'hui il ne lui reste qu'une seule voie de salut : c'est de coopérer efficacement et sincèrement à notre affranchissement, et de céder à la France, en cas de succès, la Savoie pour prix de son intervention, en échange des provinces lombardo-vénètes qu'il convoite ; et je dis cela en ne considérant la question que du point de vue monarchique.

Hier soir, 2 août, les deux envoyés ont eu une entrevue avec Cavaignac et Bastide. II paraîtrait qu'ils ont trouvé d'assez bonnes dispositions ; ce soir ou demain on doit fixer les bases du traité. Je ne serais pourtant pas surpris que Charles-Albert ou sa camarilla soulevassent de nouvelles difficultés et laissassent ainsi le temps à l'ennemi d'envahir toute la Lombardie !

11 est bien fâcheux, que le gouvernement provisoire de Venise soit si avare de ses instructions en un pareil moment, ou plutôt qu'il n'ait pas envoyé de son côté quelqu'un exprès pour le représenter dans ces négociations. Du reste notre séjour ici devient entièrement inutile, etc., etc.

ToMASo Gar.

J. B. CASTELLAN! , envoyé de Venise a Rome, A DANIEL MANIN.

(Lettre privée,)

Rom, S août 1848.

Mon ami,

Le bruit s'accrédite ici que Charles-Albert vient de conclure avec les Autrichiens un armistice, en vertu duquel Peschiera et Venise devraient leur être livrées immédiatement, et la frontière portée sur TAdige. Tenez-vous prêts, pour le cas où la nouvelle se confirmerait, à proclamer la trahison, à nous constituer en République, et à appeler le secours de la France.

Castbllani.

HÉGIMfi PIÉMONTAIS. 333

LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE

{Proclamation du 6 aoiU,)

L*unioQ immédiate de la \ille et de la province de Venise, telle que Ta votée rassemblée de nos représentants^ a été acceptée par le sénat et par la chambre des députés sardes et sanctionnée par Son Altesse Sérénissirae le Prince-Lieutenant du royaume au nom de Sa Majesté le roi de Sardaigne, par une loi du 27 juillet dernier. Le gouvernement provisoire de Venise' en ayant reçu avis par dépêche du 29 juillet, avec instruction de la publier, ledit gouvernement décrète :

La loi du 27 juillet dernier, annexée au présent décret, est rendue publique, pour être mise à exécution.

«( Eugène, prince de SavoiM^^arignan, lieutenant géniVal de Sa Majt'sté dans les États royaux pendant rabscncc de Sa Majesté, etc.

« Vu la délibération du 4 courant, de la ville et proince de Veniso, présentée à Sa Majesté à son quartier général à Roverbella, par une deputation spéciale, le 12 du même mois, d*oû il résulte : etc., etc.

I. « L'union actuelle de la ville et de la province de Venise, votée par l'assemblée des représentants, est acceptée. La ville et la province de Venise forment avec les États sardes, et les autres États qui lui sont déjà réunis, un seul royaume, aux mêmes conditions spécifiées dans In loi d'union avec la Lombardie.

IL « Il y aura pour les provinces vénétes, comme pour celles de la Lombardie, une consulte spéciale composée des membres actuels du (gouvernement provisoire de Venise et de deux membres envoyés par cliarunc des quatre provinces de Padoue, Vicence, Trévise et Ho\i^o, ainsi qu'il a été proposé parles lois d'union. Lorsque les trois provinces de Vérone, Udine et Bellune s'uniront à ces Etais, elles pourront également envoyer k la même consulte chacune deux députés, etc., etc.

Nos secrétaires d'État sont chargés de Texéculion de la présente loi, qui sera scellée du sceau de TÉtat, publiée dans la \ille et les dépendances de la province de Venise, et insérée parmi les actes du gouvernement.

Sifftié: EVGÈSE DE SA VOIE. — DE HEVEl, SCLOPJS, etc.

Le President, Castelu, Maituiengo. '— Camerata. — Cavedalis. — Paoli'ccl — Reall

334 TROISIËMI*; ÉPOQUE.

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