SÉANCE DE L'ASSEMBLÉE
(13aot2M8i8.]
La séance s'ouvre à dix heures et demie, 114 députés sont présents.
Le député Manin : a Le docteur Castelli ne s'est pas présenté, parce qu'il a conçu quelques doutes sur la question de savoir si, ayant été commissaire royal, il n'a pas cessé d'être député. Je ne le crois pas; car aucune loi ne nous interdit d'être ministres, lorsque nous sommes députés. Si l'Assemblée le désire, le docteur Castelli est prêt à prendre part aux délibérations. (Oui, oftif) Le docteur Castelli continuera à faire œuvre de bon citoyen dans cette occasion comme toujours. » {Applaudissements.)
Le député Trolli : a Le procès-verbal inséré dans la Gazette d'hier, et la nouvelle officielle de l'intervention firançaise, apportée par les citoyens Muzzarelli et Comello, nous apprennent que l'état des choses est très-différent de ce que supposait le peuple de Venise, lorsqu'il demanda et obtint, par voie d'éaieuie, la retraite des commissaires royaux sardes. »
« S'appuyant sur le changement opéré sans doute dans l'ôpi*
* Voir plus haut la Uttre de Paleocapa à Castelli, p. 33S.
n ion publique par ces nouvelles • rassurantes, le député Troll i propose d^nviter les commissaires royaux sardes à reprendre leurs fonctions^ jusqu'à ce qu'une confirmation officielle de Tannistice soit arrivée, etc., etc. {Murmwes. Assez I assez I)
Le député Malfattx s'élance à la tribune.
Le député Manin : a Je prie le député Malfatti de me céder la parole, afin de répondre au discours du député Trolli. [Applaufiissements tmanimes.)
m Dans la dernière Assemblée, j'ai déclaré pour mon propre compte, et tous ceux qui partagent mes opinions, ont adhéré à cette déclaration, qu'il fallait en ce moment supprimer toute discossion politique entre Italien et Italien, qu'il fallait exclusive^ mené songer à la guerre; je me suis tenu fermement à cet engagement ; quiconque prétendrait le contraire, dirait une fausseté, dirait une calomnie.
« Un fait très-grave est venu à notre connaissance, c'est-à-dire la communication faite aux commissaires par le général Welden d'un armistice conclu le 9 août (trois jours après l'évacuation de Milan) entre Sa Majesté Sarde et le général Radetzki ; armistice qui entre autres choses stipulait : non*seulement l'évacuation des provinces lombardo-vénitiennes, mais encore l'abandon de la viiie de Venise par les troupes sardes de terre et de mer. Les commissaires royaux n'avaient pas cru prudent de publier de suite ce fait excessivement grave ; ils pouvaient même supposer que ce n'était qu'une ruse de guerre ; car l'annonce de cette nouvelle pou- Tait occasionner un mouvement qui aurait compromis la défense même dont ils étaient responsables vis-À-vis de nous. Je dois déclarer en outre que le gouvernement, sachant que je suis un honnête homme, s'est mis sur-le^hamp en relation avec moi, et qu'il a agi loyalement avec un homme loyal.
« Le commissaire Castelli est venu immédiatement me communiquer la nouvelle, me demandant seulement la promesse de ne pas la divulguer, jusqu'à ce que nous nous fussions concertés sur le moment et la manière dont nous devions en informer le public.
« Le commissaire Castelli m'avait invité à me rendre à huit heures et demie du soir au Gouvernement pour nous entendre avec les deux autres commissaires, excellents Italiens tous deux.
et qui ne craignaient nuUemenLde traiter des destinées de Fltalie avec un autre Italien, bien que cet Italien eût des opinions tant soit peu différentes des leurs. Je me dirigeais donc vers le Gouvernementy lorsque le peuple, habitué à recevoir des nouvelles à cette heure, se mit à demander à grands cris l'explication des bruits qui déjà circulaient dans la >ille , répandus peut-être par des agents autrichiens. Chacun sait que sur Tordre des commissaires, on donna alors lecture d*un article de journal, mais que cet article, relatif à Tévacuation de Milan, ne disait rien de Venise ni des conditions de l'armistice. Des personnes soupçonnant quelque chose de pis s'informèrent alors de la flotte, et les commissaires déclarèrent ne pouvoir donner aucune nouvelle officielle, n'en ayant absolument pas. Alors il y eut da tumulte, cela est vrai ; mais, je le demande : Quel peuple, quelque paisible qu'on le suppose, serait resté tranquille dans une aussi cruelle position?
c< Je n'ai point l'intention de louer cette émeute; on ne loue point l'émeute ; Témeute n'est louable que lorsqu'elle est légitime, lorsqu'elle tend à faire cesser une iniquité; je loue l'émeute du 1 7 mars dirigée contre l'Autriche ; mais je ne loue point l'émeute dirigée hier contre le gouvernement, ce gouvernement librement choisi par nous-mêmes !
ce Je me rendis au palais du Gouvernement, pour tâcher de calmer cette agitation populaire, et pour parler aux commissaires sardes qui se montraient irrités et qui avaient sujet de l'être. J'avais obtenu du peuple de me laisser traiter seul avec les commissaires, afin de voir s'il n'y aurait pas moyen d'arranger les choses de façon à éviter des désordres. Nous nous mîmes donc à délibérer et voici ce que je proposai. Je priai les commissaires de ne rien changer à leur condition, jusqu'à ce qu'on fût en mesure de publier des nouvelles officielles, et de prêter ensuite eux-mêmes leur concours (en leur qualité de bons patriotes), afin que le pays ne restât pas un moment privé de gouvernement. Mais fls ne crurent pas pouvoir consentir à cette proposition, retenus par des scrupules honorables ; leur mandat leur étant conféré par le roi, ils jugeaient ne pas pouvoir le déposer, tant qu'ils n'auraient pas reçu Y ordre officiel de faire évacuer Venise par les troupes de
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d^ terre et de mer, car alors ils ^ seraient démis immédiatement, considéraut les conditions mômes de Facte de fusion comme détruites. En résumé, \oici ce qu*ils disaient : « Nous ne pouvons ni ne voulons gouverner sans avoir la confiance du peuple, et en ce moment il est impossible que nous l'ayons ; d'un autre côté, nous ne pouvons pas non plus nous démettre ; mais nous allons déclarer hautement que nous nous abstenons de gouverner. »
a Ainsi donc le pays restait sans gouvernement, et il fallait bien que quelqu'un osât s'en charger, de ce gouvernement... {Applaudissements.) Cette audace, cette témérité, moi je l'ai eue! Mais une semblable prise de pouvoir ne pouvait durer qu'autant que le réclamerait la nécessité la plus absolue. {Applaudissements.) En conséquence, l'Assemblée fut immédiatement convoquée, afin de reconstruire elle-même le gouvernement ; et, puisque l'Assemblée est convoquée dans ce but spécial, il faut faire acte de bon citoyen, et mettre de côté toute autre discussion. Nous ne devons songer uniquement qu'à avoir un gouvernement qui maintienne la paix au dedans et qui nous défende au dehors; un gouvernement /^rovMwe dans toute la force du terme. [Applaudissements,) *
«( Si les choses viennent à changer, alors ^Assemblée sera de nouveau convoquée pour décider du sort futur de Venise, de la forme de gouvernement qu'elle devra adopter, ou bien à quel Klat italien elle devra se réunir. Mais, pendant ce gouvernement provisoire, personne de nous ne doit avoir de couleur politique ; notre unique couleur politique doit être de repousser l'ennemi I (/l/>piaudissements.) Ce que nous faisons aujourd'hui est une œu\re de conservation, rien autre chose; et certes tout Etat itilicn, quel qu'il soit, nous saura toujours gré d'avoir conservé Venise !
« Voilà tout ce que j'avais à dire pour expliquer et ce qui s'est |>as8é, et nos intentions pour cet avenir dans lequel j'espère ! Nous ne devons connaître que deux seuls partis : Italien ou An^ trichien; et nous tous c[ui sommes //a/t^5, je l'ai dit, je le répète : nous devons rester unis et de bon accord, toujours et puis toujours [sempre et poi sempre) ! »
Manin retourne à sa place au milieu de cris prolongés de Vive Manin l puis il revient sur ses pas et remonte à la tribune.
a J'ajoute que, si le député TroUi pouvait obtenir du marquis Colli et du chevalier Cibrario de laire partie du gouvernement , nous les accepterions très-volontiers 1 » {AMésian.)
Le député Trolli: « Je déclare n'avoir aucune relation avec ces messieurs ; je ne les ai jamais vus, je ne me suis pasprésenté cha eux, je ne les connais d'aucune façon, et il faudrait choisir qudq[ue autre personne plus convenable pour cette commission. »
Le député Manin : « Moi, je les ai vtis et je les connais; ce sont des hommes dignes du nom italien ! Je doute néanmoins qu'en ce moment ils acceptent cette proposition, parce qu'un juste scrupule les empêche de l'accepter. Mais une déclaration d'affection et d'estime pour eux, de la part de l'Assemblée, serait une chose due. » {Bravo, bravo/ Oui, oui I Applaudissements.)
(En ce moment entre le député CasteUi que l'Assemblée accueille par de vifs applaudissements.)
Le député Malfatti: « J)ës le 12 juin dernier, une pétition, couverte en vingt quatre heures par 7,00) signatures, fut remise au gouvernement provisoire, afin qu'il invoquât le secours de la France, toute illusion sur l'insuffisance des seules forces italiennes étant devenue impossible en face de la défection du Bourbon de Naples et de la chute de Vicence. Quelques membres du gouvernement étaient de cet avis; néanmoins la pétition échoua contre l'opposition de plusieurs de leurs collègues, dont les divergences d'opinion éclatèrent ensuite dans la séance du 5 juillet. La faute commise alors vient d'être réparée autant que possible par l'homme qui deux fois a sauvé Venise ; Nicolo Tommaseo est parti pour réclamer le secours de la généreuse nation française; l'Assemblée devrait, avant toute autre discussion, ratifier cette mission par un vote solennel, en dresser acte et l'expédier par courrier exprès à Paris, afin que la France ne puisse mettre en doute un moment que l'appel de notre Manin est bien réellement l'appel du peuple vénitien ^. » {Approbation.)
^ Depuis cette époque l'expression populaire : « // nostro Manin, b fut adoptée par toutes les classes.
Ls député Bellinaio approuve avec toute TAssemblée cette proposition ; mais pense qu'il faut auparavant remplir l'objet principal de la convocation, c'est-à-dire reconstituer le gouvernement. (Adhésion.) Les temps de péril suprême exigent la dictature ; Venise ne possède pas comme Paris un illustre général ; mais elle possède un illustre citoyen qui l'a sauvée deux fois, dont la loyauté, le patriotisme et les vues d'avenir sont connus de tous. Je demande qu'il soit nommé dictateur et chargé luimême de désigner les personnes qui devront l'assister dans le gouvernement et la défense de Venise. {Très-bien^ bravo/)
Le député Manin : « La mission presque exclusive du nouveau gouvernement provisoire doit être la guerre. Si j'étais militaire et que j'eusse la confiance publique, j'accepterais. Mais je ne suis pas militaire, je n'ai aucune notion des choses de la guerre, et n'ai jamais eu de relations avec les militaires ; je ne connais pas même les personnes. Je ne pourrais donc certainement pas accepter un mandat si complètement en dehors de mes études, de mes occupations, et je déclare formellement (iion par orgueil) que si l'Assemblée était disposée à me le conférer, je ne l'accepterais positivement pas, d [Bravo; vifs applaudissements.)
Le député Bellinato fait observer que, suivant sa proposition, Manin aurait été chargé de désigner lui-même des militaires pour l'aider à gouverner et à défendre Venise.
Le député Manin : « Je prie de noter que j'ai déclaré ne pas vouloir accepter. x>
Le député Bellinato demande s'il accepterait le pouvoir conjointement avec d'autres personnes.
Le député Manin : a Si cela est nécessaire, tant que durera ma vie, je la donne à mon pays. »
Le député Castelli : « Nommons alors deux militaires à côté de notre Manin ; un de terre et un de mer. »
Cette proposition est adoptée; on passe ensuite au vote pour nommer les membres du gouvernement. Manin est nommé le premier par 103 voix contre 9 données à Castelli. [Longs et bruyants applaudissements.)
Le député Manin : a Puisque vous témoignez que vous avez confiance en moi, eh bien ! je vous demanderai, j'exigerai même
de vous des preuves de cette confiance, de très-grandes [»ieuTes; car notre cause ne pourrait triompher sans dMmmenses sacrifices : ces sacrifices, je serai obligé de vous les imposer, et si vous ne vouliez pas vous y soumettre, vous feriez bien de me destituer sur-le-champ! » [Applaudissements,)
On procède à la nomination des autres membres du gouvernement ; Tamiral Graziani est nommé pour la marine, 91 voix se portent ensuite sur le colonel GavedaUs, et 14 sur le général Colli, pour l'armée de terre.
Le député Cavedalis remercie l'Assemblée, mais dit qu'il ne peut accepter; ancien soldat de l'armée d'Italie, il est habitaé à des principes d'ordre et de discipline difficiles à appliquer dans les circonstances actuelles. Très-libéral comme citoyen, il ne le serait point comme chef militaire ; il ne souffrirait jamais qu'on vint l'interpeller en place publique sur les opérations de guerre, ni lui dicter des plans de défense; il perdrait bien vite toute sa popularité et prie par conséquent de choisir quelque autre à sa place, etc., etc. »
Le député Martin : k Je partage entièrement Topinion de moD ami Cavedalis. L'ordre et la discipline sont choses indispensables; aucun homme de sens ne saurait penser différemment. Mais cet ordre et cette discipline, s'ils n'existent pas, je suis d*avis qu'il doit les introduire, et pour ma part, je suis très-disposé à l'aider en cela de tout mon pouvoir! Je dois déclarer franchement aussi à mon ami Cavedalis, que, si je consens, moi, à me charger d'un poids si immense, hors de toute proportion avec mes forces, si je me charge de faire ce que je n'avais jamais fait: (jouveimer en dictateur; si enfin je m'en charge, pour ne pas abandonner mon pays, et au prix des plus grands sacrifices, ces sacrifices me seraient pourtant rendus moins pénibles, s*ils étaient partagés par ceux qui comprennent la discipline militaire, non-seulement parce qu'ils l'ont apprise dans l'armée de Napoléon, mais parce qu'ils en ont conservé les traditions. Je dois ajouter franchement, que si je n'ai pas pour m'assister une personne experte aux affaires de la guerre, et qui possède toute ma confiance, je ne pourrai pas^ sans trahir mon pays, conserver ce poste. Malgré la douleur de devoir abandonner mon pays,
le refus du colonel Cavedalis entraînerait donc forcément le mien. Quant au général Colli, dont le nom a été aussi prononcé» je dirai que s'il voulait consentir à faire partie du gouYcrnement, il serait accueilli avec toute la joie^ TaOection, la reconnaissance possibles ; mais sa position actuelle ne lui permet pas d'accepter cette chaîne, il me Ta déclaré. Nous le lui proposerons de nouveau, lorsqu'il sera dégagé de ses liens, et s'il veut consentir à servir la cause italienne dans notre Venise, nous saurons lui assigner un poste conforme à son mérite distingué ; mais en ce moment le général est en mer, il nous faut un gouvernement qui soit ici et qui agisse sur-le-champ ; nous n'avons pas le temps d'envoyer des parlementaires, ni d'attendre des réponses ; je suis d'avis de déclarer l'Assemblée en permanence, et si, plus tard, nous obtenions l'assentiment du général Colli, l'Assemblée se réunirait tout exprès. Aujourd'hui il faut s'occuper avant tout à répondre au besoin du pays; chacun saura faire des sacrifices, même le sacrifice de sa renommée ! Pour sauver son pays, il faut savoir s'exposer à tout, même aux malédictions de ses contemporains ^ ! » [Applaudissements enthousiastes.)
Le député Cavedalis : a Je ne puis me refuser plus longtemps à la volonté exprimée par l'Assemblée, et surtout aux exhortations ajoutées par Manin. »
Le colonel Cavedalis est nommé comme troisième membre du gouvernement.
Le député Olper pense que, puisque l'Assemblée sera déclarée on permanence, le président doit être obligé de la convoquer toutes les fois qu'il en sera requis par un certain nombre de députés. Castelli dit que c'est à ceux qui répondront du salut de tous, d'adopter ou de rejeter cette proposition.
Le député Manin : a Aucun de vos trois élus n'avait ni demandé ni désiré un pouvoir illimité. Je crois que votre confiance en eux doit aller jusqu'à ne pas douter que, si la confiance qu'on leur a
* Manin était alors convaincu qu*il perdrait sous peu toute sa popularit<^.
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témoignée Tenait, pour une cause quelconque, à s'amoindrir oq à disparaître, ils convoqueraient immédiatement TAssemblee. Je crois pouvoir le garantir pour mes collègues ; je puis certainement le garantir pour moi ; dans aucun cas, qu*il y ait on non une Assemblée, je ne resterais au pouvoir s'il existait des symptômes de déGance. J'aime la liberté comme je crois que peu de personnes l'aiment, mais encore &ut-il, surtout dans des circonstances graves, que cette liberté n'aille pas jusqu'au point d entraver Taction du pouvoir. Vous avez voulu une dictature ; une dictature avec pleins pouvoirs, sans condition aucune ; si maintenant vous autorisez un certain nombre de députés à exiger la convocation de TAssemblée, cette demande pourrait être intempestive, inopportune ; elle pourrait entraver l'action gouvernementale. Il m'en coûte plus que je ne puis dire, de devoir tenir un langage qui n'est pas dans mes habitudes; mais je crois réellement que par cette résolution vous affaibliriez le pouvoir qu'il est indispensable de maintenir dans toute sa force. » (Approbation.)
(La proposition n'est pas adoptée. On passe à la discussion au sujet de la mission de Tommaseo, et de l'appel à la France.)
Le député Bellinato : « Comme il serait possible que la ques^ tion passât dans la sphère diplomatique, il serait peut-être opportun de rappeler que le traité du 22 mars fut conclu avec un commandant militaire autrichien , investi de pouvoirs souverains, et de démontrer ainsi la complète légalité de l'existence politique actuelle de Venise, etc., etc. »
Le député Martin : « J'aurais désiré qu'une question de cette nature ne fût pas soulevée. Mais puisqu'elle l'a été, je suis obligé de dire, sans vouloir blesser mon ami Bellinato, que la cause d'un peuple ne doit pas se plaider comme on plaiderait une cause vulgaire; son ingénieuse argumentation n'est qu'une subtilité. Nous avons un bien autre droit que celui de cette capitulation ! nous avons le droit de notre imprescriptible nationalité t Parler à la France, dont nous désirons les sympathies, un langage de procureur^ ce serait rapetisser notre cause, ce serait compromettre ces sympathies mêmes que nous demandons ; nous devons dire à la France que tous les peuples ayant le droit de ressaisir leur
nationalité usurpée, nous avons ce droit, nous aussi ! Allonsnous entrer dans des chicanes de légalité ? Dès que nous n'admettons pas que la possession de ce pays par l'Autricbe était lé^time, dès que nous n'admettons pas cela, il devient inutile de recourir à cette capitulation ; si donc directement ou indirectement nous y recourions, nous rentrerions précisément par la dans ces vieux arguments de la diplomatie qu'aujourd'hui les nations ne veulent plus admettre. » [Approbation.)
A la suite de ce discours, on vote à l'unanimité et par acclamation la ratification de l'appel adressé à la France, ainsi que l'envoi d'un message spécial.
Au moment de lever la séance, Manin remonte à la tribune.
Le député Manin : « Avant de nous séparer, nous avons un devoir à remplir!
a L armée piémontaise a versé son sang, des flots de sang pour nous; ce qui est plus encore, elle a supporté pour nous des souffrances horribles. Pendant trente et une heures, sans pain, sans chaussure, en haillons, nue, exposée à toutes les intempéries de l'air, elle s'est battue héroïquement I d'autres Piémontais en grand nombre ont empêché l'ennemi de nous approcher du côté de la mer !
« C'est un devoir, aujourd'hui plus que jamais, d'exprimer notre profonde gratitude au peuple piémontais. ^^{Bravo/ Bravo f Assentiment général.)
[La séance est levée à trois hetircs et demie.)
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKÏNS AU VICOMTE PALMERSTOX
Venise, IS août 184S.
MlLORD,
L'Assemblée nationale de la province et de la Tille de Venise s'est réunie au Palais ducal et a offert à Manin de le confinner dans le poste de dictateur qu*il occupe depuis le 11 au soir.
M. Manin a refusé cette offre ; mais il a dit que si TAssem- Liée voulait lui donner deux collègues, pour Taider dans les détails militaires qu'il ignore, il accepterait le poste , ajoutant toutefois cette condition, que l'Assemblée s'engagerait à soutenir les mesures qu'il croirait nécessaire d'adopter. Ceci a été agréé, et un gouvernement provisoire, composé de M. Manin, de Famirai Graziani, commandant en chef de la marine vénilienne, et de M. Cavedalis, qui était ministre de la guerre du dernier gouvernement provisoire, a été nommé.
L'escadre sarde est arrivée hier devant ce port, où elle est maintenant mouillée. On supposait que cette escadre venait dans le but d'embarquer les troupes piémontaises qui, d'après la convention passée entre le roi Charles- Albert et le maréchal Radetzki, devaient se retirer. Mais l'amiral sarde Albini a publié une lettre dans laquelle il déclare, que n'ayant pas reçu jusqu'à ce jour d'ordres de son gouvernement pour se retirer de ces eaux, il continuera jusqu'à ce qu'il ait reçu des ordres, à agir, pour la défense de Venise et à partager avec elle les périls de la guerre.
J'ai, etc.
Signé : CLii>nroN G. Dawkins.
LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE A M. JULES BASTIDE