MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE FRANCE
Venise, 14 août 1848.
Citoyen Ministre,
Deux dépêches invoquant le secours de la Fraace en faveur de la guerre de l'indépendance italienne vous ont été expédiées par
le gouvernement de Venise. La première (du 4 août) tous avait été adressée par les membres du gouvernement provisoire institué le 4 juillet; la seconde (du 11 du même mois), que vous a portée le citoyen N. Tpmmaseo, était de Daniel Manin, qui ce même jour avait pris, pour quarante-huit heures, la dictature, |iarce que les commissaires royaux sardes, entrés eu fonction le 7 de ce mois (par suite de l'acceptation du décret de fusion de Venise et des provinces avec le royaume de Sardaigne), aTaient d*abord cru devoir s'abstenir du gouvernement en ap* prenant les événements de Milan, et qu'ils ont du y renoncer d*une manière définitive après notification officielle des conventions de guerre intervenues. Ces conventions étant contraires aux conditions expresses attachées à la fusion, le peuple de Venise est rentré dès ce moment dans la plénitude de son indépendance, de cette indépendance qu'il avait conquise seul le 22 mars !
Dès la première séance (qui eut lieu hier), l'Assemblée reçut communication des dépêches des 4 et 11 août ; l'Assemblée, en approuvant et ratifiant par acclamation et par un vote unanime leur contenu, a chargé en outre le nouveau gouvernement d'envoyer à la France un message spécial, afin qu'elle sache bien que le double appel qui lui fut adressé est l'appel du peuple même de Venise. Le document authentique attestant cette délibération vous sera remis par le chevalier Mcngaldo, général commandant de la garde civique depuis le jour de son institution, et dépositaire des pouvoirs civils et militaires de la ville de Venise du 22 au 23 mars. Ces titres, qui rendront sans doute sa |)ersonne d'autant plus recommandable à vos yeux, serviront en même temps à constater la légitimité des instances que nous vous adressons en ce moment au nom du peuple vénitien.
Citoyen Ministre, notre péril est extrême, notre nationalité, notre indépendance reposent désormais sur les prompts secours que nous accordera le libre peuple de France !
Siffnés : Manin. — Graziani. — Cavbdaiis.
MM. MANIN, GRAZIAiNl ET CAYEDALIS A M. D'HARCOURT,