‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 120 sur 144 · ENVOYÉ DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE A TURIN · texte numérisé non relu

ENVOYÉ DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE A TURIN

Totur, 18 août 184S.

Monsieur,

L'armistice du 9 août établit que le roi de Sardaigne retirera de Venise ses forces de terre et de mer sans fixer d'autres conditions ; sans dire un mot ni de la marine vénitienne ni des 17,000 hommes des différents pays de Tltalie qui s'y trouyèrent réunis sous les ordres du roi, et qui avaient été placés par lui sous le commandement du général Pepe. Venise est considérée dans cet armistice, comme une ville qui aurait sans intemiption appartenu à TAutriche, et qui aurait été seulement occupée mpmentanément par des troupes piémontaises ; ce qui n'est pas moins faux en fait qu'en droit.

Venise insurgée avait conquis sa liberté et éloigné les Autrichiens par une convention régulière ; elle s'est ensuite fusionnée avec le Piémont ; cette fusion a été acceptée par les chambres et le roi de Sardaigne, et convertie en loi de l'État; après quoi des commissaires royaux furent envoyés à Venise pour y gouverner au nom de Sa Majesté le roi de Sardaigne.

Quoi qu'il puisse être du reste, d'un si complet oubli des faits accomplis et des droits acquis, il est évident que le roi, en abandonnant Venise sans aucune espèce de capitulation, considérant son occupation comme un fait purement accidentel, ne faisant mention que de ses propres troupes, sans rien stipuler ni pour celles qui existaient à Venise au moment de la fusion, ni pour la marine vénitienne qui, après avoir joué le principal rôle dans la révolution s'était fondue avec celle du Piémont, il est évident, dis-je, que par ce déplorable armistice le roi replaçait Venise dans la plénitude de ses droits, conune si la fusion n'avait jamais existé.

* M. Paleocapa, ancien membre du gouvemement vénète, nommé ministre sarde après la fusion, venait de donner sa démission avec tout le ministère libéral, lorsque survint l'armistice Salasco. Les ministres démissionnaires refusèrent de le signer et adressèrent une protestation au roi, mais n'avaient pa être remplacés que le 15 août.

DICTATURE. 38o

Les commissaires royaux eux-mêmes l'ont reconnu , car, en résignant leurs pouvoirs le 11 août, ils déclarèrent : « Qu'ils ne se prêteraient jamais à un acte aussi répugnant pour m leurs sentiments que de livrer Venise à l'Autriche ; que leur « mandat cessait, et que Venise se trouvait rétablie dans la « condition politique qui était la sienne avant la fusion. i>

Au milieu de l'exaspération produite par ce détestable armistice, un gouvernement provisoire a donc été rétabli, et Venise a décidé de se défendre.

Mais la condition de cette ville est bien difGcile et malheureuse, et le sera davantage encore quand on en aura retiré la flotte et les troupes sardes. L'énergie du désespoir la soutiendra, d'autant plus qu'outre les citoyens sans nombre qui doivent s'attendre à la vengeance toujours inexorable de l'Autriche, il y a dans Venise des troupes napolitaines, des Romains, des Siciliens, des Milanais, qui ne sauraient où se réfugier, ainsi que la marine véni^ tienne qui (de tout temps opprimée par le joug du gouvernement autrichien qui voulait la transformer en marine allemande), devrait s'attendre aujourd'hui aux traitements les plus cruels et les plus sauvages.

En résumé, si Venise est attaquée pendant cet armistice qui fournit à Radetzky la meilleure occasion de concentrer contre elle tous ses moyens d'attaque, Venise succombera et elle subira toutes les horreurs de la vengeance d'un pouvoir cruel et despotique.

Les ministres d'Angleterre et de France devaient exiger des Autrichiens un armistice en faveur du roi de Piémont ; malheureusement le roi en avait déjà conclu avant leur arrivée. Sous le rapport militaire, cet armistice exige la retraite des forces sardes; mais sous le rapport politique^ il est si éminemment illégal et absurde qu'il a dû avoir pour conséquence le rétablissement de plein droit d'un gouvernement provisoire à Venise ; il est dès lors de toute justice que ce gouvernement ne soit pas abandonné |»ar les puissances médiatrices, sauf a décider à la paix de Tétat permanent des provinces loud>ardo-vénitiennes.

Mais en attendant, Venise doit jouir également du l)éué(ice de la sus|)ension des hostilités, s^ans quoi sou sort |iouiTait être tel

qu'il serait une honte éternelle pour ces nations qui, tout en prt>- . testant qu'elles prennent le plus grand intérêt au bonheur de l'Italie, auraient commencé par tolérer la destruction et la mine d'une de ses villes les plus belles et les plus glorieuses !

P. Paléocapa.

GAZETTE OFFICIELLE DE VENISE

(Du 20 août 1848.)

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