DANIEL MANIN AU VICOMTE PALMEHSTON
{Lettre particulière.)
YE!<nsE, 20 août 1848. MlLORD,
Vers la fin du siècle dernier, rarîstocratie, qui gouvernait Venise, abdiqua et restitua au peuple le pouvoir souverain. Un gouvernement démocratique fut ainsi constitué. SJous prétexte de protéger la jeune République, le général Bonaparte mil à Venise une garnison française et enleva aux Vénitiens presque tous leurs moyens de défense. Peu de temps après, fut conclu le traité de Campo-Formio, par lequel le général Bonaparte cédait à TAutrichela Vénétie, qu'il n'avait pas conquise, et qui ne lui appartenait en aucune façon ; les Vénitiens protestèrent, mais le général Bonaparte répondit : a que s'ils n'étaient pas contents, ils n'avaient qu'à se défendre, d Réjwnsc dérisoire, puisqu'il les avait privés de leurs moyens de défense.
Par cet acte inique, la souveraineté du peuple vénitien cessa tie fait^ mais non de droit; car le droit fut sauvegardé par de solennelles protestations.
L'occupation par les Autrichiens fut donc injuste^ et comme elle a été la source de toutes les transmissions successives en différentes mains de la souveraineté de Venise, y compris la dernière, qui eut lieu, en 1814, en faveur de T Autriche, toutes furent injustes.
Les Vénitiens avaient le droit incontestable de recouvrer l(*ur indépendance, qui leur avait été injustement ravie; c'est ce qu'ils firent, le 22 mars de cette année, après avoir épuisé toutes les voies légales et pacifiques, pour obtenir du gouvernement autrichien un traitement plus conforme à la condition morale de l'Europe et de riiilie^et tout au moins l'exécution des promesses solennelloment faites en 1815, et toujours >iolées.
I^ Vénétie, qui n a pas de tradition monarchique, ni d^aristocratie riche, puissante ut éclairée, proclama alore la ré))ublique démocratique, c'est-à-dire la forme de gouvernement qui existait légalement lorsque l'inique traité de CauiiK>-Forniio ét;d)lit de fait la domination autrichienne.
Mais la Vénétie voulait agir en vue, non d'un intérêt oa d'une ambition municipale, mais pour la dignité et Finteret commun de l'Italie entière ; c'est pourquoi elle déclara à plusieurs reprises que la forme de gouyernement proclamée par elle était essentiellement provisoire; qu'une fois la gu^re de Findépeiidance terminée, les représentants de toute la population italienne auraient à décider toutes les questions de division territoriale ou de forme de gouvernement, selon que Tintérêt général de lltalie l'exigerait. Cependant il se formait une opinion qui dédarail indispensable au succès de la guerre l'union immédiate de toutes les provinces lombardo-vénitiennes au royaume du Piémont. A Venise, la majorité jugea ce parti intempestif et dangereui : intempestif, parce que c'était préjuger une question qui sem* blait ne pouvoir être résolue avant Taffrancbissement du sol et la fin de la guerre; dangereux, parce que la guerre prenait dès lors une apparence dynastique plutôt que nationale, et que par suite Ton risquait de perdre les sympathies des divers peuples italiens et d'autres nations libres de l'Europe, en même temps qu'on éveillerait les appréhensions et les soupçons des princes.
Néanmoins, comme cette opinion prenait de la force, et que le journalisme italien proclamait presqu'à l'unanimité qu*il D*y avait pas d'autre moyen de salut, le gouvernement vénitien convoqua l'assemblée des députés, élus par le suffrage universel, et leur soumit la question de l'incorporation à la Sardaîgne. L'amour de la concorde prévalut, et presque tous votèrent pour l'annexion.
Peu de temps après eut lieu la défaite de l'armée sarde à Somma-Campagna, puis la perte de Milan, et enfin la convention d'armistice entre le roi de Sardaigne et le maréchal autrichien datée du 9 août, qui stipulait, entre autres conditions, que le roi retirerait les troupes sardes qui étaient à Venise, ainsi que la flotte qui la défendait du côté de la mer. ~
Depuis le 7 août, Venise était gouvernée par trois conunissaires du roi. Dès que la nouvelle de cet armistice et de ses conditions fut connue, le peuple se souleva et ne voulut plus être gouverné par les agents d'un prince qui s'était engagé à abandonner Venise. En présence de ce mouvement, les commissaires royaux
f leclarèrent qu'ils s'abstiendraient de gouverner ; la ville restait «linst sans gouvernement, par conséquent exposée à l'anarchie à r intérieur et tout à fait incapable de se défendre au dehors. Cela ne pouvait se tolérer; et moi, qui avais proclamé la République le 22 mars, qui du 23 mars au 5 juillet, avais été chef du gouvernement et qui, par suite du changement politique, vivais alors retiré dans la vie privée sans avoir rien perdu de la sympathie populaire, poussé par la nécessité, j'eus la témérité de m'em- |>arer du gouvernement pendant quarante-huit heures, jusqu'à ce qu'un gouvernement régulier pût être nommé par l'Assem-» blée des députés, immédiatement convoquée.
Le 13 août, cette Assemblée nomma un gouvernement avec les pouvoirs les plus étendus, composé de trois personnes : moi^ le colonel Cavedalis et l'amiral Graziani. 11 fut convenu à l'unanimité (pie ce gouvernement ne devait avoir aucune couleur politique, mais s'occuper exclusivement de l'ordre intérieur et de la défense extérieure jusqu'à la fin du danger.
La population se montre pleine de confiance dans le nouveau gouvernement, et après avoir déjà fait précédemment des sacrifices immenses, elle se résigne à faire tous ceux qu'on lui impose aujourd'hui, prête à donner ses biens et sa vie (X^ur ne pas re« ti)mber sous l'abominable joug des Autrichiens.
Le bruit se répand que les gouvernements anglais et français, désireux de terminer la guerre d'Italie, font certaines propositions à l'Autriche, et, en cas de refus, veulent recourir aux armes. On ajoute que, pendant ces négociations, les parties belligérantes devront suspendre les hostilités.
Mais par suite de l'armistice conclu entre le roi de Sardaigne et le maréchal autrichien, le 9 août, il pourrait arriver que, lorsque les puissances médiatrices intimeront à l'Autriche d'avoir à suspendre les hostilités, celle-ci répondit que cela est déjà fait; tandis qu'en réalité cet armistice» qui prive Venise de l'assistance des forces sardes, permet précisément à l'Autriche de se lancer sur nous avec toutes ses forces, et nous expose ainsi à retomber sous le joug odieux, du moins jusqu*à la conclusion des traités qui régleront nos futures destinées. Ce serait un affreux malheur pour Venise, qui a fait des sacrifices sans exemple pour
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son indépendance ; elle ne peut y être exposée par quiconque a dans le cœur des sentiments d'humanité et de justice.
Vos nobles sentiments, milord, sont connus du monde entier. Je m'adresse donc à vous avec la franchise d'un honune qui a tout sacrifié pour le bien de sa patrie ; et au nom de mon malheureux pays, au nom de Thumanité, au nom de tous les sentiments généreux, je vous conjure de prendre les mesures nécessaires pour que les hostilités contre Venise soient aussi suspendues pendant la discussion du futur arrangement, et qu'elle ne soit pas privée de l'indépendance pour laquelle elle lutte, avant même la conclusion de cet arrangement définitif.
Quant au sort futur de cette ville et des provinces vénètes, je vous supplie, milord, de considérer qu'elles ne doivent pas retomber sous le joug autrichien. Pendant des siècles elles furent indépendantes; leur indépendance leur fut ravie par l'iniquité et la violence. L'Autriche les a maltraitées, opprimées, humiliées, au mépris des promesses les plus solennelles (car jamais l'Autriche n'a tenu une promesse qu'elle a faite à ses peuples). Ce pays a recouvré la liberté par un efibrt peut-être téméraire, certainement généreux. Sa population a inunensénxent souflTert pour la cause de l'indépendance italienne, et l'Autriche ne manquerait pas de la poursuivre de ses vengeances ouvertes et secrètes. La domination autrichienne est abhorrée dans notre pays; il ne pourrait la supporter; avant peu, des commotions et des insurrections nou\ elles auraient lieu; elles compromettraient de nouveau la paix européenne. D'ailleurs, ce pays, qui a un profond sentiment de sa nationalité italienne^ éprouve l'ardent désir de se confédércr, de s'unir aux autres populations de l'Italie, et de se séparer complètement et à jamais de l'élément germanique.
Enfin, les conditions économiques de notre pays le portent vers la théorie de la liberté du commerce, à laquelle l'Autriche, dans l'intérêt de ses détestables manufactures allemandes, s*est toujours montrée opposée. Je vous prie, milord, de prendre tout ceci en considération ; l'élévation de vos sentiments me persuade que l'Italie et Venise auront à vous bénir, ainsi que le peuple anglais, comme leurs bienfaiteurs et leurs sauveurs.
Acceptez, etc. Signéy Daniel Mamn.
LE GOUX-ERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE AU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE S. M. LE ROI DE SARDAIGNE.
Venise, 20 août 1848.
Excellence,
Les événeinents de Venise, dans la soirée du 1 1 août^ vous sont sang doute connus. A peine le nouveau gouvernement, nommé par l'Assemblée des représentants le 13 août, eut-il pourvu aux plus urgentes nécessités du moment, qu*il sentit le besoin de s'adresser à Votre Excellence, et de lui exposer la cause et les conditions de son avènement. Les désastres subis par Tarmée italienne avaient jeté une profonde émotion dans Venise. La nouvelle de l'entrée des Autrichiens dans Milan circulait conune un doute funeste. Dans la soirée du 1 1 août, cela devint une terrible vérité. Le peuple, accouru sur la place, reçut des commissaires royaux des nouvelles désolantes, quoique non encore officielles. Une agitation tumultueuse s'ensuivit; les dépositaires du pouvoir déclarèrent qu'ils s'abstiendraient de l'exercer; le pays serait tombé dans Tanarchie, si Daniel Manin, ex-président du gouvernement du 23 mars, n'avait eu la hardiesse de s'en charger pour le court espace de temps absolument nécessaire à la convocation de l'Assemblée. La déclaration des commissaires royaux, la prise temporaire du pouvoir |)ar Manin, et la convocation de T Assemblée pour le surlendemain 13 août, furent annoncées au peuple qui se dispersa immédiatement, et la plus parfaite tranquillité fut rétablie dans Venise.
L'Assemblée (qui dès la séance du 5 juillet s'était déclarée en permanence, à l'effet de compléter le gouvernement dans le cas où quelques-uns des membres, alors nommés, viendraient à manquer) en institua un autre composé de trois membres, avec des pouvoirs illimités pour tout le temps que dureraient les dangers actuels de la patrie. Ce nouveau gouvernement a été adopté sans aucune forme politique déterminée ; il est provisoire dans toute la force du terme; provisoire dans les attributions comme dans les personnes. C'est un gouvernement qui n'a d'autre mis-
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sion que la défense à Textérieur et le maiDtien de Tordre et de la sécurité à Tintérieur. Toutes les questions politiques antérieures ou futures restent intactes. La ville et province de Venise est rentrée dans la plénitude de ses droits et de ses devoirs, tant pour la forme de son gouvernement que pour son appartenance politique (flr/>/>^r/^w^n-2?fl polit tica). Le gouvernement actuel, sous tous ces rapports, est purement un gouvernement de conservation.
Excellence, au milieu des très-graves conjonctures actuelles, Venise n'a pas oublié, elle n'oubliera jamais ce qu'ont fait pour la cause de l'indépendance italienne, l'auguste roi Charles- Alb^, sa valeureuse armée, son peuple tout entier. Une profonde reconnaissance est gravée dans le cœur de tous ; les revers, loin de Tafiaiblir, l'ont plutôt augmentée, et tous espèrent encore que le champion de l'Italie ne remettra pas sa généreuse épée dans le fourreau, mais qu'il saura relever bientôt la fortune de la guerre sainte. Nous prions Votre Excellence, au nom du peuple vénitien, d'exprimer à l'auguste Charles-Albert ces sentiments de gratitude et d'affection.
Tant que Venise reste libre, la cause italienne n'est pas perdue; il importe donc pour tous, gouvernements ou peuples italiens, que Venise conserve sa liberté. Si, comme on le dit, la France et l'Angleterre doivent offrir leur médiation pour terminer la guerre italienne, et faire suspendre les hostilités daus l'intervalle, il faudra faire en sorte que les hostilités cessent aussi autour de Venise, afin que sa condition actuelle ne puisse pas être changée pendant le cours même des négociations. Le gouvernement du roi de Sardaigne pourra prêter efficacement son concours à cette fin; il acquerra par là de nouveaux titres à la reconnaissance de Venise et de l'Italie.
Le gouvernement du roi pourrait aussi assister notre ville dans son besoin le plus urgent, en ordonnant à l'amiral Albini de mettre à notre disposition la somme déjà expédiée de Gênes pour notre usage, et en nous faisant parvenir le plus promptement possible les armes achetées par nous en France au mois d'avril dernier, et qu'on dit être arrivées à Gênes. La moitié de ces armes (soit dix mille fusils) nous était toujours restée destinée ; Tautre moitié, cédée par nous à la Lombardie, ne peut plus
lui servir, tandis qu'à Venise elle serait ii*une immense utilité |)our la cause italienne. Ces secours, Excellence, ce n'est pas seulement en son propre nom que Venise les réclame, c'est au nom de ritalie entière ; et c'est au généreux peuple liguro-piémontais qu*clle les demande, à ce peuple qui a déjà donné tant de preuves éclatantes de sa charité fraternelle.
Agréez, Excellence, l'assurance de notre profonde estime et de notice hante considération.
Mamn. — Graziani. — Cavbdalis.
MAMN A TOMMASEO, a Paris.
Vekise, 20 août 1848.
L'attitude de cet excellent peuple est vraiment admirable! il paie d'une confiance sans bornes la confiance que lui témoigne le gouvernement. Les sacriGces trcs-durs qu'on lui impose, conune de porter toute son argenterie sans réserve à la mon* naie, il s'y soumet non-seulement avec résignation, mais je dirais avec gaieté, comme qui remplit un devoir agréable. Notre garde civique se réorganise, elle est pleine d'ardeur et va sur les forts pour notre défense comme à une fête. A l'espèce d'engourdissement qu'une sourde défiance avait provoqué sous le dernier gouvernement, a succédé un zèle infatigable pour la chose publique; en même temps il règne un ordre parfait, un calme plein lie dignité.
S'il fallait en croire les journaux qui nous arrivent, une intervention diplomatique anglo-française serait déjà décidée» avec menace d'intervention armée de la France, si l'Autriche refuse \vs conditions pro|)osées. Parmi ces conditions figurerait au premier chef la cessation de toute hostilité contre Venise. Mais si, en stipulant cette cessation d'hostilités, on ne prenait pas soin d'établir en môme temps nettement notre condition politiqiK* actuel Icy il pourrait résulter de cette omission pour Venise un
irréparable préjudice ^. La diplomatie parle comme s'il ne sV gissait que d'une guerre entre les maisons de Savoie et d'Autriche, ou de la paix à rétablir entre ces maisons. Mais il est positif que si on ne lui parlait que d'armistice, TAutriche serait en droit de répondre : qu'un armistice est tout conclu par la convention du 9 août. »
Ce qui est vrai, c'est que la ville de Venise, aujourd'hui libre et indépendante se trouve exposée, surtout depuis cet armistice, aux attaques d'une armée autrichienne , devenue maîtresse de ses mouvements. C'est là ce qui a rendu nécessaire l'injonction des puissances médiatrices d'avoir à cesser toute hostilité ; et c'est là ce qui rend également nécessaire d'appuyer au besoin leur injonction par une force militaire.
Quand même la condition politique de Venise devrait être considérée comme une question encore à débattre dans des négociations, toujours faudrait-il ne pas permettre que sa condition pût être changée pendant le cours même de ces négociations ; qu'on l'exposât à retomber après tant de sacrifices sous le joug et les vengeances de l'Autriche, pour venir ensuite discuter sur la question de son indépendance ! Mais l'indépendance de Venise ne devrait pas pouvoir faire l'objet d'une discussion; elle devrait être posée comme condition préalable. Non-seulement Venise a des droits historiques, légaux, moraux, etc., mais il y a de plus ce /rà que, seule de toutes les villes soulevées, elle est encore libre.
Enfin la France a, vis-à-vis de Venise, une dette immense à acquitter : elle doit réparer l'infamie du traité de Campo- Formio. Elle se couvrirait de honte et de malédiction, si la même iniquité devait se renouveler aujourd'hui soit par ellemême, soit avec son concours.
Notre cause ne saurait avoir un avocat plus éloquent et plus dévoué que vous !
Aimez-moi, et croyez moi votre
Manin.
1 Sept mois plus tard (le 19 mais 1849), M. Drouin de Lhuys signala cette omission comme le principal obstacle qui s'opposait à l'efQcacUé de Taction diplomatique quant à Y indépendance de Venise; mais comme cet oubli était Tolontaire, Tobservation de Manin ne put produire d'effet.
LE CONSUL VASSEUR A M. BASTIDE
(eitrait.)
Venise, 20 août 1848.
XJAsmodée est arrivée depuis cinq jours, M. de Ricaudy, M. Passama, comiuandant du Brasier et moi, sommes allés faire \isite à Tamiral Albini, dont la flotte est en dehors de Venise. C^et amiral parait fort embarrassé, car il n'a point d'ordres directs. Le SitJly, petit vapeur de commerce français, a apporté 600,000 fr. envoyés par Charles- Albert à son gouvernement de Venise. Mais comme le gouvernement a changé depuis, on les a remis à Tamiral Albini, qui probablement s'en servira pour ses équipages et les soldats piémontais qu'on s'attend à voir s'embarquer d'un moment à l'autre. Le gouvernement actuel de Venise aurait bien désiré toucher les 600,000 fr., car son trésor est vide. On fait des efforts inouïs, et on parle de réduire encore les différentes dépenses.
L'ordre règne dans Venise; le peuple obéit au seul désir de M. Manin. « Dussions-nous être écrasés, nous combattrons H jusqu'à ce que nous soyons certains que la France nous aban- « donne ! elle verra que nous étions dignes de toutes ses sym- « pathies. » Voilà ce qu'on entend partout, etc.
Vassel'r.
M. CLIiSTON DAWKLNS A LORD PALMERSTON.
VR!<(iSEt 19 août 1818.
Depuis le 13 courant, jour de l'installation du nouveau gouvernementy dont M. Manin est le chef, différents décrets ont été rendus dans le but de pourvoir aux moyens de défendre Venise le mieux possible. Un de ces décrets ordonne de remettre à la mon*
naie, dans les quarante-huit heures, tous les objets d'or et d*argent, etc., etc. Un autre ordonne à toutes les personnes qui ne font partie d'aucun corps militaire de s'enrôler pendant la durée de l'état de siège actuel.
Quoique ces décrets fassent beaucoup murmurer, et quoique le parti anti-républicain soit indigné de la sévérité et de l'énergie déployées par M. Manin, personne ne s'est aventuré à faire aucune démonstration de résistance.
Les seuls journaux ou lettres, qui arriyent maintenant à Venise, Tiennent de la Romagne et du sud de Tltalie, car toute communication avec Milan a été interrompue depuis que cette ville est occupée par les Autrichiens ; et dans l'absence d'informations exactes sur ce qui se passe*, toute espèce de bruits circulent et sont propagés par les parties intéressées, tandis que le journal vénitien cite ou fabrique des articles où l'on déclare que l'assistance française va aA'oir lieu.
Dans la nuit du 17, la foule s'est assemblée sous les fenêtres de Manin et a demandé des nouvelles à grands cris ; M. Manin leur a alors adressé la parole, et leur a dit que les personnes chargées de solliciter l'intervention de la France n'étaient pas encore arrivées à leur destination ; mais que lui (Manin) avait l'espoir bien fondé que l'assistance demandée ne serait pas refusée. En même temps, il a exhorté le peuple ; « à faire au pays tous les sacrifices qu'il s'était engagé à faire en le choisissant comme chef du gpuvernement, sacrifices que pour sa part il était prêt à partager. » Je crois que M. Manin est décidé à résister aussi longtemps qu'il pensera qu'il exfste une perspective d'intervention armée de la part de la France ; mais s'il croyait que cette intervention ne dût pas avoir lieu, je pense qu'il proposerait une capitulation. Il y a cependant quelque danger qu'il ne tende par trop la corde et que les Vénitiens ne finissent par refuser d'acquiescer à ce qu'il exige d'eux.
On m'assure que le général piémontais La Marmora, qui commande les troupes piémontaises à Venise, a déclaré qu'il n'avait pas reçu d'ordres officiels de son gouvernement pour évacuer Venise ; mais qu'il n'hésitera pas à obéir à de tels ordres quand il les recevra. Si la flotte et les troupes sardes quittent
DICTATURK. 397
Venise, j*osc dire que, malgré la force de sa position, cette ville ne résistera pas à une vigoureuse attaque des Autrichiens^ aidés comme ils le seront probablement par le parti autrichien de la ville ^
Clinton Dawkins.
LE GOllVERNKMKNT PHOVISOIHE DE VENISE A MM. BOIS-I.E-COMTE