‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 123 sur 144 · ET ABERCROMBY CHARC.ÉS D'AFFAIRES DE FR.V.NCE · texte numérisé non relu

ET ABERCROMBY CHARC.ÉS D'AFFAIRES DE FR.V.NCE

ET DXNGLETERRE, a Ti rin.

VENi!iE, 21 août 1848.

MONSIEIR,

L*iulervention de TAnglelerre et de la France j>our la pacification de l'Italie parait être désormais un fait avéré. La suspension des hostilités pendant la durée des négociations semble également ne pouvoir être mise en doute, etc.

I^ gouvernement actuel a été nommé avec la double mission de sauvegarder au dehors Findépendance de Venist» et de maintenir au dedans Tordre et la tranquillité. C'est afin de remplir le premier de ses devoirs, Monsieur^ que le gouvernement pix)- ^isoire vient réclamer votre puissante intervention, afin que les hostilités soient suspendues de fait également vis-à-vis de la ville de Venise, en attendant que les négociations |)our la pacification générale de l'Italie aient amené un résultat définitif.

La population de cette ville, Monsieur, s*est imposé depuis cinq mois des sacrifices immenses, pour conserver son indépendance, reconquise le 22 mars par sa seule énergie; aujourd'hui elle va se trouver complètement seule pour soutenir la lutte que prépare contre elle la formidable puissance autrichienne. Venise une fois lomliée, sa chute rendrait certûnement la pacifi-

(I) Le parti nulrichicn i VcnUo se composait des débrU de la rulonle aulrichienne, deccrtaintf légitiiiiUte» fraïKais établi» à Venise et de M. (Uinton Da^kina lui-niènic.

398 QUATRIÈME ÉPOOL'E.

cation générale de l'Italie beaucoup plus difficile. Vous n'ignorez pas en effet, Monsieur^ quelle haute importance militaire et civile s'attache à la possession de cette ville ; combien il serait difficile, une fois qu'elle serait reconquise, d'obtenir qu'on y renonçât ; combien de considérations majeures il faudra faire valoir pour obtenir cette renonciation. D'ailleurs, dès que la pacification de l'Italie doit avoir pour base son indépendance ^, nous ne pourrions concevoir que les grandes puissances pussent permettre qu'une œuvre si sainte et si noble fût précédée du martyre d'une ville, berceau de tant de vénérables souvenirs, première-née de la civilisation moderne. Et c'est bien le martyre qui attendrait Venise, si jamais les Autrichiens devaient s'en emparer de nouveau. Vous n'ignorez pas. Monsieur, comment TAutriche traite les peuples vaincus. C'est donc au nom de l'humanité, et en même temps pour arriver plus facilement à la pacification générale, que nous venons solliciter de votre puissante intervention, Monsieur, que les hostilités aient à cesser aussi vi&-à-vis de Venise, jusqu'à la fin des négociations.

Recevez, etc.

Mamn. — Graziani. — Cavedalis.

LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE, A M. VALENTLN PASINI , a Li gano,

Venise, 23 août 1848.

Le gouvernement doit vous informer qu'il a un besoin urgent de votre concours. Ayant la certitude que la diplomatie négocie en ce moment sur notre future destinée politique, nous tenons pour indispensable qu'une personne qui puisse nous représenter, prenne part directement ou indirectement à ces négociations, autant qu'il sera possible. Non-seulement les droits et les intérêts

1 Paroles da ministre Bastide. (Voir ifom^eur du II août 1848.)

de la ville de Venise, mais encore ceux des provinces vénètes, ont besoin d'être défendus. Nous en sentons d'autant plus le devoir que des bruits sinistres se sont répandus, d'après lesquels les stipulations iniques de Campo-Formio pourraient se renouveler. Nous ne voyons personne qui puisse mieux que vous défendre ces droits et ces intérêts. Nous vous envoyons en conséquence cijointes des lettres de créance, aGn que vous vous rendiez en tous lieux où viendraient à s^ouvrir les conférences pour la pacification et la réorganisation politique de Tltalie,

Il est superflu de vous dire quels sont les besoins de notre nationalité ; quels sont nos droits à l'indépendance. Notre nationalité et notre indépendance doivent exdttre les deux combinaisons politiques suivantes:

1* Toute dépendance ou agrégation directe ou indirecte à l'empire d'Autriche ;

2* Une monarchie, même indépendante, mais avec un prince de la maison d'Autriche ou de la maison d'Esté.

Toute autre combinaison politique quelconque ( à l'exclusion des deux susdites) pourrait être acceptée par nous : S4)it qu'on veuille réaliser l'ancien projet d'un royaume de la haute Italie, ou faire un seul État de la Lombardie et de la Vénétie réunies, ou bien encore constituer en Etat séparé les seules provinces vénètes.

Mais, s'il s'agissait d'imposer à la Vénétie une des deux combinaisons politiques que nous repousson», vous protesteriez énergiquement, non-seulement au nom de la ville de Venise, mais aussi de toutes les provinces de la Vénétie.

Nous n'ajouterons aucune instruction ultérieure, ni aucune prière pour que vous consentiez à accepter cette mission* Vous avez un sentiment trop élevé des devoirs de tout Italien dans c« moment solennel pour que nous ayons à craindre un refus de votre part. Vous voudrez bien nous faire parvenir votre ré{K>nse |mr le retour de notre courrier.

Agissez promptement et énergiquement* La patrie est en

danger.

Manin. — Graziaïu. — Cavbdalis*

400 U^ATRIËME ÉPOQUE.

N. TOMMASEO^ envoyé extraobdimaibe de Vemisb a Paris, AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE.

(Extraits •.)

Paris, 3t «AU

J'ai Yu hier Bastide, homme de paroles pas trop courtoises, mais franches. 11 dit que, même avant la réception de ma dépêche télégraphique, deux bâtiments français avaient reçu Tordre de

1 Nous croyons néceasaire de donner encore ici un aper^ des fUtâ diploaiatiques, accomplis depuis l'adhésion donnée le 8 août par lord Palmerstoo i la médiation commune. Le lendemain, parvint à Paris la nouvelle de la chute de Milan ; dès lors celle de Venise paraissait immineiite ; ce qui inspira à M. Bastide cette réflexion : « Que cet événement ne lui semblait pas nuisible aux négociations, attendu qu'il établissait, en tout cas, un armistice de fait, et qu*il n'y avait plus de motif pour se battre. > (As there was nothing more to fight af/out. — Corresp,f t. HI, p. 144.) Le mémorandum Hummelauer avait été envoyé, dés le $ au soir, de Paris, à Fac^septalion des parties beiligérantes; le 10 août, M. Bastide résuma de nouveau les conditions de la médiation commune, dans une note ifaû remit à lord Normanby.

L'article 1 concernait la cessation des hostilités ; les articles 2, 3 et 4, la Loinbardie ; l'article & portait ce qui suit :

« L'Autriche conserve la souveraineté de la Vénétie, qui sera constituée comnie « Test aujourd'hui la Hongrie, avec un gouvernement et une administraUon se- « parée, etc., etc. » (Signé : Bastide. — Corresp., t. Ill, p. 122.)

Le projet Hummelauer fut présenté le 16, à l'acceptation de Charles- Albert par les envoyés anglais et français à Turin. Sir Abercromby rend ainsi compte de celte entrevue :

« Turin IC août — M. de Reiset et moi, sommes revenus ce matin d'Aletan- « drie, où nous eûmes Thonneur d'être reçus hier par S. M. etc., etc. Le roi austi « bien que son ministre (le comte Revel), insistent sur la nécessité d'assurer le « sort de Venise ; d'empêcher qu'il puisse jamais être dit, que le Piémont, afin « d'obtenir pour lui-même de bonnes conditions, a sacrifié la cause de l'Italie, et ^« celle de Venise, etc., etc. Je répondis que j'espérais n'être pas arrivé jusqu'à ce m jour pour avoir encore besoin de protester des sympathies de l'Angleterre pour « l'Italie, et pour le Piémont, etc.; que toutefois, en examinant impartialement le« n conditions et les droits qu'il s'agit de garantir aux Vénitiens, je ne pensais « réellement pas qu'on pût trouver que ces conditions donnassent lieu à des « plaintes fondées de leur part, et moins encore qu'on pût dire que le roi, en les ark ceptant dans les circonstances actuelles, se fût montré insoucieux des intérêt» « d'une partie quelconque de la patrie italienne, etc., etc. La clause qui sou* m levait les plus vives objections, comme impliquant un État de sujétion fait pour « froisser au plus haut degré le sentiment national italien, est celle qui oMi- « gérait les Vénitiens à fournir en tout temps un contingent à Vienne. » Ici, Mr

DICTATIÎKK. 401

se i*en<lre dans T Adriatique. Mais quant à des secours par voie de terre, à moins que les choses ne changent, nous ne devons pas en es))éi*er. 11 m'a dit clairement, que s'il ne s'agissait que de l'Autriche, sans mépriser l'armée autrichienne^ il serait persuadé de s'en tirer parfaitement ; mais que de mettre sur les bras de son pays l'Europe entière, il ne s'en sentait pas le cœur ; que du reste la première condition de toute médiation étant toujours : rêva* cuation complète de r Italie par les Autrichiens , » Venise ne pouvait être exceptée, puisque les petits enfants eux-mêmes sa-

Abercromby dit, qu'après avoir exposé comment la mission des deux envoyés n'admettait qu'une acceptation ou un refus pur et simple, il a toutefois ajouté : Qu'il ne s'agissait après tout que de simples bases ^ et que la Sardaigne conmie rAutriche seraient admises à faire valoir leurs justes observations. Dès ce moment seulement, continue sir Abercromby, l'attitude du roi et du ministre nous Laissait entrevoir une réponse favorable. » {Corresp., t. HI , p. 303.)

La note du comte de Hevel remise dans la soirée, et contenant l'adhésion du roi. rappelle en effet très-expressément l'espoir de modifications possibles, dans l'intérêt italien. {Idem, p. 207.) Nous croyons que ces extraits sufHront pour laver la mémoire de Charles- Albert d'accusations injustes, lancées contre lui par des adversaires passionnés ou intéressés.

A Vienne, le projet de médiation reçut une réponse complètement dilatoire. [Con^esp., t 111, p. 239), en même temps qu'à Paris ie gouvernement cachait au public ses conditions secrètes, et donnait à ses amis les explications les plus rassu. ran tes, mais malheureusement peu conformes à la réalité des faits. Dans une lettre de M. Napoléon Mégret, insérée dans la Gazette officielle de Venise, on lit :

« Paris, IS août J'ai vu Cavaignac; il m'a dit : Coniinent voulez-vous que nous mtervenions? Personne ne nous en a encore adressé la demande régulière, ni du Ptertiont, ni de l'Italie. 11 est bien vrai que pas un jour ne se passe sans que d'illustres Italiens viennent réclamer notre intervention; mais lorsque je leur demande : Qui vous a conféré cette mission? lis me répondent : C'est la nation. • Or, cette nation est-elle bien en mesure d'agir en dehors de ses princes ?

• Voici donc ma politique : échanger des notes diplomatiques, et voir venir. Si une ftfirtie quelconque de la Péninsule vient à s'ériger en gouvernement indépendant et nous appelle, alors nous verrons ! •

Au milieu de ces faits et de ces promesses, la résistance de Venise, érigée en 8ou>ernement indépendant, son solennel appel, l'arrivée à Paris de ses envoyés le 20 août, ne pouvaient être qu'un immense embarras pour le ministère français. IN»ur y é<*happer, il imagina d'expédier le 24 (le lendemain de l'entrexue de Tomaseof, une prétendue sommation au cabinet de Vienne, lui intimant: d'avoir à cesser immédiatement toute hostilité contre Venise, et d'accepter ou refuser sans délai la médiation offerte. » C'était répondre d'une manière en apparence satisfaisante aux interpellations de ses amis et des envoyés Vénitiens ; seulement on leur laissait ignorer quel sort cette médiation offerte réservait à Venise.

Page 1