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DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

Venise, 5 sepembre 1848.

Nous venons de recevoir vos lettres des 24 et 26 août, et sommes heureux d'apprendre que nos affaires prennent une nieil> leure tournure à Paris.

Tant que les négociations pour la pacification et le remaniement territorial de l'Italie ne reposeront sur aucun fait diplomatique positif, nous ne croyons pas utile de convoquer TAssemblée ni de faire nommer un comité secret pour délibérer avec nous ; car, ne pouvant fournir aucune notion précise sur les bases mêmes de cette médiation, la délégation de pouvoirs à conférer à ce comité devrait être conçue dans des termes trop vagues. Mais nous croyons toujours devoir vous communiquer, en attendant, quelques instructions préliminaires que nous avons données à Pasinî, dans la supposition que des conférences allaient s'ouvrir soità Rome, soit à Turin ou à Lyon, ainsi qu'on le disait alors.

[Suivent les insbnictions du 23 août données à M. Pasini.)

Ainsi donCy les combinaisons que nous accepterions sont :

1° Un Etat composé des seules provinces vénètes ;

2** Un Etat composé des provinces lombardes et vénètes réunies (bien entendu que, dans l'un et l'autre cas, la forme du gouvernement devrait être laissée au choix d'une Assemblée constituante, nommée par le suffrage universel) ;

3"" Enfin nous ne refuserions pas de faire partie d'un royaume subalpin, tel qu'il a été projeté déjà.

Sur ces différentes bases, vous pourrez toujours négocier avec certitude que l'une ou l'autre de ces combinaisons sera agréée

DICTATURE. Il»

|>ar notre Assemblée ; quoique toujours dans l'ordre de préférence que je viens d'indiquer.

Votre colloque avec Rothschild ne nous déplaît pas, bien que nous y ayons entrevu une des habituelles astuces autrichiennes.

Nous croyons utile que vous vous présentiez à Lord Normanby, non dans Tespoir d'avoir l'appui isolé de l'Angleterre, mais enGuy comme elle s'est mise de moitié aujourd'hui avec la France dans l'arrangement de nos affaires, peut-être pourra-t-on démêler dans les discours de cet ambassadeur quel est au juste le but où tend son gouvernement. Quant à M. Thiers, vous n'ignorez pas qu'il est constitutionnel et grand partisan de la maison de Savoie ; ce qui n'empêche que nous n'approuvions fort votre intention de vous aboucher avec lui, et serons fort aises de connaître sa pensée à notre égard.

Il était bien nécessaire vraiment qu'à Paris on se souvint enfin de cette pauvre Venise. Personne ne saurait plus dignement que vous la rappeler à la mémoire ; personne mieux que vous ne saurait réveiller aussi le point d'honneur français, engagé à laver la triste tache de Campo-Formio.

l^es troupes sardes sont déjà embarquées ; la flotte part ce ^oir, et nos propres vaisseaux sont rappelés dans le port. Qui nous garantira désormais d*un blocus maritime? Les vaisseaux français, annoncés de tous les côtés, ne sont toujours pas arrivés ; pourtant le consul français assure qu'ils ne peuvent tarder beaucoup, les ordres étant donnés. Quant à nous, nous tiendrons fermes, soyez-en certain ; Venise est tranquille et dans des dispositions excellentes. Mais nos finances nous font trembler.

Écrivez bientôt quelque lettre que nous puissions publier,

qui ap{)orte à ce pauvre peuple quelque espoir fondé dans son

avenir, et lui soit un nouvel encouragement à persévérer dans

ses sacrifices !

Aimez-moi.

Mam.>.

GAZETTE OFFICIELLE

Veiosk, 7 septembre I84S.

Le gouvernemeat provisoire yient de recevoir la communication officielle datée de Vienne, du 4 de ce mois :

Que la médiation de la France et de l'Angleterre pour la pacification de ritalie est acceptée par l'Autriche ;

Que les dispositions nécessaires pour la cessation des hostilités vont être prises ^.

Signé: Zbnnari, Secrétaire général.

TOMMâSEO a MâMN.

Paris^ 8 septembre K4S.

On sait officiellement que l'Autriche accepte la médiation. Les conditions ne sont pas encore connues. Quant à moi, je crois qu'il n'y en a même pas.

Il paraît qu'ici les ministres les mieux intentionnés pour nous, veulent : Un royaume Lombardo- Vénitien sous un prince indépendant, autant que possible^ et Venise, ville anséatique!

J'ai écrit à Bastide pour le prier de faire que l'on n'oublie pas du moins, dans ce cas, de stipuler un territoire à la Tille, d'assurer aux propriétaires en terre ferme la possession de leurs biens, etc.

A les entendre, ni la Lombardie, ni la Vénétie n'auraient d'autre représentant dans les négociations que la France ! Pourtant si deux envoyés de la valeur de Pasini s'y trouvaient, on ne négligerait certiiinement pas de les consulter.

Vous voyez ce qui reste de toutes les promesses et de toutes les menaces de Cavaignac, dont Mengaldo vous avait écrit !

TOMMASEO

A Cette double communication était faite au gouvernement de Venise par la légaUon française à Vienne.

INSTRUCTIONS

POCR M. VALENTIN PA8INI,

BEPaéSENTANT DU GOCVERNBIIENT DE VENISE AUX CONFÉRENCES.

Vemsc, 8 septembre 1848.

Nous avons reçu hier par le consul français, à Venise, communication officielle de Tacceptation par T Autriche de la médiation anglo-française, etc., etc.

Nous tenons pour certain qu'à la suite de cette acceptation, on va désigner le lieu des conférences ; vous vous y rendrez aussitôt que vous en aurez connaissance.

Par-dessus toute chose il faut que votre intervention, soit directe soit indirecte, dans ces négociations, ait un caractère déterminéy tel qu'il appartient au représentant d'un gouvernement indépendant et libre, d'un gouvernement légitime, nommé par le peuple (c*est-à-dire par l'intermédiaire de ses représentants élus par le suffrage universel) , eniin d'un gouvernement en pleine possession de son autonomie, en plein exercice de son pouvoir souverain.

Les lettres de créance dont vous êtes porteur, ainsi que le gouvernement qui vous les a conférées, vous donnent ce caractère, et vous mettrez le plus grand soin, vous veillerez avec l'attention la plus scrupuleuse à ce que ce caractère ne soit jamais mis en question, par suite d'un acte quelconque d'un gouvernement antérieur ; car les événements du 1 1 août ont totalement annulé ceux du 4 juillet ; la fusion avec le Piémont était liée à des conditions déterminées qui n'ont pas été remplies, dès lors cette fusion a perdu toute valeur juridique ; le peuple de Venise est rentré dans Tétat d'indépendance qu'il a conquis par ses propres forces le 22 mars.

Dans notre dépêche du 23 août, nous vous avons signalé les combinaisons politiques auxquelles nous refuserions toujours de nous soumettre, et contre lesquelles vous protesteriez, si jamais la diplomatie voulait nous les imposer.

Au nombre des combinaisons admissibles^ vous pourrez ajouter

encore celle d^un royaume constitulionnel avec le duc de Leuchtenberg pour souverain, bien entendu à condition qu'il serait entièrement indépendant du protectorat et de l'influence russe *.

Mais dans cette combinaison, comme dans toute autre, ce que vous aurez toujours en vue comme point prhicipal^ ce que vous vous efforcerez d'obtenir par-dessus tout, c'est la réalisation d'une fédération des États italiens, qui fasse de l'Italie une puissance xme et indivisible^ qui la constitue en individualité politique, qui fonde, en un mot, toutes les diverses familles ou États italiens en une seule personnalité morale» laquelle puisse prendre et prenne effectivement sa place politique parmi les autres nations. Sans cela, il serait impossible de maintenir l'Italie libre et indépendante; l'œuvre de réorganisation actuelle serait transitoire; l'influence étrangère ne serait point écartée et la pacification obtenue aujourd'hui serait précaire.

L'idée d'une fédération des États italiens une fois admise, tous savez quelle est la combinaison politique acceptable, qu*il faudrait préférer pour Venise et les provinces vénètes; c'est-à-dire un État vénète existant par lui-même, ou au plus un État lombardo-vénitien ; un État de la haute Italie., tel qu'il a été projeté au mois de mai, rendrait la confédération des États italiens extrêmement difficile, et en menacerait l'existence dès le principe '.

Quant à la forme de gouvernement du nouvel État vénèie, comme nous n'avons aucune tradition monarchique, voyant à quelles agitations terribles les monarchies sont exposées aujourd'hui, comme nous devons conserver aussi les sympathies d'un peuple libre dont le secours est invoqué par l'Italie entière, le régime qui, à notre avis, serait le meilleur, préférable et offrant le plus de sécurité pour nous, serait le régime démocratique.

On nous a demandé si nous accepterions que Venise fût déclarée ville libre, ville anséatique. La question est ardue.

Mais considérant que les revenus de la seule ^ille de Venise ne pourraient suffire pour entretenir une marine en état de pro-

* Les dépêches de Tommaseo et de Pasini mentionnaieBt cette combinaisoD comme une des solutions mises en ayant.

> A cause de l'Inégalité des forces respectives des États confédérés. Voir à ce svyet une lettre À M. de Cormenin et la note y relative, p. 265.

tégcr son commerce ; que cette marine est indispensable pour sa défense autant que pour son existence économique ; que ce nouvel état de choses nous exposerait encore à une protection étrangère plus ou moins directe ; considérant par-dessus tout, que cela éloignerait de plus en plus cette Confédération italienne qui seule peut faire de Titalie une nation indépendante et libre^ nous devons nécessairement exclure aussi cette nouvelle combinaison politique.

Peut-être voudra-t-on arguer des tristes dissentiments du mois de mai dernier, pour prétendre que les provinces vénètes se refuseraient à former un État avec Venise pour capitale. Nous ne le croyons pas ; mais, en tout cas, on pourrait soumettre au libre vote de ces provinces Facceptation ou le refus de leur agrégation ù Venise.

Nous savons que ces instructions générales sont conformes à votre propre manière de voir dans cette grave question; elles recevront toutes les explications, toutes les amplifications requises par la nature et la marche des négociations, et nous mettrons la plus grande sollicitude à vous faire connaître nos intentions d*une manière nette et précise, à mesure que nous serons informés de la tournure que prendront les négociations et de leur esprit.

Mais comme nous voulons procéder légalement et avec toute maturité dans l'acceptation comme dans le refus de toute condition politique qu'on pourrait vouloir nous proposer pour l'avenir, nous avons résolu de convoquer l'Assemblée des députés de la ville et des provinces en comité secret, afin de délibérer avec nous sur le parti le plus convenable à adopter, aussitôt que nous aurons reçu des nouvelles plus précises et moins incomplètes sur les bases de ces négociations et sur le plan de réorganisation pacifique projetée \fout la Péninsule. Nous devons donc vous prier de nous donner le plus tôt possible des nouvelles précisi^; car les délibérations d'une Assemblée doivent porter sur des faits certains et irrécusables.

Vous voudrez bien communiquer cette dépêche à M. Tommaseo, et agir de concert avec lui pour le plus grand avantage de notre commune et bien-aimée patrie.

Recevez, citoyen, etc. Manin.

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