‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 129 sur 144 · MANIN A TOMMASEO · texte numérisé non relu

MANIN A TOMMASEO

Vsa», 8 aeptemlNne 1848.

Le premier effet de la médiation acceptée devait être, nous disait-on, « la cessation de toute hostilité. » l^lais soit faute de communication officielle au commandant militaire de la part de r Autriche , soit que Venise n'ait pas été mentionnée dans les stipulations intervenues, toujours est-il que les bateaux à vapeur de Trieste, profitant du départ de la flotte sardé, ont capturé aujourd'hui même plusieurs barques de pèche, ainsi tpi'un bâtiment dirigé sur notre port. Nous avons immédiatement protesté auprès des consuls français et anglais ; de votre côté insistei auprès du ministère français , afin que les agressions contre Venise et contre son commerce maritime aient à cesser *.

Nous vous avons déjà parlé de notre extrême pénurie d'argent, vous priant d'obtenir en France un prêt quenous garantirions par quelques-unes de nos plus précieuses œuvres d'art ; nous devons vous réitérer cette prière, ou celle de demander que la France veuille bien donner sa garantie pour un emprunt que nous contracterions directement. Pasini pourra vous être utile pour ces affaires financières. Vous savez combien c'est la pour nous un

s M. de La Gour, en annonçant le 4 septembre cette cessation, y crut et dut ) croire. Ce n'est que le snriendemain, 6 septembre, qu'il fut détrompé par le refos formel du ministre autrichien d'obtempérer à V injonction du gouvernement français même sous ce rapport. {Voir plus haut,p, 412.)

point important. Nous comptons sur votre zèle si ingénieux pour nous être utile, et nous attendons avec anxiété une réponse positive. Venise tiendra ferme, mais il faut qu'on vienne à son secours ! Venise libre rendra la solution des négociations diploma*tiques plus facile, surtout dans le sens de Tmteret français. Mais il est indispensable qu'on Taide, en lui maintenant le libre accès du côté de la mer, et en lui procurant de l'argent. Tous nous espérons en vous. Aimez-moi et croyez-moi, etc.

Makin.

GAZETTE OFFICIELLE DE VENISE

Vekise, Il septembre 1848.

Hier a eu lieu une de ces solennités civiques dont la pensée même eût semblé un rêve fantastique pendant notre douloureux servage ! Le nouveau commandant en chef de la garde nationale, général Marsich, passa en revue quelques bataillons de cette garde, en présence des membres du gouvernement et de l'illustre général Pepe, accouru de Naples à la défense de Venise, seul asile aujourd'hui de cette liberté, à laquelle toute sa longue et glorieuse existence a été consacrée, etc.

Après la revue, le peuple s'assembla en foule sous les fenêtres du palais du gouvernement, désireux de voir les hommes auxquels il a confié sa destinée, désireux surtout d'entendre une voix toujours aimée, toujours obéie. Ce désir fut promptement satisfait. Manin vint parler à la foule qui, suspendue à ses lèvres, recueillit avec anxiété chaque parole qui sortit de sa bouche.

Il dit : qu'avant tout il devait remercier les Vénitiens des sacrifices qu'ils s'étaient volontairement imposés, de l'argent donné par eux avec un si joyeux empressement, de la lutte généreuse qui s'est établie à Venise entre le riche, se dépouillant de sa richesse, et le pauvre apportant l'obole gagnée péniblement ; il rappela la reconnaissance due à la garde nationale, qui, dès la nuit du H août, au premier indice de péril et avant même qu'il fût constaté, voulut courir là où grondait le canon, sans plainte et sans

regrets. Il dit : que par tous ces actes d'un généreux patriotisme, le peuple vénitien s'était montré digne de la liberté, et qu'il devait l'obtenir ; qu'il l'avait conquise par son courage, consolidée par ses sacrifices, défendue (conjointement avec les autres Italiens accourus à Venise pour y acquérir liberté et gloire), et que si jamais les deux puissances médiatrices devaient proposer des conditions peu honorables (chose impossible à supposer), ces conditions ne seraient point acceptées, a C'est des troupeaux, « non des nations, qu'on dispose sans leur aveu ! le sort de « Venise ne peut pas être fixé sans son assentiment; car elle est « libre, et son gouvernement s'est toujours considéré comme le a gouvernement indépendant d'un peuple souverain ! i»

En ce moment, à travers des acclamations enthousiastes, une voix ayant fait entendre le cri de : Vive la République ! Manin ajouta : Que la forme de notre future condition politique ne pouvait être décidée ni parle gouvernement provisoire, ni par le peuple rassemblé sur la place publique; que ce serait la la mission de ses représentants légalement élus; mais qu'il répétait seulement que, si des conditions indigues d'un peuple grand et libre devaient être proposées à Venise, Venise ferait ce qu'elle a fait le 11 août : elle ne les accepterait jamais !

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