‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 136 sur 144 · i« QlATRIÈMi: ÉPOOIE · texte numérisé non relu

i« QlATRIÈMi: ÉPOOIE

Les choses ne sont pas aussi graves, et je dois rassurer le pajs. Noire condition actuelle est incontestablement meilleure qirelle n'était le i 3 août; autrement nous ne serions pas dignes de gouverner. 11 y 'avait alors une escadre, cela est vrai, mais nous savions qu'elle devait partir; il pouvait arriver que ce fût le jour même, et qu*elle nous laissât sans défense du côté de la iikt. Notre attitude vis-à-vis du Piémont^ et nos représen talions, ont persuadé le digne amiral sarde de retarder son départ de quelques jours. Ce délai a suffi pour nous mettre en état de défens*\ de manière à n'avoir plus à craindre les insultes de rennemi.

« Les troupes de terre devaient partir avec la flotte; le nièine délai nous a permis d'augmenter les nôtres, soit par recrutement à riutérieur, soit en en fais<mt venir du dehors, de manière que nous en possédons aujourd'hui plus que nous n'en avions le 13 août, en y comprenant la troupe piémontaise. Nous avons de plus Tavantage de la saison et des pluies, qui rendent les attaques moins faciles; il y a encore la médiation des puissances, qui ont déclaré toute attaque ouverte contre Venise un casde guerre : c'estdu moins ce quedisentlesjournaui^car nous-mêmes n'avons reçu auame communication officielle ; toujours est-il qiic du côté de la merles Autrichiens ne nous ont pas attaqués jusqu'ici.

u Quant à la tranquillité intérieure, des éléments de désordres bien plus graves existaient le 13 août; les partis étaient bien plus animés, parce que celui qui avait triomphé un mois auparavant venait de succomber ; mais le sentiment de la fraternité et de la concorde a continuellement grandi depuis ce jour.

« Quant aux subsistances, quiconque répandrait le bruit que nous en manquons, dirait une fausseté ; car nous avons des vivres pour bien des mois, sans compter ce qui en arrive chaque jour ; d'ailleurs le blocus ne sera jamais assez strict pour empêcher tout arrivage. Quant à des mouvements factieux, pour qui connaît cet excellent peuple, ils ne sont pas à craindre!

« Notre condition s'est donc améliorée, comparée à ce qu'elle était le 13 août, bien qu'on ne puisse pas la dire bonne, puisque le |)éril extérieur subsiste toujours, et qu'à l'intérieur, des personnes animées de bonnes intentions, mais égarées par l'ignovance des faits ou par leur impatience, pourraient vouloir nous

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faire sortir de la politique cxpectante, la seule qui en ce moment puisse sauver Venise, et avec Venise rit<ilie. »

Le député Benvenuti a pleine confiance dans les dictateurs, mais la raison véritable de continuer la dictature, est la continuation du danger ; Venise est toujours à peu près dans la même situation; les vivres pourraient venir à manque/; quant à la médiation, personne n'en a de nouvelles ! au bout de tieux mois, elle n'a pas même obtenu pour Venise que le blocus se réduise à un simple blocus militaire; les hostilités continuent toujours; d'un jour à l'autre il pourrait y avoir péril imminent; mi.-U\ vaut donc prolonger la dictature. Tout le monde ici veut avar.L tout r indépendance; tout le monde fera volontiere le sacrifu; momentané de sa liberté.

Le député Cavedalis, ministre de la guerre^Mï un rapport circonstancié sur la formation et l'organisation de la force armée à Venise, et même dans les soixante-dix forts qui l'entourent. Cette force est à peu près de 20,000 hommes, dont près de 14,000 Vénètes, 6,122 Lombards, Uomains, etc. Le commandement de la ville et des forts a été concentré dans les mains du géuéralPepe ; tous les services ont été simplifiés; un conseil de défense, présidé par le général Pepe lui-même, a été institué ; de nouvelles batteries et des |>arapets nouveaux ont été construits partout, etc., etc.

La partie administrative a été conduite aussi régulièrement que le changement rapide des choses, des hommes, des événements, du système à suivre le permettent. Grâce au concours gratuit, empressé de citoyens et de citoyennes dévoués, il a été fourni des logements pour 16,000 hommes ; des habillements jwur 12,0(X); des lits aux hôpitaux 4,000; malgré cela, une économie de plus de 120,000 livres a été réalisée, principalement par voie de réduction et de retenue sur tous les appointements; la garde nationale a été entièrement réorganisée; elle a <îes tirailleurs et des canonniers très-instruits, parfaitement familiarisés avec le maniement des armes ; elle est accounie spontanément aux forts de Malghera et de Saint-Georges, afin de fournir des renforts à la garnison ; à rintérieurelle garantit la sécurité publique et privée.

« Tout cela a été fait pendant que nous avions des attaques continuelles à repousser, et les pièges de l'ennc^mi h déjouer à Mal

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ghera, Brondolo el Trepoiiî, etc. Que la concorde continue à régner parnn nous, et en sauvant Venise, nous sauverons la cause de Tltalie. Nous y accueillerons avec joie tous ceux de uos frères Italiens qui voudront s'y réfugier; mais quiconque voudrait y apporter la discorde, ce fléau de Tltalie, sera éloigné. Union dans la population, discipline dans l'armée, fermeté dans le gouvernement, et nous défierons le sort ! »

Ce rapport est suivi par celui de l'amiral Graziani, pour la marine, après quoi l'Assemblée vote la continuation de la dictature confiée aux mêmes personnes; puis on passe au second point, à Tordre du jour, c'est-à-dire Texamen de la question politique.

Le député Malfatti : « Il pourrait sembler qu'il y ait quelque chose de contraire au principe de V Unité italienne à rappeler le droit particulier de Venise. Aussi la crainte d'être accusés de municipalisme [municipal ismo) nous en a-t-elle toujours empêchés ; mais je crois que cette crainte a été nuisible à notre propre cause et à la cause générale.

« Deux sortes de droit public se trouvent aujourd'hui en présence : l'un basé sur le droit naturel des peuples et des nationalités; l'autre sur le droit dynastique et de conquête, ce droit qui malheureusement n'a que trop longtemps prévalu! Certainement aujourd'hui, c'est le premier qui devrait l'emporter, et dans ce cas, le sort de l'Italie, et avec elle de Venise, serait assuré. Mais si pourtant la réaction devait nous valoir de nouvelles déceptions, faudrait-il que Venise, qui a pour elle l'ancien droit public aussi bien que le nouveau, renonçât à faire valoir l'ancien ?

« Le traité de Campo-Formio n'est qu'un fait impie, une iniquité sans portée légale; puisque aucune des parties contractantes n'avait le droit de disposer d'un territoire indépendant, en état de neutralité désarmée ; dès lors la même nullité frappe tous les traités subséquents.

« Les Vénitiens n'ont jamais été dans la possibilité, depuis cette époque, de revendiquer régulièrement leurs droits, ayant toujours gémi sous la domination étrangère. Mais aujourd'hui ils le ])cuvent et ils le doivent^ non-seulement dans leur propre intérêt, mais dans celui de tous. Le silence de la presse sur l'origine

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de cette domination^ a fait qu'on parle toujours de la seule Lombardie^ sans jamais nommer la Vénétie^ bien que celle-ci ait eu un territoire et une population bien plus considérables que la Lombardie. Le rusé maréchal Radetzky a même profité de ce silence pour mieux exciter contre nous les députés du parlement de Francfort. Voici comment il s'est exprimé de Milan, le 27 septembre dernier, en s'adressant à ce parlement : « La domination « de r\llemagne sur la Lombardie est d'ancienne date ; de tout « temps elle fut un fief de TEmpire germanique ; c'est ainsi « qu'elle a passé à la maison d'Autriche. Abandonner notre do- « mination sur ce pays^ serait non-seulement une trahison en- « vers TAutriche, mais encore envers toute rAUenmgne. » Mais Radetzky s'est bien donné de garde de parler de la Vénétie^ qui ne fut jamais un fief de l'Empire germanique ; celte Vénétie à laquelle l'Empereur devait demander une permission de passage pour aller visiter son fief de Lombardie !

«Or, il est facile de voir qu'aujourd'hui, la Vénétie une fois libre, il serait impossible à l'Autriche de conserver la Lombardie, et qu'elle serait trop heureuse d'accepter une compensation. Sa position serait celle d'un propriétaire dont le morceau de terre se trouverait enclavé dans le champ d'un autre.

«Je n'entends point donner de conseil au gouvernement; mais j'explique en quoi la presse n'a pas rempli, à mon avis, toute sa mission. »

Le député Benvenuti ne pense pas qu'il faille se prévaloir de l'ancien droit historique. Le droit à l'indépendance vient de Dieu et de la nature, personne ne peut l'enlever; l'Italie entière est solidaire, et notre devoir est de défendre le droit de l'Italie entière. D'ailleurs une promesse solennelle, faite en commun à tous les Italiens, a créé un droit commun à tous. La République française (le peuple français du moins, si ce n'est son gouvernement actuel) a promis solennellement à Tltalie de la délivrer ; Venise tient aujourd'hui le dépôt de celte promesse; c'est là la pensée qui y fait affluer les Italiens de toutes les pro\inces; notre politique doit donc élre italienne^ non vénitienne. Toute la |K)litique de notre gouvernement doit consister à obtenir du |)euple français qu'il tienne la pf/rolr narrer iptil n donner au p<*upl(? italien.

4i;0 OC'ATRIÉME ÉPOQf'E.

Le député Manin: « Le gouvernement est appelé sur un terrain qu'il aurait voulu éviter. Mais les opinions émises eiigent une réponse, pour que le gouvernement connaisse bien l'étendue de son mandat : autant que la prudence le permet, il indiquera la voie qu'il a suivie.

« Tant que TlUilie espérait une intervention armée et procliaine, le gouvernement s'est tenu à sou programme du 13 août, de laisser i/{/6^c/^5 toutes les questions d'avenir; mais du moment qu'à l'intervention armée furent substituées des négocintiom diplomatiques^ il a dû arborer un drapeau ; car il ne pouvait traiter efOcacement, il ne pouvait défendre Venise (et avec Venise toute l'Italie] qu'autant qu'il agissait comme le gouvernement indépendant dun peuple souverain. 11 ne pouvait s'en remettre de ce soin à la Sanlaigne ; car enfin le fait récent de l'armistice Salasco aurait pu se renouveler sous forme de traité; d'ailleurs, en approuvant l'envoi d'un agent spécial, l'Assemblée avait dès lors approuvé l'action d'un gouvernement indépendant. La question d'avenir n'est point irrévocablement tranchée pour cela; car le même peuple souverain est toujours libre de déclaivr de nouveau qu'il veut se réunir au Piémont avec la Lombardie; mais en attendant et dans l'état d'isolement où nous sommes, c'est ainsi que nous avons cru devoir agir.

<c Quant aux faits rappelés par le député Malfatti, on peut les faire valoir sans aucun inconvénient, et on l'a fait eBTectivement * ; mais le même langage ne peut être tenu a tous. Vis-àvis de la France qui reconnaît le droit des nationalités, ces arguments ne sont pas nécessaires ; vis-à-vis d'autres, ils le sont.

« Que Venise ait le devoir de défendre dans les négociations le droit de la nationalité italienne tout entière, cela est indubitible; mais avoir un droit ne suffit pas ; il faut aussi avoir la force, la possibilité de le faire triompher ; et encore ne faut-il pas nous exposer à tout perdre, si nous ne pouvons tout obtenir immédiatement. 11 faut voir jusqu'où nous pourrons arriver aujourd'hui ; tant que Venise est libre, l'Italie aura toujours un esl^ioir prochain ; Venise tombée, la cause italienne est perdue*!

• Voir Lrtin' du 20 noùt à lord Vafmerston.

* Viiiri rt» qiip disaient à la mémo époque, TalOM* (iiol>erti président, MM. I*l«ia,

MÉDIATION. if, J

w Nous mettrons toute Ténergie |)ossiblc, car si \'enise a pou do Torces matérielles, elle dispose d'autres moyens tout aussi puissants ; mais il ne faudrait pas que le droit d'initiative du gouvernement fût par trop restreint. »

Sur la demande de plusieurs membres, la discussion est fermée, et l'Assemblée vote par 98 voix contre 14 la résolution suivante :

« Le Gouvernement est chargé de toutes les négociations [politiques, sauf ratification par TAssemblée du traité déiinitif. »

[La séance est levée,)

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