SÉANCE DE L'ASSKMBLÉK VÉNÈTE
{Du fl octobre 1848.)
L*ordre du jour appelle : l"* la nomination d'un comité pour examiner la situation politique; 2"" la nomination d'un nouveau gouvernement, dans le cas où 1* Assemblée jugerait que le fiéril qui a fait établir la dictature n*existe plus.
Une lettre du comité du Circolo italiano^ adressée au président de l'Assemblée, demande en outre que, aucune allocation n'ayant été fixée pour les membres du gouvernement, l'Assemblée s'occupe de réparer cet oubli.
Le député Manin monte à la tribune au milieu de longs applaudissements. 11 demande à traiter immédiatement ce dernier point ; ilremercie leCercle, mais déclare: « qu'il ne peut accepter pour sa part des appointements, tant que le pays sera dans sa gêne actuelle; il vivra de s«»s propres ressources, tant qu'il k
pourra; quand il ne le pourra plus, il recourra à ses amis, mais non à sa patrie mendiante (una patria mendica) ; ce qu'il fait pour son pays, il entend le donner^ non le vendre, »
Passant aux motifs de la convocation, il rappelle que la dictature établie le 13 août avait pour seule mission le maintien de la paix au dedans, de la sécurité au dehors ; puis il ajoute :
« Le vœu hautement manifesté du pays était d'obtenir Tintervention armée de la France, et une paix honorable après la victoire. L'Assemblée approuva Tenvoi à Paris d'un de ses membres, avec mission spéciale d'invoquer formellement cette intervention.
c( Mais les conditions militaires de la France, la crainte d^une guerre européenne, induisirent cette puissance à ne pas vouloir nous accorder sou intervention armée avant d'avoir essavé d'une médiation pacifique.
« La question devant par conséquent passer du champ de bataille dans celui de la diplomatie, il devint dès lors nécessaire pour Venise d'y être représentée par un agent spécial; mais le gouvernement ne crut pas avoir mandat pour agir dans cette occasion. Il ne lui reste donc qu'à choisir entre trois moyens:
«Ou il faut exposer à l'Assemblée entière, en séance publique, les négociations diplomatiques; ou lui demander de nommer un comité secret; ou bien encore demander que l'Assemblée investisse le gouvernement lui-même du pouvoir de traiter.
« Voilà le premier point à l'ordre du jour de l'Assemblée.
« Le second point concerne la forme du gouvernement.
« La dictature n'a été établie, le 13 août, qu'en vue d'un péril imminent ; les circonstances ont changé, et le gouvernement croit le péril diminué. 11 vient donc se présenter devant l'Assemblée, afin qu'elle examine si la dictature lui semble encore nécessaire. I^ gouvernemeut avait d'ailleurs déclaré qu'au premier indice de défiance^ il consulterait l'Assemblée. Or il lui semble que, le jour même de la convocation de celte assemblée, un indice de cette nature s'est produit *. Le gouvernement a besoin
^ C'était un article dirigé contre le ministre de la marine Graziani accusé d'apatliie, presque de connivence avec l'ennemi à cause du rappel des vaisseaux dans le port, etc. (Voir à ce sujet Lfttn'th Mnnin à Townin^po^ft. 453.^
MÉDIATION. 45r»
de savoir s'il possède Tentière^ confiance du pays; car autrement il ne pourrait pas agir. » [Applaudissements,)
( L'Assemblée décide d'intervertir l'ordre du jour et de discuter d'abord le maintien de la dictature. )
a Le député Malfatti : Le pouvoir dictatorial a été confié par nous à des hommes dont le passé tout entier était une garantie que les libertés publiques ne seraient touchées que dans ces cas extrêmes où les gouvernements les plus libres se trouvent forcés à remplir un devoir douloureux. Jamais, depuis ce jour, le pays ne s'est aperçu de cette dictature; Tordre public n'a jamais été troublé; la confiance mutuelle entre les citoyens, sans distinction d'opinions, s'est de plus en plus nlTermie. Un acte généreux et patriotique de la part des plus riches ', a achevé de renverser l'ombre même d'une barrière qui aurait pu subsister encore entre les difTérentes classes de la société. En somme, chaque jour a fortifié ces liens de sympathie et de concorde qui constituent la véritable fraternité parmi des concitoyens, qui leur rend facile toute privation, tout sacrifice quelconque fait pour la cause commune. Tout cela en face d'un ennemi puissant, de difficultés économiques presque insurmontables, d'une presse qui, convenons-en franchement, n'est pas toujours à la hauteur de sa mission.
(c Un gouvernement qui, au milieu de pareilles difficultés, ne s'est servi de son pouvoir dictatorial que dans un seul cas, justement apprécié par la population entière *, un tel gouvernement, dis-je, a bien mérité de la patrie ; on ne le pourrait changer sans dommage.
« Le député Bellinato : Le danger, loin d'avoir diminué, lui semble augmenté ; la flotte sarde est partie, les vivres peuvent venir à manquer; des attaques sérieuses peuvent avoir lieu, et susciter des troubles graves à l'intérieur. 11 conclut à la confirmation de la dictature. »
Le député Manin : « Je crois qu'alarmer le pays, c'est faire naître le péril. Le tableau tracé par Bellinato est trop sombre.
* La garantie de IVmprurit de 5 inillion<>. (Voir plus haut, p. 429.' ' Ix» renvoi de Venise de l'auleur de l'arlirle dirittè eonlre l'amiral (iraziani, e! df d<'u\ antje!) nieinlnes du ('tr">/»» linhnnf* non natifs de Venise.