‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 142 sur 144 · LE MÊME A M. VALENTIN PASINI · texte numérisé non relu

LE MÊME A M. VALENTIN PASINI

Londres, 18 octobre 1848.

Monsieur,

J'ai eu l'honneur de recevoir votre lettre du 6 courant, en ré- |K)nsc de laquelle je vous prie d'être bien persuadé que vous et vos compatriotes n'êtes (\\\e justes envers le gouvernement de Sa Majesté, en pensant qu'il prend un intérêt vif et sincère au sort Av la nation italienne, et qu'il serait heureux de contribuer |Kir tous les moyens en son pouvoir au bonheur de l'Italie. Mii |>ar ces sentiments, et en même temps par un vif désir d'é|Kargner à

> n Mrait sans doute inutile, après tout rc qui préct'tio, d'expliquer la portée réelle de cette lettre si dure en apparence, tant de fois flétrie, et qui néaumoins Doos paraît aujourd'hui un acte fort honorable iMiur Lord Palmerston.

l'Europe les calamités d'une guerre, le gouTemement de Sa Majesié, de concert avec celui de la France, offrit sa médiation aux parties belligérantes dans le nord de l'Italie, afin de résoudre par un arrangement amiable les questions qui devaient alors se décider sur le champ de bataille par le sort des armes.

IVIais en offrant sa médiation, le gouvernement de Sa Majesté n'a point entendu imposer un arbitrage. Le but qu'il se proposait d'atteindre par son intervention était un arrangement consenti par les parties intéressées, et non une décision imposée par la seule volonté des puissances médiatrices.

Quant à la nature même de l'arrangement à conclure (avec l'assentiment mutuel des parties intéressées), elle doit nécessairement se ressentir du résultat de la dernière campagne.

Si la lutte qui a eu lieu dans le nord de l'Italie s'était terminée d'une manière heureuse pour les armes italiennes, peut-être aurait-on pu amener le gouvernement autrichien à un arrangement conforme au désir qu'exprime votre lettre, et par lequel la ville de Venise ainsi qu'une partie des provinces vénètes auraient cessé d'appartenir à la couronne impériale.

Mais le coiu*s des événements en a décidé autrement; la victoire s'est déclarée pour l'Autriche ; ses troupes ont réoccupé toute la Lombardie , ainsi que la Vénétie , moins la ville de Venise. Quant à cette dernière ville, les Autrichiens auraient pu sans doute la réoccuper par la force, s'ils l'avaient voulu*. S'ils se sont abstenus jusqu'ici d'employer dans ce but tous les moyens dont ils disposent, ce n'a été que par déférence pour le vœu des puissances médiatrices, qui ont sérieusement demandé au gouvernement autrichien : « de s'abstenir d'une effusion de sang inutile, dans le seul but d'arriver un peu plus tôt à un résultat quil ne pouvait manquer ^atteindre plus tard dune inanih*e pacifique. »

L'Autriche ayant repris possession de ses provinces italiennes, les puissances médiatrices n'avaient pu proposer, avec chance de succès, les conditions qu'elles auraient proposées si le résultat

1 L'idée erronée du peu de résistance que pourrait opposer Venise sérieusement attaquée, était puisée dans les dépêches de M. Clinton Dawkins, si bien démenties par les événements.

MEDIATION. 471

de la lutte eût été différent ; c'est là le motif pour lequel les propositions faites à T Autriche ne comprennent pas la séparation de la ville de Venise, ni d'aucune partie du territoire vénète d*ayec la couronne impériale, mais tendent au contraire à maintenir la Vénétie sous la domination autrichienne.

11 est évident que TAutriche une fois libre d'employer toutes ses ressources militaires et navales à rétablir son autorité dans la ville et province de Venise, toute résistance armée de la part des habitants deviendrait vaine, et n'aurait d'autre résultat qu'une eflusion de sang inutile, un sacrifice de vies humaines sans aucun but. En conséquence, et puisque vous m'exprimez le désir de connaître les conseils que le gouvernement de Sa Majesté la reine croirait devoir offrir au peuple de Venise dans les circonstances acttiellesj je vous prierai de lui faire comprendre que le parti le plus sage serait réellement pour les Vénitiens, d'entrer en pourparlers avec le gouvernement autrichien au sujet de la condition future de l'État vénète.

Legouvememenfautrichiena déclaré/orm«//emen^ : aQue son intention était d'accorder à ses sujets italiens des institutions lil)éraies, basées sur le principe de la nationalité. i> Il a déclaré : « Qu'il consultera à ce sujet les vœux et les sentiments de la nation même à laquelle ces institutions doivent être accordées. »

Les Vénitiens agiraient donc sagement en expsant leurs désirs et leurs sentiments à ce sujet au gouvernement autrichien. Il n'y a pas de doute que toute communication de ce genre sera acctirillie par le gouvernement autrichien avec une pleine et entièn» considération. J'ai l'honneur d'être. Monsieur,

Voire très-humble et très-obéissant serviteur,

Palmerston.

LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE A TOMMASEO

VEinsE, 21 octobre 1848.

Nou^ sommes très-impatients d'apprendre la suite des événements de Vienne, dont la première nouvelle nous est parrenue hier, mais seulement jusqu'au 10 octobre. Ces événements auront une grande influence sur nos propres affaires ; car très-probablement ils décideront le Piémont à recommencer la guerre; et si Tannée piémonlaise repasse le Tessin, une nouvelle insurrection des provinces lombardo-vénètes est indubitable, et bien certainement nous n'en resterons pas simples spectateurs !

Ces jours derniers les Autrichiens ont ajouté à leurs premières pirateries, la prise de neuf pauvres barques de pécheurs : chose sans précédent dans l'histoire des blocus. Mous nous en sommes vengés en partie en faisant capturer, par notre unique pyroscapbe de guerre, deux barques chargées de sel se dirigeant de Pirano h l'embouchure du Pô.

Tous les secours envoyés d'Italie se bornent jusqu'ici à la misérable somme de 26,000 francs, et nous ne savons ce qui nous reste à espérer; mais la Providence viendra à notre secours. Venise est toujours calme , et attend avec foi la récompense de ses sacrifices.

Depuis plusieurs jours, Manin est alité ; nous espérons pourtant qu'il sera bientôt rétabli ^

Adieu de cœur.

Graziani. — Cavbdaus.

1 Nous troavons à cette date qaelqaes lignes d'un représentant, qui, bien que privées, nous paraissent mériter d'être reproduites.

« Citoyen dictateur, un objet d'intérêt pubiic qui pourrait être d*ane grande « importance, m'oblige à vous demander quelques instants d'entretien. Je regrette « de de\oir vous importuner malade comme vous l'êtes ; mais il s'agit de la cause « publique, et malade ou bien portant vous êtes toujours pour nous fMipa Manim, •

Salut et respect.

Le citoyen, Olpeb.

MÉIirATION. 472'

TOMMASKO AL GOL VKKNEMKNT PROVrSOÏRK.

EXTBAITS.l

Paris, 23 wtobre I84H.

<Ie matin, j'ai réussi à voir Bastide. Je lui ai parlé du dépari It^ vaisseaux a Je le savais, dit-il. — Mais ce pauvre peuple '•st dans les angoisses ! — Moi aussi. — Mais qu'arrivera-t-il de nos forts? — Ayez donc confiance! Si vous n*avez pas confiance, envoyez-nous promener; tout ce que je pourrais vous 'lire serait inutile, si vous ne me croyez pas. — Je vous crois, i*.u confiance; mais enfin, ce pauvre peuple, qui est dans Tanxiélé, rassurez-le par quelques mots! — Je ne peux pas loujt'Urs écrivailler; j'ai déjà écrit que d'autres vaisseaux viendront. — Mais quand ? — Peut-être • y sont-ils déjà. — D'où ^>nt-ils partis?» 11 resta un moment en suspens, puis il dit : « Je ne veux pas vous le dire; » ce qui signifie qu'ils y mettront •lu temps, comme ont fait les premiers. Je désire me tromper !

Je lui rappelai ensuite notre détresse : « Mais vous avez de lar^zent jusqu'au 13 novembre! (il en sait plus long que moi.) — Oui, mais après? il n'y a d'autre ressource pour nous qu'un f 'm|)runt, et pas de possibilité d'emprunt sans exporter nos t^il»l<NUix; or. comment les exporter, étant bloqués?— Pourquoi t*\iH)rter vos tableaux, qui sont votre richesse? — Eh bien, alors, |)ortez-vous garants de l'emprunt. — Il n'y a pas moyen ; «railleurs à (fuoi servirait notre garantie? — Dans ce cas, prêteznous vous-mêm(»s. — Nous n'avons pas d'argent, etc., etc. »

11 dit aussi : « Qu'il aimait Venise, pcirce qu'il aimait les peu- }>l(*s qui ne cédaient pas, et que, si Venise tombait, il donnerait VI démission. — Mais, dis-je, si les choses continuent ainsi, Venise tombera infailliblement. » A cela, pas de réponse, il me dit encore (et en ceci je le crois) que « si la France avait rtnilu adhérer à la pair sur VAdige^ les choses se seraient arr.iniré(*s. — Pour trois joui^, » lui répondis-je. etc.

472* QUATRIÈME ÉI>OQUE.

24 tïftubre.

Hier, après cinq heures, j'ai vu Cavaignac. U ne s'était \yi> bien entendu avec Bastide pour parler comme lui. Il dis-iit : a Que Verninhac avait envoyé Tordre à Rigodit de rester [Basil \^ avait dit qu'on enverrait d'autres bâtiments), et que le mal êLi.: ainsi réparé (l'autre avait nié le mal) ; que Venise était plu^ loin de tomber que jamais ; que les Vénitiens devaient per^^vérer et faire des sacrifices; qu'il connaissait l'état des chos**? A toute notre détresse, et savait très-bien aussi que la promptitu<k rendrait le secours plus efficace ; mais qu'enfin le blocus nVUit pas rigour etix, et que la promesse du retour des vaisseaui (ifvait aussi avoir rassuré notre population, etc. » A mes instancv^ (et je vous laisse à imaginer quelle suppliante dignité je nii> a les lui faire), il répondit par deux fois : « Que voulez-vous qui j'y fasse? Que nous fassions la guerre pour vous ! Que nous m>\\^ envoyions des soldats ! 11 y a six mois, nous avons voulu le faii>'. et vous avez refusé. » Je relevai son erreur; mais quevoultivous ! 11 s'impatientait, d'une impatience non pas blessante (our moi, mais comme un homme qui voudrait agir et ne croit |a^ pouvoir le faire, et qui se sent pris aussi d'un comroenceiiu n: de honte mêlée de remords, etc.

26 octobre

Ce matin, les nouvelles de Vienne sont plus d^favoraUes. d le cabinet français en est tout effrayé. Bastide, qui d abord a»iH seillait aux Italiens de se soulever, le leur déconseille niaÎDtinant, disant que nous ne pourrions rien espérer d'ici, etc., elc.

ToasASEo.

MEDIATION.

GAZETTE OFFICIELLE DE VENISE

23 octobre 1848.

Le Golvernbmbnt Provisoire^

Considérant que ritalic et la Hongrie doivent faire cause commune» parce qu'elles poursuivent le même but, findependance naiiotialCy et qu'il y a opportunité à manifester ouvertement la fraternité qui règne entre les deux nations.

Décrète : .

Une légion hongroise est formée à Venise, composée de tous les soldats ou citoyens hongrois qui s'y trouvent en ce moment ou bien qui voudraient y venir jwur en faire partie *.

L'organisation et le traitement de ce corps seront les mêmes que ceux de l'infanterie vénète, l'uniforme sera hongrois, etc.

Manin. — Graziani. — Cavedalis.

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