‹ Documents et pièces authentiques laissésChapitre 28 sur 144 · GARDE CITOYENNE · texte numérisé non relu

GARDE CITOYENNE

La Congrégation municipale de la royale ville de Vetiise.

Vemsb, 18 man 1848.

Citoyens,

Vu les circonstances pressantes, les autorités supérieures, accédant aux instances de votre représentation civique, ont accordé Finstitution provisoire d*une garde citoyenne.

On va immédiatement s'occuper de son organisation. En attendant, votre représentation vous recommande la plus grande tranquillité.

1 A ces derniers mots, le comte PaUTy, qui Jusque-là avait écouté du haut de son balcon, rentra brusquement, fermant la fenêtre avec violence, ce qui interrompit le discours. « Manin, dit un témoin (Casarinl', exhorta le peuple au calme et à la modération ; mais les cris ne cessèrent que lorsque Manin, porté triomphalement à Iraven la mercerie^ fut arrivé à sa maison où J'eus le bonheur de le remettre à moitié évanoui entre les bras de sa ûlle. Le concours de personnes de toutei classes, depuis l'ouvrier Jusqu'à hi plus haute aristocratie fut immense ; le reste de la Journée se passa dans l'agitation, mais sans troubles; les massacres sur la place Saint-Marc n'eurent lieu que le lendemain. »

92 4>REMIËRE ÉPOQUE.

C'est le meilleur moven de démonlrer Tutilité de cette nouvelle institution, de démontrer, chers concitoyens, que tous en êtes dignes ^.

Le maire : Jean, Comte Correr,

Les adjoints .* FrakçoisDona,

Louis Michiel,

DoMUflQUE GlUSTIKIANIy

Jean-Baptiste Giustiisuni, Dataico Medin, Charles Marzari,

Le secrétaire : A Licini.

Liste des chefs d'arrondissemekt [Capi Sestiere) de la garde

qtoyenne.

t Arrondissement de S. Marco. — M. le docteur GiaRiAXi (Joseph),

Galle Larga. S. Marco.

— Gastello. — M. Ouyieri (François),

S. M. Formosa.

— Cannaregio. — M. Correr (Pierre),

S. Fosca.

— S. Polo. — M. Olivo. (J.-B.) capitaine,

S. Polo, in Gampo.

— Santa Croce. — M. Gradenigo (Jérôme),

In rio. Marin.

— Dorsoduro. — M. Salvi (J.-B).

^ Casarini raconte ce qui soit : « La garde nationale accordée (à la suite du massacre sur la place Saint-Marc où cinq personnes furent tuées), Manin réunit aussitôt les hommes sur lesquels il pouvait le mieux compter. Dès cinq heures, cette patrouille commandée par Manin, parcourait les quartiers de Saint-Luc, Saint- Samuel, Saint-Moïse. Le peuple, en voyant ces citoyens en armes, se mit à pousser des cris de Joie : « Vive Manin I Vivent nos sauveurs ! » Mais Manin et ses amis ayant commandé le silence du geste et de la voix, ce peuple intelligent et docile ne proféra plus un cri ! O avait compris sur-le-champ qu'il s'agissait de ne pas porter atteinte, même par des vivats, à la tranquillité que ces citoyens s'étaient engagés à obtenir. » Le caractère du peuple vénitien se montra complètement dans cet IncidenL Jusqu'au dernier jour, sa docilité aux ordres de Manin et sa confiance furent illimitées, inébranlables; Jamais ni aveugles, ni serviles.

LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS A LORD PALMERSTON

Venise, I9 ma» 1818.

J*avais eu l'honneur d'informer Votre Seigneurie le 16 courant, que tout était tranquille ici, et qu'on venait d'y recevoir la nouvelle des troubles de Vienne. Le matin du 17, on apprit, et la Gazette publia immédiatement que l'Empereur avait accordé la liberté de la presse et la convocation des congrégations centrales du royaume lombard-vénitien. Cependant on n'avait pas d'informations précises sur le véritable état des choses à Vienne; une grande excitation régnait dans Venise, et la foule se concentrait sur la place Saint-Marc, demandant une entrevue au gouvernement. Une deputation fut admise et demanda la libération immédiate de MM. Manin et Tommaseo, dont j'ai fait connaître l'arrestation dans mes dépêches des 9 et 20 du mois dernier. Après quelque hésitation, on satisfit à cette demande qui fut suivie de la demande de mise en liberté de trois autres personnes moins importantes, arrêtées aussi pour délits politiques; elle fut également accordée. Des bandes populaires parcoururent les rues, brisant les fenêtres, criant : a Vive l'Italie ! » Et partout, des rubans tricolores furent hissés sur les trois mâts de pavillon de la place; et comme les cordes furent ensuite coupées, il fut impossible de les enlever. On fit sortir des troupes, et le peuple salua les grenadiers italiens de ses acclamations.

Il y eut un moment où la populace fut repousséo à la pointe de la baïonnette par un corps de troupes allemandes, et où deux personnes furent légèrement blessées , et une autre écrasée sous les pieds de la foule. Il n'y eut pas d'autre accident ; le soir, le théâtre fut illuminé, et la soirée se passa tranquillement.

Hier 18, on n'a pas eu de nouvelles de Vienne. De grands rassemblements se sont formés, des bandes d'hommes circulaient demandant de l'aident pour l'amour de l'Italie ; toutes les boo* tiques et les banques étaient fermées. Les troupes furent mises

en bataille sur la place ou postées sur les principaux points ; la populace applaudit comme la veille aux Italiens, hua et sifBa les Allemands. Non contente de cela, elle commença bientdt à jeter des pierres aux troupes allemandes, et les pavés de la place Saint-Marc furent arrachés en certains endroits, afin de fournir des projectiles à cet eOet. La patience de ces troupes étant enfin lassée, une partie d'entre elles firentfeu, tuèrent quatre personnes et en blessèrent cinq ou six. Ceci produisit une grande excitation ; il était visible que les autorités n'avaient ni union, ni énergie ; et on admettra qu'en Fabsence de toute information précise sur ce qui se passait à Vienne, elles étaient dans une situation très-difficile, et il semblait probable que des troubles sérieux allaient s'ensuivre. Peu après ces faits, la municipalité publia une proclamation pour autoriser, avec le consentement du gouverneur, la formation provisoire d'une garde civique, ce qui sembla calmer le peuple. Les troupes furent ensuite retirées de la place, et avant le coucher du soleil, des corps de citoyens portant des écharpes blanches, et armés de diverses façons, parurent ; et la tranquillité fut rétablie.

Vers neuf heures du soir, un steamer arriva de Trieste avec une dépêche pour le gouverneur qui parut peu après à son balcon et s'adressa à la multitude assemblée, disant que l'Empereur s'était déterminé à accorder la liberté de la presse, à sanctionner la formation de la garde nationale, et à convoquer le plus tôt possible les congrégations centrales. Le gouverneur finit en exprimant sa joie d'être le premier gouverneur constitutionnel de Venise, et en exhortant le peuple à maintenir l'ordre. Ce discours fut reçu avec de grands applaudissements ; la plupart des maisons de la place furent illuminées ; des bandes de citoyens armés continuèrent les patrouilles, et il n'y eut pas d'autres troubles. On montre beaucoup de colère contre le régiment allemand dont une partie a tiré sur la populace, et on a poussé quelques cris pour demander son éloignement. Il faut espérer qu'on prendra des mesures pour empêcher toute collision entre ce régiment et le peuple ; ce matin tout paraît gai, la place est encombrée, la garde civique y fait des patrouilles et la tranquillité est rétablie. La question est de savoir combien elle

durera. Le gouvernement local parait avoir perdu toute influence sur le peuple ; mais heureusement cette influence est maintenant exercée par rautorité municipale.

J'ai reçu ce matin des nouvelles de Trieste où celles de Vienne paraissent aussi avoir produit de l'excitation. Cependant, la population y étant mêlée, et avec plus d'éléments allemands que de ce c6té*ci de l'Adriatique, il ne parait pas qu'il y ait eu de manifestation hostile aux troupes, et les excès semblent s'être bornés à briser les vitres et à forcer les habitants à illuminer. Deux ou trois mille citoyens ont entrepris de maintenir la paix dans la ville, et les autorités leur ont fourni des armes.

J'ai, etc.

Clinton G. Dawkins.

l/ARCHmUC RÉGNIER (piu du vice-roi) A SON FRÈRE ERNEST.

{Lettre interceptée),

\tWKE, 10 mars 1848.

Chbr Ernvst,

J'ai reçu Targent. Je viens précisément d'écrire à I^opold ; par conséquent, il sait déjà ce qui se passe par ici. Nous sommes dans un véritable hôpital de fous. L^ nouvelles de Vienne (lesquelles sentent bien leur impératrice-mère et leur Sophie, qui ne veulent pas que l'on touche du bouidu. doigt à leurs Viennois) ont eu, même ici, leurs conséquences naturelles. Je ne sais pas trop ce qui est arrivé à Bergame, mais tu es plus près de la source que moi. Coletti est arrivé de la chancellerie depuis une heure ; il nous dit qu'il y a des barricades à Brescia, et que Ton doit avoir fait feu. Ce qu'il y a de sûr, c'est que pendant la nuit que nous avons passée dans cette ville, on a fait partir un pétard au collège des Jésuites pour effrayer les habitants/ Si nous n'étions pas dans les circonstances présentes, ce serait vraiment une idée impayable. Les Jésuites doivent déjà s'être sauvés

à Chiari. Ici, il s'est passé et il se passe encore des folies. Hier soir, à notre arrivée, toute la population s'est rassemblée ; tout le monde nous a salués très-courtoisement, tant ceux qui portent la barbe que ceux qui ne la portent pas ; le quartier oit nous habitons devait être illuminé et on devait, à cette occasion, pousser les cris de : Vive la constitution ! et autres semblables ; heureusement il a plu. Cependant, vers les huit heures, une immense multitude s'était amassée devant notre hôtel, criant : a Vive le vice-roi ! Vive la constitution ! Vive l'Italie! A bas les Jésuites! » etc., et comme les discours de l'ofBcier et du légat restaient sans effet, et que cette foule promettait de s'en aller tranquillement si le viceroi se montrait, celui-ci parut au balcon et fut reçu avec d'immenses applaudissements. Les cris continuèrent après qu'il se fut retiré et les chefs de rassemblements s'adressèrent au commissaire, déclarant que mon père devait publier par la fenêtre les concessions déjà accordées à Vienne et déjà publiées à Vetuse par Palffy. Ckimme nous n'avions rien reçu, ils s'en allèrent paisiblement, mais en criant :,« A demain dix heures, d et quelquesuns ont ajouté : a en armes. y> Alors chacun perdit la tète ; tous se croyaient déjà empalés, rôtis, etc., etc. On résolut d'aller à Mantoue et même de partir à deux heures de la nuit. Déjà l'ordre était donné quand madame notre mère qui, pour éviter tout conflit avec les troupes et par les autres raisons que tu connais^, penchait pour l'expédient du départ, me fit appeler pour savoir ce que j'en pensais. Certes, je ne m'attendais pas à cette question ; cependant j'exprimai librement mon opinion, c'est-à-dire que ce serait une erreur grossière de montrer par cette fuite, au peuple, qae Ton avait peur, et de se retirer dans une forteresse où le moins qui puisse arriver serait une démonstration semblable et pire peut-être, et où la garnison compte à peine trois bataillons, tandis qu'ici il y en a davantage avec plusieurs généraux pour les diriger. £Ue tne regarda tout étonnée et me demanda « si je verrais avec pkii^ que la troupe en vint aux mains et qu'il y eût effusion dé sang?» Je ne pus à cela ré-

< La femme du vice-roi était sœur du roi Charles-Albert, sa fille (sœur de Tauteur de cette lettre) était femme de Victor-Emmanuel, alors prince royal, aujourd'hui xoi de Sardaigne.

pondre « oui, » mais je dis que l'on pouvait suivre mon conseil sans verser le sang. On se moqua de moi ; nous fûmes renvoyés à notre auberge lorsqu'il était déjà neuf heures et demie, et on devait partir à deux heures du matin. Il n'y avait pas cinq minutes que j'étais arrivé à l'hôtel que notre père m'envoya chercher pour me dire que l'on ne partait plus, cela ayant été reconnu imprudent par tous les généraux, ce qui coupa la parole à madame notre mère.

De nombreuses patrouilles militaires circulèrent dans la ville, mais tout était tranquille. Cet état a duré jusqu'à aujourd'hui dix heures. A ce moment toute la population est venue se rassembler sur la place des Signori. Il y a près de nous une demi-compagnie de ton régiment de garde et une autre demi-compagnie de Brodiani avec huit chevau-légers comme réserve. Une autre compagnie de Brodiani a déQlé devant l'hôtel, deux autres sur la place des Signori. Sur ces entrefaites, un extrait de la Gazette de Vienne avait été publié avec l'avis ci-inclus, de sorte que ces messieurs ne savaient plus trop quoi demander. Finalement, ils formèrent une deputation de cinq individus chargés de prier notre père de retirer la troupe et de concéder une garde civique qui maintiendrait certainement Tordre.

Les troupes durent retourner dans les casernes excepté celles «{ui sont dans l'hôtel et la demi-compagnie qui est à la préfecture ; et comme à Vienne on a permis l'armement des étudiants, mon père a consenti à la formation d'une garde de quatre cents hommes qui, choisis parmi les citoyens riches, devront suivre sans armes les patrouilles militaires, maintenir l'ordre et empêcher les connits entre militaires et bourgeois. Tout cela n'est que provisoire ({misqu'il faut l'approbation de l'empereur), mais c'est un commencement! où Gnirons-nous? jusqu'où s'élèvera le chiffre de cette garde quand ils obtiendront aussi l'armement? Qu'en dira le soldat? J'aimerais entendre le feld-maréchal.

A peine cette concession était-elle accordée , qu'une immense multitude se rassembla devant l'hôtel de notre père et rappela à grands cris. A partir de ce moment tous devinrent fous ; les riches distribuent de l'argent et des cocardes tricolores; les pauvres prennent l'un et l'autre et s'enivrent.

98 PREBOÉRE ÉPOQUE.

Tous circulent dans un grand tumulte criant : Vive F Italie !

Aujourd'hui à trois heures, tous ceux qui veulent faire partie de la garde civique, doivent se faire inscrire dans TArëne. Naturellement, il s'en présentera beaucoup plus de quatre cents ; tous prétendront être acceptés, c'est alors que commencera le gâchis ! Quel malheur que l'on ait fait cette concession à Vienne et qu'on l'ait étendue à toutes les provinces, car, on ne peut refuser ici ce qui est accordé partout ailleurs, sans faire naître un mécontentement sérieux et des insurrections; nous en avons assez d'exemples. Cela me fâche pour l'armée.

Maintenant nous voici avec la garde civique dans Vérone, et naturellement, elle sera introduite dans tout le royaume, et, quant à Venise, deux cents hommes ont déjà été accordés aux mêmes conditions. On dit qu'on a fait feu sur la place Saint>Marc et que cinq hommes sont morts. Pas de mal à cela ! A Vicence on a voulu prendre la préfecture d'assaut et y planter le drapeau tricolore, mais cette tentative a échoué. De Padoue on ne sait rien encore.

11 est quatre heures de l'après-midi; la poste de Milan qui, habituellement arrive à trois heures du matin, n'est pas encore arrivée. S'il y a quelque chose à Milan, je souhaite aux Milanais qu'il en reste cinq cents sur la place! Voici la conséquence des événements de Vienne. La troupe doit y avoir été mal conduite, ou bien (ce qui est plus vraisemblable et ce que j 'ai d it dès le commencement), il doit avoir été défendu d'en haut par les femmes de faire feu ; autrement les Viennois auraient obtenu d'autres concessions.

Les cheveux se dressent sur la tête, lorsqu'on pense à ce que l'on prétend déjà obtenir en Hongrie, à Vienne, en Bohême, en Galicie. S'il n'arrive un miracle, nous pouvons tous faire nos paquets. L'hôtel de Mctternich à la Landstrasse est, dit-on, entièrement détruit; et ce sont les fidèles Viennois 1

Ici toutes les têtes sont complètement tournées. Ils sont pour la plupart ivres et parcourent la ville en criant : Vive l'Italie î Ils embrassent les soldats des frontières comme leurs frères, et dans le café autrichien ils font de même avec les officiers qui ne se tiennent plus sur leurs jambes. Us ont pris un officier de hussards sur leurs épaules et l'ont promené aux cris de : Vivent nos frères

les Hongrois ! Je m'attends pour ce soir à quelque nouveau gèdiis. S'il arrive quelque chose, je t'écrirai demain. Ton régi* ment et le bataillon de Brodiani ont une très-belle apparence. WindischgnetK aussi est beau ; les hommes que j'ai vus sont trèsbien montés.

J'entends dire ici que l'inscription pour la garde civique commence dans une heure ; cela donnera certainement lieu à de nombreuses disputes pour les admissions ; quelques-uns disent que, dans cette circonstance, on bénira les bannières qui, tout naturellement seront tricolores. Le vice-roi assistera à la cérémonie. Et cela se passe dans une ville de province autrichienne !

LE MÊME AU MÊME

(2« lettre interceptée,)

VÊnoNF, 30 mars 1848.

Te souviens-tu des lettres que je t'adressai un jour à Lodi? et de ce que je te disais relativement à ces gens qui faisaient l'exercice et à rintroduction des armes? etc. La police reconnaîtra maintenant, mais un peu tard, la valeur des renseignements dont elle n'a tenu aucun compte. Maintenant tout est fini ; la monarchie ne doit la conservation de la ville de Milan qu'à la seule prévoyance du feld-maréchal et à la valeur des troupes. Le capitaine Guy n est passé par Milan en se rendant à Vienne comme courrier. U était allé au chftteau, y avait entendu les rapports, et en partant le 1 3, à onze heures du soir, il avait vu tout le désordre de la ville. Au Broletto, les pièces de douze auront fait des trouées superbes; cependant il ne connaissait pas la fin de l'affaire parce que le feld-maréchal l'a fait partir au moment où, certain de la victoire, il faisait bivouaquer sur les places. Guyn dit qu'on a perdu quarante soldats, qu'il y en a beaucoup de blessés et dans le nombre un officier supérieur. On devait fusiller tous les prisonniers, y compris Casati et le duc Litta qu'on dit être du nombre. La loi martiale est expédiée d'hier à Milan par un officier et

iOO PREMIÈRE ÉPOQUE.

deux bersaglieri Brodiani, et aujourd'hui, à deux heures, elle doit être publiée et mise en actiyité. C'est l'unique moyen. Il faut recoonaitre que les Milanais peuvent s'attribuer tout le mal, carie feld-maréchal a montré assez de patience. S'il en était resté au moins un bon nombre sur le carreau, cela leur inspirerait un peu de respect pour la troupe ! Les soldats auront montré peu de modération dans l'assaut, tant mieux ! Casati est pourtant un f... coquin!

La poste n'est arrivée ni hier, ni aujourd'hui à Milan et on n'a vu aucun courrier. A Venise tout est redevenu tranquille. Ici on crie beaucoup, et Grerhardy craignait quelque chose à cause des événements de Milan, la nouvelle s'étant répandue que le feldmaréchal était prisonnier dans le château avec toute la garnison et que les Milanais étaient victorieux ; mais il est déjà deux heures et rien ne semble bouger. Ije feld-maréchal a écrit pour qu'on expédie à Milan sous bonne escorte la quantité de munitions, en canons et obus, nécessaire pour remplacer ce qui a été dépensé. Au moins les Milanais connaissent à présent la musique des pièces de douze ! Le général Woy na et Prélot étaient encore dans le palais de Corte; ils auront eu une belle peur! Le bataillon de grenadiers italiens aura commis des excès dans Brescia ; il ne doit avoiraucune discipline. On dit que ceux du régiment d'Haugwitz vont toujours embrassant les habitants et fraternisant avec eux, de façon qu*on ne peut rien attendre de ce régiment. Ici on dit qu'ils ont refusé de tirer, mais cependant on n'en est pas encore venu à cette extrémité; cela peut arriver. Comme je me chargerais avec plaisir de la ville de Milan !

Il doit y avoir des désordres à Parme. Les Piémontais devaient occuper Pavie le même jour, cela n*a pas eu lieu.

Selon toutes les nouvelles qui nous arrivent jusqu'à présent, les paysans n'auraient pas pénétré dans la ville ; du reste, le feldmaréchal leur aurait donné leur compte, comme aux autres. On ne doit pas encore être tranquille à Vienne, car il semble que la cour veuille partir et abandonner la ville aux troupes. Ce serait certainement l'unique moyen de ramener la paix, mais je crois qu'on voudra plutôt faire des concessions cpi'user de rigueur.

Maintenant nous voici avec une constitution selon laquelle

RÉVOLUTION. lOi

nous ne pouvons plus servir dans le civil, et le militaire perd son rang. Je demande ce que nous devons faire? Mon père m'a confié, seulement aujourd'hui, sans en parler à maman ni à Henry, qu'aussitôt qu'on sera un peu tranquille, il déposera sa charge pour ne pas rester avec une constitution et se retirera à la campagne prétextant son ftge avancé. Mais moi, que dois-je faire? Rien? Je ne le veux pas ; et si je ne peux entrer dans le civil, j'entrerai aussi dans l'armée pour me faire tuer à la première occasion parce qu'alors je n'aurai plus à penser au reste.

Nous devons c^tte belle situation à notre gouvernement de femmes^ se composant : d'un idiot pour empereur, d'un ladre pour successeur présomptif, d'un gamin présomptueux pour prince héréditaire ^, et à la suite de ceux-ci, de l'impératrice

mère, Sophie, puis T**^ et tutti quanti, les appartenant

a chacune d'elles. De cette façon et par cette race périra notre monarchie qui était si forte! Mettemich est en fuite, Kollowrat, l'oncle Louis, et sans doute les autres ministres se retireront ; on n'en trouvera pas d'autres sans faire de nouvelles concessions, et nous tomberons ainsi dans le précipice qui nous engloutira tous ! En pensant à cette suite d'événements, comme je le l'ai dit, les cheveux se dressent sur la tête. Il ne manquerail plus que la Russie nous refusât l'argent qu'elle nous a promis, et qu'elle nous déclarftt la guerre ! C'est pour le coup que nous pourrions dire : Adieu l'empire ! et nous faire inscrire comme citoyens dans la garde civique I

Demain arrive le régiment Furstenwarter, et le tien marchera vers Rrescia. Il arrivera ici un bataillon du Banat; les Brodiani, à leur tour, marcheront sur le Pô.

Deux de ces messieurs, dont l'un est Giusti, qui avaient abandonné le service, en se réservant le titre de leur grade, viennent de le quitter tout à fait pour faire partie de la garde civique, qui lait déjà patrouille avec ses petits fusils tout couverts de rouille. Us font soigneusement la ronde de jour quand il ne pleut pas. Toute la journée, on n'entend crier que : Vive t Italie, vive la liberté/ et chanter des chansons libérales. A l'hôtel,

I l/empereur actuel, Frinçoi»Jotepb, cousin de l'auteur de la lettre.

nous en avons toujours deux des leurs pour factionnaires. Aujourd'hui, ils prétendaient même mettre un poste de garde à chaque }X)rte et à chaque château. On dit qu'au lieu de 400 miliciens, il y en a déjà 1500 d'armés, lesquels, à la première occasion, agiront contre la troupe. Je voudrais que tu pusses voir la rage du lieutenant-maréchal Gerhardy en voyant tout cela. Le feld-maréchal aura un beau plaisir de la garde civique!

En ce moment la nouvelle arrive que de nouveaux troubles ont éclaté à Venise» à Trente et à Roveredo, mais on ne sait pas ce qui est arrivé.

Adieu, je Gnis parce que je dois aller me promener. Communique cette lettre et celle d'hier à Sigismond, parce que je n*ai pas

le temps de lui écrire en particulier.

Régnier.

Journée du 22 mars.

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