CIVIQUE
Venise, 32 mars, 8 11 du matin.
Fidèle à ma consigne de refuser votre porte à tout le monde, j*aurais cru trahir la patrie si je no vous eusse laissé tranquillement méditer sur ses futurs destins.
Le nombre des personnes de tout rang, de toute classe, qui, toute la nuit, ont insisté pour vous parler, m*assurant que cela était de la plus haute importance, a été infini ; cependant il a bien fallu qu*on se résignât, et chacun alors m'a communiqué ses espérances ou ses craintes.
n me semble inutile de vous répéter ici des choses que vous savez déjà, ou des puérilités qui, nées de la peur ou du fanatisme, ne méritent pas d'occuper vos précieux instants.
Je ne vous parlerai que d'une seule personne, qui me parait ne point devoir être confondue avec les autres ; il s'agit du chevalier Antoine Faccanoni, consul général de S. M. Sarde.
Il vint avant six heures du matin. U avait, disait-il, le besoin le plus urgent de vous parler; je refusai de le laisser passer, ajoutant que vous m'aviez chargé de recevoir toute communication.
Il me dit alors que l'agitation des Vénitiens, que Tenthousiasme et le mécontentement du peuple avaient poussé les choses à un point tel qu'une explosion était imminente; que Tinfluence morale et la confiance que vous aviez acquises par vos prédic* tions et votre martyre, vous portaient nécessairement à la tête d'un nouveau gouvernement; et que lui, consul de Charles- Albert, vous conseillait et vous engageait même à proclamer la république et à ne point proférer d'autres cris que celui de : Vive la Républigtie I lui et les siens ajouteraient celui de : Vive Mo/^ nin^ président.
En me rappelant les paroles magiques de notre dernier entre*
tien où vous avez bien voulu m'inilier à vos grandes pensées, je crois que ce langage obtiendra votre approbation ; je satisfais à mon devoir et à mes sentiments en vous le communiquant sans aucune réserve.
N. B. Surpris par l'importance d'une telle communication et prévoyant que peut-être, dans d'autres circonstances, on pourrait se défendre de l'avoir faite, je prétextai que les fatigues de la nuit précédente, le bruit continuel de tant de personnes allant et venant, le souci de tant d'agitation, pourraient me faire oublier les expressions précises de M. le consul général Sarde, et le priai de vouloir bien me les laisser par écrit. J'ai en ma possession les paroles suivantes écrites et signées de sa propre main :
• «Vive la République! Vive Mamn, PRÉsmENr!
D. Facc.U<(ONI, Consul général saide.
Le Secrétaire de votre compagnie et votre Aide^e-camp,
Georges Casarini.