RÉCIT DU COMTE A. COMELLO, AUTRE CHEF DE LA GARDE CIVIQUE
Le général commandant la garde civique m'envoya à six heures et demie Tordre de conduire le comte PallTy et sa famille à bord du bateau à vapeur du Lloyd ; je fis retenir deux gondoles à cet effet et en envoyai une troisième avec un certain nombre de gardes civiques pour occuper militairement le bâtiment. A sept heures et demie j'invitai le comte Palffy et sa famille à descendre; Pierre Correr, chef de quartier du Canareggio, Matteo Pernice, et moi l'accompagnâmes sur le bateau à vapeur ; mais arrivé là je trouvai l'ordre de ne pas laisser partir avant que )a commission gouvernementale n'eût envoyé certaines dépêches qui devaient être remises au capitaine pour être portées à Pola avant de toucher à Trieste. A minuit ces dépêches n'étaient pas encore arrivées, par la raison qu'on n'était nullement d'accord dans la commission gouvernementale sur la question de savoir s'il fallait, oui ou non, les envoyer par cette occasion. A une heure après minuit, je me décidai enfin à aller expressément i la municipalité pour réclamer une décision quelconque, car il y avait six heures que les prisonniers étaient à bord ; c'est alors
qu^ATesani, Pinchërie, Dataico-Medin et Mengaldo me remirent les dépèches qu'à mon tour je remis au capitaine Maffeï! On sait le reste I
RÉCIT DU CAPrrAINB MAFFBl
{Publié dans la Gazette de Venise ifu 15 avril).
Le 23, à deux heures et demie du matin, le capitaine A. Maffeï, commandant le navire du Lloyd autrichien, Archiduc Frédéric, se trouvant à son bord sur le point de partir pour Trieste, fut chargé par un délégué du gouvernement provisoire de se transporter à Pola, pour remettre des dépêches à l'escadre qui y stationnait. Ne pouvant de son chef accepter une mission si contraire à son devoir de capitaine, il refusa, alléguant que ses instructions lui interdisaient de se détourner de û voie directe de Trieste k moins d'un ordre exprès de l'agence du Lloyd à Venise. Cette agence lui ayant ensuite expédié l'ordre écrit d'exécuter les ordres du gouvernement provisoire, il accepta les dépêches et en délivra un reçu , mais non sans faire aux gardes nationaux présents quelques justes observations sur sa position critique, etc.
Le capitaine Maffeï quitta le port à trois heures du matin ; à peine arrivé en haute mer, tous les passagers du bord, témoins de l'importante mission qui lui était confiée (et parmi eux Texgouvemeur de Venise, comte Palffy lui-même) se réunirent pour protester contre toute déviation du trajet direct de Trieste. Sans vouloir tenir aucun compte de Tordre donné par l'agence du Lloyd et de l'obligation contractée par le capitaine vis^-vis du gouvernement, on contraignit d'abord le machiniste à arrêter la machine pour interrompre le voyage, après quoi il y eut une émeute générale, et les passagers forcèrent le capitaine i mettre le cap sur Trieste. A peine arrivé là, il fut obligé, par ordre de Vautorité, de remettre ses dépêches dont, du reste, tout le monde connaissait déjà le contenu, etc.
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