INSTRUCTIONS DIPLOMATIQUES
Pour ]\iM. Aleardi et Tommasbo Gar [envoyés de la- République
vénèteprès la République française),
Vemse, 15 mai.
n est important que la République française reconnaisse officiel lemeîit le gouvernement provisoire de la République vénète, ainsi que Font fait déjà la Suisse et l'Amérique, et même implicitement le gouvernement du roi Charles-Albert, qui n'écrit pas simplement : au gouvernement provisoire de Venise^ mais : au gouvernement provisoire de la Républiqtœ vénete. 11 est vrai que la lettre de Lamartine à Tommaseo, l'envoi d'une frégate, la réponse faite à MM. Zanardini et Nani, chargés d'acheter des armes pour Venise, constituent quelque chose de plus qu'une reconnaissance tacite.
Ce qui est plus important que cet acte même, ce serait que la France fit entendre , aux peuples la promesse, aux princes l'avertissemeut formel, que jamais elle ne souffrira au delà des Alpes un nouveau traité de Campo-Formio, un nouveau partage de la Pologne. La France sait bien que l'Autriche, l'Angleterre et la Russie, ses ennemies, profiteraient seules de ce marché; et que dût-elle même y gagner la Savoie et un lambeau de l'Italie, le dommage, en définitive, serait pour elle.
HOSTILITÉS OUVERTES OU CACHÉES. 22o
Dire ces choses aux hommes du gouvernement ne suffit pas, et serait peut-être inutile. Il faut agir indirectement sur l'opinion publique au moyen de la presse, au moyen des députés les plus influents, etc.
L'utilité principale de votre mission consiste à faire qu'à Paris, où Ton a tant d'autres préoccupations, on pense aussi à nous; qu'on en parle un peu ; qu'on y connaisse les sentiments et les idées, quelle qu'en puisse être la valeur, que dès le principe nous avons exprimés.
Si l'on vous demande quelles sont nos intentions pour l'avenir, répondez : Que le nom de gouvernement provisoire dit clairement qu'à la nation seule appartient le droit de choisir telle forme de gouvernement qui lui paraîtra la plus conforme aux besoins de l'époque. Les hommes qui composent le gouvernement provisoire ont leurs opinions, et ne les abandonneront pas, à moins que leur conscience ne leur en démontre l'erreur; mais la nation, nous le répétons, est libre de disposer d'elle-même.
Si l'on demande d'où vient le peu de succès qu'a eue jusqu'ici la guerre en Vénétie, vous alléguerez les secours trop tardifs, sans trop entrer dans tous les motifs du retard; vous alléguerez aussi le peu de cas que la plupart des chefs militaires font des milices volontaires, unique force pourtant que peut offrir un pays depuis longtemps déshabitué du métier des armes.
Ayez soin d'établir auprès du gouvernement français, comme auprès des envoyés des autres puissances, la légitimité de notre gouvernement; mais sans mendier toutefois des reconnaissances, ni avoir l'air d'excuser le fait. Pour faire respecter son bon droit, il faut montrer qu'on le tient pour incontestable.
Inutile de vous recommander de ne prendre part à aucune réunion, où des hommes, même très-honorables, conspireraient plus ou moins ouvertement contre un souverain quelconque. Conspirez, vous aussi, mais à visage découvert, avec les hommes les plus considérables de l'Allemagne que vous rencontrerez à Paris ; conspirez, dis-je, afin que la véritable Allemagne reconnaisse enfin, que si l'on veut que l'Autriche redevienne allemande, H faut détruire la monarchie autrichiefine [Cospirate voialtri, ma a fronte aperta coi più autorevoli nomini di Germania che rin--
226 DEUXIÈME ÉEK)QUE.
cantrerete a Parigi; cospirate dico^ accià che la vera riconasca che per rifare alenuma V Austria^ bisogna disfart Vamtriaca monorchia).
Le président, Mahin.