ARRIVÉE DE LA FLOTTE NAPOLITAINE
{Extrait de la Gazette officielle de Venise.)
Yerise, 17 mai 1848.
Hier c'était fête à Venise ! fête que même le souTenir du sang qui coule n'aurait pu empêcher.
Le 8 mai dernier, le gouvernement, à peine informé du débarquement à Ancône des troupes envoyées par le roi de Naples pour concourir à la guerre de l'Indépendance, se hâta d'envoyer une commission pour représenter à l'amiral, baron de Cosa, l'urgente nécessité de la présence de la flotte dans nos eaux, afin d'empêcher le blocus dont nous étions menacés.
L'amiral reçut nos envoyés en bon Italien dévoué à la cause; il se mit aussitôt, par le télégraphe de Giulia-Nova, en communication avec Naples et y expédia en même temps un de ses aides de camp, pour recevoir des instructions plus précises.
Le roi accorda sur-le-champ avec magnanimité l'autorisation demandée ; la flotte napolitaine, composée de cinq frégates i vapeur, deux à voiles et un brick, quitta Ancône le 15 mai, et entra dans nos eaux, d'où sa seule apparition suffit pour chasser les Autrichiens, etc. ^.
V Ici soit une touchante description de Taccueil enthousiaste fait par les Vénitiens à la flotte napolitaine, et de leurs sentiments de profonde reoonnaiaeaiioe poor le loi de Naples.
Voici maintenant jusqu'à quel point ces sentiments étaient mérites.
La réponse transmise par le télégraphe à l'amiral de Cosa était eflècUTement d'acquiescer 8ur4e-champ à la demande des Vénitiens ; mais les ImtrucUons lapportées par son aide de camp (dans un pli cacheté à ouvrir seulement à quelques heures de distance d' Ancône) étaient la défense absolue de rien entreprendre qui fût hostile aux Autrichiens. Il Ya sans dire que les VéniUens devaient ignorer cette dernière circonstance.
GOUVERiNEMENT PROVISOIRE DE VENISE.
VirnsB, 30 mai.
• Le gouvernement provisoire de la République de Venise, Considérant que la guerre actuelle pour Tindépendance de ritalie exige de grandes dépenses et que les revenus de l'État sont diminués autant par les difficultés inhérentes aux circonstances, que par l'abolition et la réduction de certains impôts, décrétées pour le soulagement des classes pauvres, Constdérani qu'il est indispensable de pourvoir vite et extraordinairenient aux finances, ce qui ne peut se faire par des emprunts volontaires à l'intérieur, ni par des marchés passés à l'extérieur.
Le conseil entendu, ainsi que la représentation spéciale de chaque province dans sa session respective, décrète :
1* Un emprunt de dix millions délivres portant intérêt à 5 pour 100, est ouvert dans toutes les provinces unies de la République, qui ne sont pas occupées par l'étranger ;
2* Cet emprunt est déclaré national et garanti par la nation comme sa dette. Sur les vingt-neuf mille quatre cent cinquantesix actions delà compagnie du chemin defer deVenise à Milan (devenues propriété nationale par décret du 20 avril dernier n* 3765) deux cent treize sont spécialement affectées à cette destination (sans préjudice de l'engagement pris antérieurement envers ladite compagnie pour trois millions de livres qu'elle a payées au trésor central).
Les articles qui suivent répartissent l'emprunt sur les différentes provinces, et ils indiquent comment il sera imposé à chaque contribuable, la forme des reçus, la délivrance des titres qui les remplaceront et enfin la forme du remboursement qui aura lieu dans les années 1849, 1850, 1851, 1852, 1853 et 1854.
Le président y Maiun.
(LumuTA.
M. CLINTON DAWRINS A M. MANIN.
ViinsE, 20 mai.
C*est avec un regret sincère que j'ai lu dans la Gazette de Venise^ publiée hier soir, gazette qui se dit Foi^ane officiel de la République de Venise, le bulletin de la guerre, daté de Trévise le 18 mai et signé Manaresi, sous-lieutenant, directeur du Bulletin officiel, dans lequel se trouye le passage suivant : Aot teniamo in ostaggio il vecchiomaresciallo Bianchi, e la fig lia del générale Nugent.
J'ai lu ce passage, monsieur, non-seulement avec regret, mais avec un sentiment d'horreur à cause des atrocités commises il y a peu de jours à Trévise sur trois prisonniers, qui ont été cruellement massacres par la populace, sans autre motif, à ce qu'il paraîtrait, que d'avoir servi un prince autrichien, et ce qui est incroyable, cette affaire a été racontée dans une lettre citée par un journal de la Lombardie, comme une punition méritée.
Le sort de ces trois personnes, la manière dont a été considéré le traitement qu'elles out subi, font que je m'empresse de vous apprendre la situation faite au maréchal Bianchi et à la fille du général Nugent, et j'ai Thonneur de vous informer que j'ai reçu du gouvernement de la reine, ma souveraine, une dépêche qui m'ordonne de représenter aux autorités établies à Venise quel tort cela ferait à leur cause et au caractère de leur nation, en agissant cruellement ou avec précipitation envers un sujet autrichien quelconque pris par les Vénitiens pendant l'accomplissement de ses devoirs envers son souverain ; on me recommande en outre de faire remarquer plus fortement encore, que, dans toutes les guerres, on montre le plus grand respect, et on accorde la plus grande protection possible aux femmes et aux entants que des événements font tomber au pouvoir des ennemis de leurs maris^ de leurs pères, de leurs frères ou de leurs fils.
On me charge d'ajouter, monsieur, que le gouvernement de Sa Majesté Britannique ne peut pas croire que, sous ce rapport, ni sous aucun autre, les Vénitiens se montreront moins généreux
que les peuples des autres parties de TEurope n'ont coutume de l'être ; et je ne saurais douter un instant, monsieur , que tous rendrez justice à Tesprit de ces observations, et que vous ne perdrez pas de temps pour donner les ordres nécessaires afin qu'il soit pourvu à la sûreté des personnes que j'ai nommées, ainsi que de toutes ceUes qui pourraient se trouver dans une situation semblable, leur faisant immédiatement quitter un endroit où il y a trop de raison de craindre que leur existence ne soit en danger, et d'empêcher ainsi que Venise n'encoure le reproche d'aToir agi d'une manière indigne d'une nation civilisée.
J'ai, etc.
Signé : Clinton G. Dawuns.