DÉCRET
DE CONVOCATION DE l' ASSEMBLÉE YÈNÈTB.
Venise, 3 juin.
La République vénète, proclamée, dans la ville de Venise le 22 mars et son gouvernement provisoire constitué le 23, ont reçu les adhésions spontanées de toutes les autres provinces du territoire de la Vénétie, excepté Vérone (jui est occupée par Tennemi. Les gouvernements provisoires institués au moment du départ des Autrichiens, dans lesdites provinces, ayant donné leur assentiment au gouvernement central de la République, limitèrent leurs propres attributions et prirent le nom de comités provisoires départementaux.
Le gouvernement provisoire de la République vénète avait fait connaître dès le principe, et de diverses manières, que rien ne serait préjugé sur la question de savoir quel était Tarrangement apolitique le plus conforme aux intérêts de l'Italie, mais que la guerre de l'indépendance finie, et le territoire débarrassé de l'étranger, cette question serait débattue et résolue en assemblée constituante régulière, par les représentants légitimes de la nation, à qui ^et/Ze appartient le pouvoir souverain.
Ces déclarations se trouvèrent conformes à celles que fit le gouvernement provisoire central de la Lombardie, affranchie le même jour 22 mars.
Le gouvernement vénète ne s'en est jamais écarté, il les a même confirmées de nouveau par Facte du 12 mai dernier, dans lequel, se rendant aux vœux des comités départementaux de la Vénétie et à ceux du gouvernement lombard et cédant aux vifs sentiments d'estime et d'affection, cimentés pendant les
longues aDDées d'un commun esclavage, il consentit à ce que toutes les praTinces de l'ancien royaume Lombardo-Vénitien seraient représentées par une assemblée constituante unique; à condition toutefois qu'à cette assemblée seule appartiendrait le droit de décider sur le sort politique de cet État.
Mais le gouvernement lombard, disant que la guerre de l'indé|)endance se prolongeait au delà de ses prévisions, alléguant aussi Timpatience qui se manifestait parmi ses administrés et d'autres motifs encore, qui lui parurent avoir une haute importance, décréta : que pendant la guerre même il serait voté sur la
fusion immédiate du territoire lombard avec le rovaume de
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Sardaigne, et de plus que ce vote aurait lieu, non dans une assemblée, mais en recueillant sur des listes, dressées à cet effet, les signatures des habitants.
Cet exemple fut suivi par les comités provisoires départementaux des provinces de Padoue, Vicence, Trévise et Rovigo, qui de leur seule autorité décrétèrent le vote sur cette même proposition et d'après la même méthode.
Tandis que ceci se passait, les provinces d'Udine et de Belluno avaient été de nouveau envahies par l'ennemi ; celle de Vérone n'avait jamais cessé d'être en son pouvoir, de sorte que, laissant de côté toute question de droit et de convenance, il en résulte ce fait que la province de Venise est menacée de rester pendant plus ou moins longtemps dans l'isolement. Ce fait a une gravité telle, que, tout en déplorant que, dans un moment où le cœur et l'intelligence de tout Italien devraient être tournés vers un seul but: l'indépendance, on doive s'occuper d'arguments politiques, c'est-à-dire réveiUer les partis, créer des discordes, produire de la faiblesse, le gouvernement provisoire ne croit pas néanmoins pouvoir se dispenser de consulter promptement sur ces questions, qui demandent une solution immédiate, les habitants de notre province, menacée d'abandon.
Mais l'intention du gouvernement est que cette volonté se prononce en pleine connaissance de cause, après examen des faits, et après que les motils raisonnes des diverses opinions auront pu se produire, par conséquent dans une assemblée de représentants ; non pas une assemblée constituante qui skitue définitive-
ment sur les lois fondamentales de l'Etat, mais une assemblée élue d'après le mode sommaire que nous impose l'urgence, qui délibère sur les questions du moment, et qui, en remplaçant ou confirmant les membres du gouvernement, lui donne de nouvelles forces et le retrempe dans le vote populaire.
Par ces motifs le gouvernement provisoire de la République de Venise,
Décrète:
Il est convoqué à Venise une assemblée de députés des habitants de cette province qui :
l"* Décidera si la question relative à notre condition politique actuelle doit être résolue immédiatement ou bien après la fin de la guerre ;
^ Décidera, dans le cas où il serait voté pour une résolution immédiate, si notre territoire doit former un Etat séparé ou bien se réunir au Piémont ;
3"* Remplacera ou confirmera les membres du gouvernement provisoire actuel.
Les séances se tiendront dans une des salles du palais ducal et commenceront le 18 juin courant.
Le mode d'élection des députés est déterminé par un décret spécial *.
Le Président, Manin. — Palbocapa.
ZennARI, secrétaire.
^ Des pièces d'an caractère très-^vers peignent l'état des esprits à Venise et U fermentation qu'y suscita la question si inopportunément souleyée de Tannexion. Dès le 2 au matin, un ami de Manin lui écjivit ce billet, que nous trouYons dans ses papiers personnels :
« Voici maintenant le père Torinelli qui, ayant eu vent de TalberUnade qui se « mijote, ne veut plus prêcher pour la souscription nationale 1 II dit que, pour ce « peuple^, République et Patrie c*est tout un ; qull n'a pas envie de risquer sa « peau en leur persuadant de donner pour la République, et qu'après cela ils se « trouvent face à face avec une Majesté royale 1 etc., etc. »
Le décret de convocation, publié dans la journée, fit éclater des manifestations de tout genre. La première est racontée dans une lettre adressée à nn des ministres sardes par l'envoyé piémoutais à Venise. (Ck)pie en fut envoyée par Taateur lui-même à Manin en I8&0.) Nous y joindrons des protestations de la garde civique de Venise, et enfin la déposition caractéristique d'un homme da peuple, à propos d'une démonstration qui eut lieu le dimanche 4 juin, sur la place Saint- Marc.
M. REBIZZO, RNVOYÂ DE SARDAIGlfE AUPRÈS DE LA RÉPDBUQUE VÉNÈTE,
A M. LAURENT PARETO, ministre de l'intérieur a tirin.
Venise, 3 Jutai 1848.
Ce matin on a affiché ici sur les murs un écrit incendiaire, où le gouvernement provisoire lui-même n'était pas ménagé. Hier soir on avait dit que les arsenalotti devaient faire aujourd'hui une démonstration; mais il n'en fut rien. La flotte, comme je te l'ai souvent dit, est pour l'union ; mais aujourd'hui on a commencé de bonne heure, et ce n'est pas encore fini. Le plus grand nombre s'est porté sous les fenêtres, non du gouvernement, mais de Manin, à San-Paternian. Il dînait; au troisième appel de la foule, il est arrivé tout irrité, et a dit d'une voix retentissante :
« De même que j'ai toujours parlé, et toujours résisté coura-' « geusement aux menaces des puissants, de même je parlerai à « vous autres qui venez là me dire que vous êtes le peuple souvea rain ! Mais moi, je ne reconnais nullement pour tel une poignée (c de tapageurs [clamorosi); la souveraineté du peuple réside « dans V assemblée des députés qu'il va élire, et non ailleurs ! « De plus, je vois parmi vous des hommes jeunes, bien confor- « mes, robustes, qui restent là à crier : liberté 1 lorsqu'il y a une « loi d'enrôlement qui les appelle aux armes, unique moyen « de conquérir la liberté et d'en être dignes I »
Après cette rebuffade, tout le monde a baissé la téte^ confus, et le groupe s'est dispersé. D'autres groupes moins nombreux de gens déguenillés se réunirent plus tard sur la place Saint-Marc. Pour qui connaît le populaire, ce sont là des plaisanteries. Néanmoins il s'agit de gens bien armés ; ils ont même pris un gendarme, lui ont arraché ses habits et l'ont malmené. Du reste, dimanche on aura la mesure de ce parti, (|ui ne me semble pas bien redoutable. Je sais que la loi électorale est déjà faite. Manin a passé sa nuit à travailler. Je t'enverrai cotte loi demain.