MANIN AU PÈRE UGO BASSI
VnnsB, 27 mai.
Citoyen y
Vos glorieuses blessures ont excité l'admiration de notre population et augmenteront encore l'autorité de votre parole déjà si puissante. C'est un beau spectacle que de voir des prêtres italiens prêcher de la Yoix et de l'exemple à la fois. Vous avez montré la route aux autres ; vous aurez la joie et la gloire de trouTer des imitateurs non^reux.
Toute demande de votre part «st à mes yeux un ordre auquel je serai heureux d'obéir toutes les fois qu'il me sera possible de le faire. Mais la promotion du brave colonel Bartoluzzi(déjà demandée par le comité départemental de Trévise) est pour le gouvernement vénèteune impossibilité. Çartoluzzi est officier pontifical, et il nous a été notifié officiellement, et cela par une protestation formelle, que nous devons nous abstenir de conférer aucun grade à des officiers ou à des soldats dépendant de ce gouvernement.
Il en est de même des subsides, réclamés pour le deuxième raiment de volontaires ; ce régiment aussi fait partie du contingent pontifical, pour les besoins duquel nous devons nous concerter avec l'intendant de ce corps d'armée.
n ne saurait avoir échappé à votre perspicacité combien sont nombreux les ennemis ouverts ou cachés de notre république; combien ils s'efiforcent de lui susciter des embarras et des di(Bcultes de tout genre ; avec quel plaisir ils verraient naître du désaccord et des conflits entre nous et le gouvernement pontifical, ce que nous devons éviter avec soin.
Conservez-moi votre bienveillance et croyez-moi votre bien afiectueux S
Manin.
^ Les troupes pontificales , bien que soldées par ie gouvernement de Venise, étaient placées sous les ordres de Charles-Albert ; les restrictions apportées à l'ac- Uon de Manin étaient donc naturelles ; mais on comprend les difficultés contre lesqueUes avait à lutter un gouvernement, sans force armée propre, et auquel il était interdit de récompenser même les volontaires accourus à son secours.
M. LEOPARDI , ENVOYÉ du roi db naplbs auphès du roi de sardaigne,
A BfANlN.
BoLOCMB, 31 mai.
Mes espérances ont été en partie déçues ; les chefs de corps protestent avoir reçu directement du roi défense de passer le Pô, à moins de nouveaux ordres de Sa Majesté, et ils veulent attendre ces ordres ; il a fallu céder. Les réponses de Naples doivent arriver dans deux ou trois jours au plus tard. Si, par suite de mes énergiques représentations et de celles du général Pepe (appuyées par les envoyés de la Toscane, du Piémont, du Pape, et à ce qu'on prétend, même par celui d'Angleterre) ces ordres portent de passer le Pû^ tous le passeront avec joie.
Dans le cas contraire, il n'y aura que ceux-là qui préféreront la désobéissance à une infâme trahison, et il y en aura un bon nombre. Il y a, en outre , deux bataillons de volontaires pour lesquels il n'y a pas d'ordre de rappel.
Beaucoup d'officiers et de soldats qui étaient partis de Ferrare, nous reviennent. J'espère ravoir dans deux jours aussi l'artillerie ; et immédiatement on lui fera passer le Pô. Le colonel Lahalle, que les misérables entraînaient avec eux, s'est tué. Honneur à l'homme qui préféra la mort à l'infamie! Le colonel Testa a été frappé d'apoplexie à force d'angoisses. On craint beaucoup que le colonel Sula ne se tue, lui aussi.
0 étemelle infamie des Bourbons ! La colère divine ne peut larder à les exterminer» j'en suis sûr !
Zanetti vous dira le reste de vive voix. Ne faites pas pour le moment un usage public de cette lettre, ni de celles que je vous ai écrites de Ferrare, ou en route. Ce n'est pas à cause de moi, mais pour le bien de la chose.
A vous de cœur et d'âme,
Leopardi.
LES DÉLÉGUÉS DES PROVINCES DE PADOUE, VICENCE, TRÉVISE ET ROYIGO AU GOUVERNEMENT PROVISOIRE DE VENISE.
(nnAiT.)
VnasB» 31 mai 1848.
L*indépendance de Fltalie ne resterait qu'un vœu, si Ton ne réalisait Funion qui seule donne aux nations la force et la dignité. Tout le monde sent le besoin de cette union, et les efforts de tous les Etats de la péninsule tendent vers ce but.
Lorsque vous avez bien voulu adhérer à l'indivisibilité de Venise d'avec la Lombardie (en ce sens que les destinées politiques de l'une seraient communes à l'autre), nous applaudîmes; carcette sage déclaration consacrait le principe que l'assemblée unique ne serait qu'un moyen pour fixer dans l'avenir la forme de notre commune existence politique, conformément à l'intérêt général reconnu par la majorité. Dans le calme de l'opinion publique, le gouvernement de Milan, ainsi que les comités des provinces vénètes, auraient, en effet, laissé, à une assemblée constituante, convoquée après la victoire, le soin de fixer la conditioa politique de l'État lombardo-vénitien.
Mais le puissant secours apporté par le roi Charles-Albert à l'indépendance italienne, la gloire dont s'est couverte l'armée piémontaise excitèrent vivement dans la majeure partie des populations le désir de voir prononcer leur réunion immédiate aux Etats-Sardes. Par ce motif et par d'autres puissantes considérations militaires, financières et politiques, le gouvernement central des provinces lombardes jugea nécessaire de fournir à ses concitoyens un moyen d'exprimer légalement leurs vœux, même avant la réunion de la constituante, ce qu'il fit par son décret du 12 mai.
Les motifs qui ont poussé le gouvernement de Milan à cette détermination existaient à un plus haut degré encore pour les provinces vénètes, plus particulièrement exposées à l'invasion ennemie et moins pourvues de moyens propres à y opposer une
résistance efficace. De là naquit dans les populations de la terre ferme le même mouvement, et (vu le silence du gouvernement central) la nécessité pour les comités départementaux de suivre Teiemple du gouvernement lombard et d'ouvrir à chaque province la même voie légale pour manifester ses vœux sans retard.
L'époque fixée pour la clôture des souscriptions étant expirée le 29 courant, les comités devaient en faire le dépouillement et publier le résultat, qui ne peut être que conforme au vœu géné« rai qui motiva leur ouverture.
Mais les comités sont profondément affligés de la pensée que Touverture du scrutin, conduisant à la réunion immédiate des provinces au Piémont, dût les séparer de Venise, à laquelle les attachent tant de liens d'intérêts communs, de gratitude, d'affection et de glorieux souvenirs !
Animés d'un vif désir d'écarter la douleur et le dommage qui résulteraient pour tous de la dissidence de Venise, les comités de Pàdoue, Vicence, Trévise et Rovigo, représentés par les délégués soussignés, supplient le gouvernement vénète de prendre la situation des provinces en sérieuse considération et de préparer les voies à cette fusion dont nous espérons notre salut et notre gloire. Si, dans votre position particulière, le mode de votation adopté parla Lombard ie et (à son evemple) par les provinces vénètes, devait vous paraître peu convenable pour recueillir les votes aussi promptement que les circonstances l'exigent, veuillez aviser à un autre moyen conduisant au même but.
L'urgence de la question égale son importance. Le gouvernement lombard a chargé une commission de s'occuper des éludes préparatoires qui serviront à fixer le système de gouvernement à suivre pendant la période de transition^ c'est-à-dire depuis le vote actuel jusqu'à la réunion de l'assemblée constituante , et à organiser ce pouvoir transitoire. Par une circulaire du 12 mai, ce même gouvernement a invité également les comités de Padoue, Vicence, Trévise et Rovigo à s'occuper de ces études. En outre, il leur a fait sentir la convenance que quelques Vénètes vinssent débattre, au sein de la commission lombarde, les conditions spéciales de leurs provinces respectives. Les comités se proposent, par conséquent, d'envoyer dans ce but chacun un de
ses membres à Milan, et il serait déplorable qae la ville de Venise seule n'y fût pas représentée ! . . . .
Vu les circonstances qui nous pressent, les délégués soussignés attendront jusqu'au samedi, 3 juin, la résolution du gouvenie^ ment central vénète , et ils espèrent qu'il voudra bien adhérer au VŒU loyal des quatre provinces.
Un plus long délai entraînerait pour eux une trop grave responsabilité, et ils déclarent que le 4 juin les membres choisis par les comités se rendront directement à Milan, etc., etc.
Signés : C. Leoni, Député du Comité départemeutâl de Padoue. TecCHIO, idem, de Vicence.
PezzarOLO, idetn, de Trévtoe.
CeRVESATO, idem. de Rovigo
BIM. ALEARDl ET GAR A fifANIN.
Paris, 2 Juin 1848.
Nous nous sommes présentés chez M. Bastide, qui est un homme intègre et qui nous a reçus avec cordialité.
Comme ses opinions régleront nécessairement la politique extérieure de la France, tant que durera ce ministère, nous croyons utile de vous les faire connaître.
M. Bastide est franchement républicain. Il verrait de trèsmauvais œil la création d'un royaume de la haute Italie, sous la domination de Charles-Albert. U blâme hautement les intrigues de ce roi, et déplore la résolution de la Lombardie. En somme il voudrait voir en Italie le triomphe du principe républicain varié seulement dans son application administrative; il dit s'en être très-franchement expliqué la veille avec l'ambassadeur sarde lui-même. En résumé :
«c Le gouvernement provisoire de la République vénète, peut compter sur les sympathies de M. Bastide, quoique cependant il ait le regret de ne pouvoir pour le moment reconnaître officiel-
lement notre gouvernement, parce qu'il est provisoire^ parce qu'il a déclaré vouloir suivre le sort de la Lombardie, et enfin par d'autres raisons encore, qu'on voudra bien sans doute nous faire connaître un jour ou l'autre ! etc.
A. Albardi, — T. Gar *.
LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE AUX aTOYENS LEONI, TECCHIO, PEZZAROLO, CERVESATO^ DÉLécués des provinces viNÈTEs.
Venise, 2 juin lS48.
Mettant pour le moment de côté toute réflexion sur les faits qui ont précédé et motivé votre lettre, comme sur les circonstances, au milieu desquelles vous nous l'adressez, nous nous bornerons à vous annoncer que nous avons résolu d'interroger la volonté du peuple au moyen d'une assemblée qui sera convoquée pour le 1 8 courant.
Nous écrivons en même temps à M. Calucci, notre représentant auprès du gouvernement lombard, pour qu'il nous repré-
s M. Bastide, converti à la manière de voir de Lamartine, ne pouvait consentir à reconnaître la République vénète , car cela eût rendu impossible toute transaction future avec TAutrlche. Mais le prétexte mis en avant pour motiver son refus est singulier; en l'alléguant, H. Bastide fait valoir le soir, au nom de la Républii|ue française, des arguments qu'il combat le matin au nom de cette même République. En effet, lord Normamby raconte que, dès le 2 mars, il avait répondu à une demande de M. de Lamartine, « qu'il était contraire à tous les précédents « d'une vieille monarchie d'accréditer un amiuissadeur auprès d'un gouvernement
• qui se considère lui-même comme ;>roi*i5oire. • Mais M. Bastide ayant fréquemment insisté, depuis son entrée au ministère, sur la reconnaissance de la Hépubiique flrançaise par l'Angleterre, M. Normamby ajoute [Mémoires, t. Il, p. 10 et 1 1) :
• J*aval8 cru l'avoir convaincu personnellement que |M>ur un gouvernement qui
• sereconiuissait encore comme incomplet, l'expectative était la situation ordinai-
• renient adoptée*, mais il est revenu chex mol le même jour, etc., etc. Il a ■ répété qu'on pourrait adresser les dépêches à la BépubUque française, et U m'a « pressé de nouveau de faire tout mon possible pour éviter one mésintelligence « poor une simple question de forme. • Or, la conversation de M. Normamby avec M. Bastide, eut lieu le 29 mai, celle de M. Bastide avec les envoyés vénitiens le l*' join.
sente, en tant que de besoin, dans les délibérations dont Totre lettre fait mention.
TOMMASBO.
Signé : le Président, Manih.