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pour valides toutes les élections, l'Assemblée se réservant sealement le droit de décider en cas de réclamation.
Le député Bellinato veut qu'on observe en toute chose la légalité, et que, suivant l'usage général, on nomme des commissions de vérifications.
Le député Avesani insiste; il trouve dans l'anxiété du pays un motif suffisant pour s'écarter des prescriptions et des usages ordinaires. (Une vive discussion s'établit entre plusieurs députés à ce sujet.)
Le député Manin, président du gouvernement provisoire, monte à la tribune [applaudissements) et dit :
(c Qu'il avait l'intention de prendre part le moins possible à la discussion ; mais qu'il y est forcé par la tournure qu'elle a prise. Lorsqu'il s'agit de choses aussi importantes, on ne doit rien précipiter; aucun soupçon d'illégalité ne doit peser sur un corps appelé à prononcer sur des questions aussi vitales. Totites les assemblées vérifient leurs pouvoirs ; celle-ci, convoquée par le gouvernement provisoire, doit se conformer aux r^les que ce gouvernement a tracées dans la plénitude de sa souveraineté temporaire. Comme président du gouvernement provisoire, il proteste contre la légalité des décisions de l'Assemblée, si elle n'observe pas toutes les prescriptions légales pour se constituer. »
Nouvelle discussion entre les députés Avesani, Benvenuti et Castelli. Le député Avesani ayant prononcé d'une voix élevée les mots : «c nous voulons^ » cette expression cause une vive émo^ tion. Manin demande l'explication de ce nous impératif.
Le député Tommaseo monte à la tribune [applaudissements) : Cl Le député Avesani, en disant : « nous voulons^ » a sans doute entendu dire : a je veux ; d mais le député Avesani lui-même ne peut vouloir nous pousser à une précipitation qui nous déshonorerait aux yeux de l'Italie et de l'Europe. [Applaudissements,)
Le député Santello parle dans le même sens.
Le député Ferrari-Bravo demande qu'Avesani s'explique an sujet de ces anxiétés et de ces périls où, selon lui, se trouverait le pays, et qui devraient l'induire à prendre ses résolutions avec une précipitation qui n'appartient pas à des hommes
possédant leur raison. Ces prétendus périls, lui ne les voit, ni ne les craint; il repousse toute précipitation, et dit : qu'il ne fout jamais oublier ce qui s'est passé dans cette salle il y a un demisiècle : la précipitation d'alors eut pour conséquence cinquante années de despotisme civil et militaire. Venise ressuscitée et régénérée d(Ht être digne j et non pusillanime^ alors qu'il s'agit de prononcer sur sa destinée. {Applaudissements.)
Les commissions de révision ayant rapporté leur travail au bout de deux heures, toutes les élections, moins une, sont validées ; on nomme immédiatement après le président et les bureaux de TAssemblée , après quoi le député président de la République, Manin, monte a la tribune au milieu d'applaudissements unanimes, et lit le discours suivant :
CiTOTBis Représentants!
« Le 22 mars, la domination autrichienne ayant cessé à Venise, le peuple y proclama la République. Cinquante ans de servitude n'avaient pu lui foire oublier quatorze siècles de glorieuse indépendance ! Le jour suivant, les ministres de la religion ayant béni le drapeau tricolore, symbole de la régénération et de l'unilé italiennes, le pouvoir (qui, dans le premier moment, avait été remis à une commission, et par celle-ci au commandant de la ^rde civique), fut confié à un gouvernement provisoire dont les noembres furent acclamés par le peuple.
« Venise délivrée, les Autrichiens abandonnèrent aussitôt toutes les autres provinces vénètes, soit en capitulant, soit en se retirant, excepté toutefois Vérone, où vinrent se concentrer les troupes ennemies, après avoir évacué la Lombardie affranchie le même jour que nous, grftce à l'immortelle victoire des Milanais.
« Les provinces vénètes, se rappelant les liens naturels, impé* rissables qui les attachent à Venise, et courageusement unanimes dans l'œuvre de leur commune délivrance, envoyèrent spontanément leur adhésion au gouvernement provisoire qui, de son côté, se hâta de proclamer dans son premier acte : Que le nom de République vénitienne ne pouvait désormais impliquer aucune idée d'ambition municipale ; que les provinces qui voudraient y adhérer formeraient avec Venise une seule fomille sans aucune
différence de droits ni de devoirs; que toutes seraient appdé à fixer d'accord la future loi constitutive, quelle qu'elle pût être. a Cependant TAutriche en se retirant de nos contrées, nes'élait point résignée à les perdre ; elle se préparait au contraire à une guerre à outrance pour lés reconquérir. En même temps l'esprit de nationalité s'était réveillé dans toute l'Italie ; les populations prirent les armes pour l'indépendance de leur commune patrie; un prince généreux entouré de ses enfants, à la tête d'une armée vaillante et avide de combats, avait passé le Tessin, et s'élançait dans les plaines de la Lombardie, jurant de ne pas remettre l'épée dans le fourreau tant qu'un seul étranger resterait en deçà des Alpes. Les hostilités ne tardèrent pas à commencer.
ft Nous ne ferons pas ici, Citoyens Représentants, l'histoire de la guerre qui a eu lieu et qui se continue sur le sol lombard ; nous nous bornerons à vous rappeler l'état actuel des choses dans les provinces vénètes. Là, des corps francs, des croisés, accourus de toutes les villes, de toutes les diverses parties de la Vénétie, formèrent longtemps l'unique force qu'on pût mettre sur pied pour la défense du pays. Les hauteurs de Sorio, les plaines de Visco, les pas de Comelico, attestent avec quelle intrépidité les Vénitiens ont versé leur sang dès le commencement de cette guerre sainte !
« Cependant nous ne pouvions espérer de résister seuls à une armée régulière, forte comme celle de Tennemi : c'est pourquoi, dès les premiers jours d'avril, le gouvernement avait sollicité instamment des secours , particulièrement celui d'un corps d'armée romain qui se trouvait en voie d'organisation au delà du Pô. Malheureusement, les Autrichiens s'avaiiçant rapidement de risonzo, Udine dut céder le 22 avril; l'ennemi, enhardi par ce succès, n'étant arrêté ni au Tagliamento, ni à la Livenza, Tint se concentrer sur laPiave,et, dans les premiers jours de mai, Bellune capitula.
« Enfin des secours nous arrivèrent sur ces entrefaites, et il y eut une sanglante rencontre à Comuda^ où les volontaires romains firent des prodiges de valeur ; mais les renforts demandés leur ayant manqué, ils durent quitter le champ de bataille après onze heures d'un combat acharné, et abandonner la ligne de la
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Pîaye. Les Autrichiens se jetèrent alors sur Tré\ise, mais ils furent repoussés ; le courage des habitants de cette ville sera à jamais mémorable, comme le sera la valeur des troupes italiennes qui Font défendue. A Vicence aussi^ pendant quatre jours consécutifs (du 20 au 24 mai), les troupes italiennes se sont couvertes de gloire, et cette magnanime ville a mérité la solennelle déclaration d*avoir bien mérité de la commune patrie italienne.
« A mesure, toutefois, que ces luttes périlleuses avaient lieu, le désir de resserrer davantage encore nos liens fraternels avec la Lombardie devint plus vif dans les provinces vénètes ; les comités départementaux résolurent en conséquence de vouloir suivre complètement la destinée politique de la Lombardie.
« I^ gouvernement central de la République vénète adhéra volontiers au vœu des comités départementaux et à celui du gou- Ternement central de Milan, et consentit à ce que, le moment arrivé, toutes les provinces de l'ancien royaume lombardo-vénitien fussent représentées par une seule assemblée constituante qui déciderait souverainement sur les destinées politiques de tout rÉtat.
« Cette déclaration laissait toutefois subsister dans toute sa ▼aleur la déclaration précédente, proclamée et répétée, dès les premiers jours de son avènement, par le Gouvernement lombard, proclamée et répétée également par le Gouvernement vénète (notamment le 22 avril, d'accord avec la consulte des provinces) ; à savoir : que la question politique ne serait résolue que lorsque t Italie serait entièrement délivrée de l'étranger.
« Mais le gouvernement de la Lombardie, mu par des cons&idérations graves et de puissants motifs, décréta qu*on eut à voter pendant la guerre même sur la fusion immédiate des provinces lombardes avec le royaume de Sardaigne, et de plus, que ce vote eût lieu, non dans une assemblée de représentants^ mais en recueillant les signatures du peuple par des registres ad hoc. Cet exemple fut suivi par les comités départementaux de Padoue, de Vicence, de Trévise et de Rovigo, et les votations s*y effectuèrent d'après le même système.
« Les provinces de Vérone, d'Udine et de Bellune étant, dans
rintervalle , retombées au pouvoir de rAutriche, la ville de Venise se trouvait dès lors menacée d^isolement.
<c C'est le motif qui imposa au Gouvernement Fimpérieiise nécessité de réunir cette assemblée, malgré les'considératimis exposées dans le décret de convocation, daté du 3 juin. Noos avons été, toutefois, obligés de suspendre temporairement et de différer cette réunion, fixée d'abord au 18 juin, par suite des événements de la guerre, devenue plus meurtrière et plus étendue.
a Une partie formidable de l'armée autrichienne, quittant subitement ses positions du Mincio et de l' Adige/ s'était jetée en effet sur Vicence, tendis que son armée de réserve des bords de la Piave s'avançait sous Trévise. La généreuse Vicenee dut succomber sous ce choc terrible, après une lutte héroïque qui équivaut à une victoire ; nous vîmes également succomber Trévise, que ne put sauver le courage opiniâtre de nos troupes.
a Une plus grande effusion du sang italien étent devenue dès lors tout à fait inutile, Padoue fut occupée par les Autrichiens sans coup férir ^ ; peu de jours après ils occupèrent Rovigo.
ce Les troupes disséminées furent alors toutes concentrées dans Venise ; une partie fut destinée à prot^r plus efficacement la vaste enceinte de nos fortifications ; une autre partie est tenue en réserve, prête à faire des sorties offensives, ou bien à accourir comme renfort sur les points qui seraient attaqués par des forces supérieures. Bien défendue, Venise est inexpugnable, et nous devons être tranquilles, car ce sont nos enlants, ce sont nos frères qui la défendent et lui font un rempart de leurs corps ! Du côté de la mer, la flotte du vaillant roi de Sardaigne et notre marine nous assurent notre indépendance et les approvision* nements de toute espèce ; j'ajouterai même que nos vaisseaux se tenant dans l'attitude de la menace sur une rade, où l'on méditeit notre ruine, nous avons de ce côté des motifs de nous réjouir plutôt que de craindre.
« La sûreté extérieure de notre ville étent ainsi rétablie et assurée, et le besoin de pourvoir à la condition politique devenu plus urgent, nous avons cru ne pouvoir ni ne devoir
1 L'ordre d'évacuer Padoae fat envoyé par le Gouvernement.
retarder dayantage la manifestation de votre libre vote. C'est pourquoi, citoyens représentants^ nous vous avons convoqués à cette réunion solennelle.
« Pour vous mettre a même de prononcer en pleine connaissance de cause sur les graves questions qui vous sont soumises, le gouvernement exposera, avant qu'on passe aux discussions spéciales, la situation générale du pays sous le rapport politique, militaire et économique. Néanmoins , en ce qui concerne les choses mUitaires et économiques, cet exposé sera fait avec la réserve nécessaire dans les conditions actuelles du pays.
« Une troisième mission que vous aurez à remplir, sera de désigner les membres du nouveau gouvernement provisoire, tous les membres du gouvernement actuel remettant entre vos mains le dépôt sacré du pouvoir, qui leur a été confié dans le premier enthousiasme de notre délivrance.
« Pesez mûrement vos délibérations ; faites en sorte qu'elles accroissent la force et la sécurité de Venise ; qu elles lui assignent le rang honorable qui lui est dû dans l'Italie devenue indépendante et une; la patrie vous demande, citoyens représentants, un acte de sagesse civique ; que l'inspiration vous vienne de ces murs sacrés ! »
La fin de ce discours, prononcé avec une dignité calme, provoque de vifs applaudissements. Sur la demande d'un représentant, il est donné lecture des trois points sur lesquek l'assemblée est appelée à se prononcer. Elle doit :
Decider si la question de la future condition politique du pays doit être discutée dès à présent, ou seulement à la fin de la guerre.
Décider j dans le cas d'une discussion immédiate , si Venise doit rester un Etat indépendant ou bien s'unir au Piémont.
Remplacer ou confirmer les membres actuels du gouvernement provisoire.
La séance est levée à trois heures.
LE CONSUL GÉNÉRAL DAWKINS A LORD PALMERSTON
VEmsKt 3 JniUety aa aoir.
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L'assemblée des représentants élus pour prononcer sur les destinées politiques de cette ville, c'est-à-dire pour décider si on se réunira au Piémont, ou si on continuera à vivre en république, a tenu aujourd'hui sa première séance, mais n'a fait que nommer son bureau. On croit généralement que la décision sera favorable au Piémont ; mais si le parti républicain est moins nombreux, comme il est très-violent, il pourra intimider l'autre.
D'un autre côté, toutes les provinces de la terre terme sont retombées au pouvoir des Autrichiens, et le peuple commence à se demander : a quel avantage résultera de l'union avec le Piémont, puisque le roi Charles-Albert ne peut venir à son secours? «»
J'ai l'honneur, etc.
Clinton Dawkois.