LES CARDINAUX DE FRANCE
CLÉMENT XIII, PAPE
A nos vénérables frères Us cardinaux de Bbrnis, de Rouan', DE Choisëul, de Rochechouart, cardinaux de la Sainfe
Eglise Romaine,
JN 0118 ne doutons pas qiie vous n'ayez été sensiblemceni affligés de ce qu'ont fait certains parlements de. France pour détruire et anéantir la compagnie de Jétuii;.et par ti- Guliërementi de ce qu'ils ont déclaré irréligieux et, injlipie un institut approuvé coipme pieux par l'Eglise catholique, et indignes d'être offerts à Dieu les vœux par lesquels les clei'cs réguliers de cette compagnie se consacrent à lui. Ne pouvant, plus long-temps, supporter une insulte aussi atroce faite à l'Eglise catholique, nous avons, le 3 de ce mois, dans un consistoire secret, par un décret solennel, en présence de nos Vjénérables frères les cardinaux de la sainte Eglise romaine, cassé tous ees arrêts, ou plutôt nous les avons déclarés vains ^ sans force , nuls et de nul effet. Et certes, il n'est point de ménagement, qui nous ait paru propre a sauver l'Eglise d'un si rude
coup, que nous n'ayons employé. Pleins de confiance au Dieu qui fail justice à qpux qui soqfireiit l'injustice, nous avons attendu dans la Couleur, et patienté dans Thumilitéy pour voir si ces hommes qui se sont élevés avec tant de dureté contre le jugement de TEglise sur l'institut de la Compagnie de Jésus, ne se laisseroient point fléchir par notre douceur et noire démence. Mais ayant été trompés dans notre attente, il nous a fallu venger l'Eglise accusée d'aiVoir, en quelque façoi^, nourri dans son sein, pendant Fespace de deux siècles, le plus grand désordre, et d'avoir regardé comme pieux un institut que ces parlements ont trouvé irréligieux et impie. Nous avons cru, N. T. C. F., devoir vous instruire de ce que nous avons fait à cet égard , et pour les droits que vous avez à une' liaison partiei:dière avec nous , à raison du cardinalat dont vous êtes décorés , et afin que , fortifiés par notre, exemple , vous vous opposiez, dans une cause qui est celle de la religion, avec une force vraiment épis- -copale, aux efforts de l'impiété contre l'Eglise. Enfin, pour gage de l'heureux succès que nous souhaitons qu'ait pour la, défense de l'Eglise, la sublime puissance: que vous tenet de Dieu, non^ votis dtmnon^bién âffeceucfosemfent notice bénédicticM apostolique.
Domtlé à Rome, à Sainte-Marie-^Màjeure, sous l'anneau dU{ Péëheur, fe 5 septembre 1765, et de iifétre pontifient le quatrième.
De Notre Très Saint-Père ek J.-C. CLÉMENT, PAR LA Providence Divine, Pape, XI1I>^ de Ce nom, PAR laquelle l'Institut de la Compagnie dk Jésus est approuvé de nouveau.
CLEMENT, EvÉQUE; serviteur des serviteurs pe Dieu»
POUR perpétuelle uemoiius.
JssustQirist Notre Seigneur, ayant chargé le bienheureux apôtre Saint-Pierre^etlePontife romain, son succès seur, de robligation depaitre son troupeau, obligation qu'aucune circonstance de temps et de lien, auqune considiération humaine, rien en unmotnedoitbomerf il est du devoir de celui qui est assis sivr la chaire dci Saint-Pierre, de donner son attention à toutes les fonctions différentes, de la charge que J^-C. lui à Qon* fié^,^ ssAS en omettre ou négliger aucune, et d't^tendre^ sa vigilance à tpus les besoins de l'église. Une dje^ppin" cipales fonctions de cette charge est de prendre sous «a. protection les ordres religieux approuvés par le Saint-» Siège } de donner une nouvelle activité au zèle de ceux qi|i , s!étant dévoués par un sermeiat solennel à la pror feasion religieuse , travf^illent avec un courage soutenu par la piété, à défendre la religion catholique, à| l'étendre, à cultiver le champ du Seigneur; d'iinpirer de Tardeur et de donner d^ forces à ceux qui , parmi eui^, seroient languissants et foibles; de consoler ceux que Vaffliction pourroit abattre, et suartout d'écarter de Véglise confiée à sa vigilance, tous les scandales qui ,
chaque jour, naissent en son sein et dont l'effet est la
perte des âmes.
L'institut de la Compagnie de Jésus, qui a pour auteur un homme auquel l'église universelle a déféré le culte et l'honneur qu'elle rend aux saints ; que plusieurs de nos prédécesseurs d'heureuse mémoire, Paul lU, Jules III, Paul IV, Grégoire XIII, Grégoire XIV, et Paul V, ont approuvé et confirmé plus d'u^e fois après ravoir soigneusement examiné ; qui a reçu d'eux et de plusieurs autres de nos prédécesseurs, au nombre de dixneuf, des faveurs et des grâces particulières ; que les évéques non-seulement de nos jours, mais des siècles précédents, ont loué hautement comme étant très avantageux, très utile et très propre a accroître le culte, rhonneur et la gloire de Dieu et à procurer le salut des aines; que les Bois les plus puissants comme les plus pieux et les princes les plus distingués dans la république chrétienne, ont toujours pris sous leur protection; dont les régies ont formé neuf hommes mis ati rang des saints ou des bienheureux, parmi lesquels trois ont reçu la courrone du martyre ; qui a été honoré dès éloges de plusieurs personnages célèbres par leur sainteté, que nous savons jouir dans le ciel de la gloire éternelle; que l'église universelle a nourri avec affection dans son sein depuis deux siècles, confiant C6nstamment k ceux qui le professent , les principales fonctions du saint ministère qu'ils ont toujours remplies au grand avantage des fidèles ; et qui enfin a été déclaré pieux par l'église universelle assemblée à Trente ;' ce même institut , il s'est trouvé récemment dés' hommes qui après Tavoir défiguré par des interprétations fausses et malignes^ n'ont pas craint de le qualifier d'irréligieux et d'impie, tant, dans les coilversàtibhs particulières , que dans des écrits imprimés répandus dans le public, de le déchirer 'par les imputations les plus injurieuses, de le couvrir d'opprobre et d'igna
ininie^ et en sont venus au point que non.cqntent^ tle rîdëe particulière quHls s'en, sont faite à eux mêmes, ik ont entrepris, par toute sorte d'artifices, de faire circuler le poison de contrée en contrée, de le répandre, de toute part, et pe cessent encore aujourd'hui de faire usage de toutes les ruses imaginables pour faire goûter leurs discours empoisonnés à ceux des fidèles qui ne seroient point assez sur leurs gardes f insultant ainsi,de la manière la plus outrageante, l'église de Dieu, qu'ils accusent ^équivalablement de s'être trompée, jusqu'à juger et déclarer solennellement pieux et agréable à Dieu, ce qui en soi étoit irréligieux et impie, et d'être ainsi tombée dans une erreur d'autant plus criminelle, qu'elle auroit souffert pendant plus losgr temps, durant l'espace même de plus de deux cents ans, qu'au très-grand ' préjudice des âmes , son sein restât souillé d'une tache aussi flétrissante. A un mal si grand» qui jette des racines d'autant plus profondes et acquiert chaque jour des forces d'autant plus grandes , qu'il a été dissimulé plus longtemps, différer encore d'apporter remède , ce seroit nous refuser, et à la justice qui nous ordonne d'assurer a chacun ses droits et de les soutenir arec vigueur , et aux mouvements de la sollicitude pastorale que nous avons pour le bien de l'église.
Pour repousser donc l'injure atroce faite, tout à-lafois, à l'église que Dieu lui-même a commise à nos. soins, et ai^ Saint-Siège sur lequel nous sommes assis; pour arrêter par notre autorité apostolique le progrès de tant de discours impies contraires à toute raison comme à toute équité, qui, se répandant de tout c6té, portent^ avec eux, la séduction et le danger prochain de la perte des âmes ; pour apurer l'état des clercs réguliers de la Compagnie de Jésus qui nous dema^ndent cette justice, et pour lui donner une consistance plus ferme par le poids'de notre autorité ; pour apporter quelque spuli^
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gemént à leors peines dans le ^ând désastre qai leê afBige ; enfin pour dëfërer aux justes Vœux de nos TeDérat^s frères^ le» ëvéques de toutes les partk» du mdnde c&tholi<pie, qui, dans les lettres qu^ils àous ont «dresséesy font les plus grands éloges de cette Compagnie^ dont ils nous assurent quUls tirent de très gra^nds services^ chacun dans leurs diocèse , de notre propre mouvement et certaine science, usant de la plénitude de la puissance apostolique / marchant sur les traces de tous nos prédécesseurs, par notre présente Constitutidn qui doifc Taloir k perpétuité ^ disons et déclarons, dans la même
forme et de la même manière qu'ils ont dit et déclaré; que rinstitut de la Compagnie de Jésus respire au plus h^m point te piété jet la sainteté, soit dana la an principale qu'il a eomîniiéUement en vue, et qui n'est autre ^«e la défense et la propagation de la religion càtho- Û'que, »b\i dalns les moyens qu'il emploie pour parvenir a Cette fin. C'est ce que TeiCpériei^ce nous a appris jusqu'à présent ; c'est oette expérience qui nous a appris doi^bi^ii le régime de celle Compagnie a formé jusqu'à nos^ jours de défenseurs de la foi orthodo&e et de zélés mis^ siormaires qui , animés d'un courage invincible, se sont euposés a mille dangert^, sur terre et sur met, pour porter Vk lumière de la doctrine évàngélaquê à des nations ^éroccs et barbares : nous voyons que tous ceux qui professent ce louable institut^ sont occupés à des fouettions sffîntes t les^ uns à former la jeunesse à la f ertu et aux seifeii£e&; les autres à donner les eitereftcés spiritiiéls^ il0« partie à, admin^atrer avec assiduité les sà^ementis sènout de 1^ pémteAcé et de i'éuéharis^le , et k pressa dMS leurs «Msconrs lés fidèles d'en favré ui^ irsage fi'éqHMit u1>e du«rié pÈtrtié à poi'téf la pàrote dt l' évangile araiclvabitanis dekf campâgne.Cest pourquoi, àrexémpte de ûoS' prédécéS^urs, nous approuvons ce mé^e institut que là providetiee divine a suscité pour opérer dé si grandes choBcs, et nous éotArmôMy par nôtre atitoi^ité.
apostolîqifCylfis approbatîoiis qu'ils lui ont données) nans déclarons que les vœux par lesquels les clercs réguliers de la CoHxpagnie 4e Jésus .se consacrent k Dieti selon ledit mstitut, sont purs et agréables à ses yeux; inom approuvons tt Iquods particulièrement toipmè très pro^ près à reformer les uioeurs^ à insff rer et fortifier la piété, lès.exerciocâ spûritnek que les ihémes. cbrbs rétguliers de la Compagnie de Jésiis donnent afix. fidèle^ qui, éloignés du tumulte du .monde» p.issent quelques jours y dans la relr^ilé, si s'èccuper sérienseteent et uniquement de leur i^alut étetnel.De plttSy nous flipproavons> les congr^atioBs ou aodalifcés. érigées isous.y inyoDattiNt de la bienheureuse Marie, ou sous tout autre titre, npn seulemeint/o^Ufi^ qui .spnt foroiyée^ des jea^es gens qui fréquentent les écoles de la Compagnie de Jésus , mais aussi toutes les autres, soit qi^'^lles le soient seule* ment des pmtres fi()è^es de J.-|C. , soit qu'elles réunissent les uns et les autres ; et nous ne donnons pas moins notre approbation à tous les pieux exercices qui s'y pratiquent avec ferveur ; et nous recommandons extrêmement la dévotion toute particulière qu'on s'attache a cultiver et à augmenter, dans ces sodalités, envers la bienheureusemèredeDieUyMarie) toujo.ur^ vierge&Nous confirmons^ par notre autorité apostpUqaie^ les bulles par lesquelles nos prédécesseurs d'heureuse mémoire , ^Grégoire XIII, Sixte V, Grégoire XV et Benoît XIV ont approuvé lesdites soda^tés; de même, par notre présentcConstitution^nousappuyons de toute Tautorité que Dieu nous a donnée, et de la force de notre coniEirmation apostolique, toutes les autres Constitutions faites par les pontifes romains nos prédéceçseursi , . pour approuver et louer les fonctions du même institut de la Compagnie de Jésus, chacune desquelles Constitutions nous voulons qu'on regarde comme insérée dans celle-ci , voulant et ordonnant, si besoin est, qu'elles soient
censées faites de nouveau et mises au jour par riotn* même.
< Qu'il ne soit donc permis à personne de donner atteinte à notre présente Constitution a^^robatiye et confirma tive, ni d'Âtre assez téméraire pour oser y cod-' trerenir: que si quelqu'un avoit la présomption d'enfreindre cette défense, qu'il sache qu'il encourra Tindigniaition de Dieu tout-puissant, et des bienheureux apâtrés Saint-Pierre et Saint^Paul.
'. Donné à Rome, à Sainte-MarierMàjeure, l'an de l'incarnation de Notre-Seigneur 1764(1), te septième des ides de janvier, la septième année de notre pontificat.