FAITES CONTRE LES JESUITES
J'entends faire, tous les jours, contre les Jésuites les plus graves accusations : la méchanceté les forme saps les croire; la malignité les croit sîins les examiner; Ter quité les suspecte pu les condamne, sans savoir les dé-, truire. Je vais confondre la première , instruire la seconde, fournir des armes à la troisième, répondre à chacune des accusations par autant de raisons que de mots, avec autant de précision que d'évidence.
PREMIER CHEF d'aCCUSATION.
L'arbomioablp doctrine du tyrannicide, qn'<Ai veut' faire *p9sser ^oiir'
la doctrine des Jésuites. • < • -j , '
Je réponds : 1^ que la naissance de cette doctrine a précédé, de deux siècles entiers, la naissance des Jésuites;
2® Que , de Taveu de toute la France, cette doctrine n'est point aujourd'hui celle des Jésuites, puisqu'on défie qoïque cè^soit de twmver aujourd'hui en France un seul homtne qui puisse assurer la leur avoir entendu prêcher, enseigner, sontenir, de tivë'VDix et par écrit;
s RÉPOI^ AUX 4CPÏJS4TIONS
3« Que les auteuis jësoites , qai aasont égarés autrefois y^ ne se sont égarés qu'à la suite de plusieurs autres écrivains religieux / ecclésiastiques , séculiers , etc. 9
\^ Qu^ le nombre de^ auteurs jésuites , qui ont soutenu cette erreur, n'est rien en comparaison de celui de ces auteurs religieux, ecclésiastiques, séculiers qui l'ont soutenue, et avant et avec les Jésuites ;
&^ Que , depuis plus d'un siècle , les Jésuites n'ont eu aucun écrivais souillé 4^ cette tache « et qu'il est des corps religieux qui en ont eu de nos jours même ;
6<^ Que , parmi ces écrivains dangereux , les Jésuites ne comptent point de François; et que les autres sociétés, soit religieuses , soit ecclésiastiques , en comptent quelques uns qui malheureusement l'étoient ;
7<* Que I^es Jésuites françois oi^t désavoué leurs con* frères étrangers coupables de cette fauté ^ et plus hauteiq^lit et plus souvent que les autres corps religieux n'ont^ d4$av6ué, et leurs confrères étrangers, et leurs conjfrères nationaux, coupables de la n^éme favite ;
8<> Que si les autres corps religieux ont eu bien des aiiteurs qui, dan^ ces derniers temps, ont enseigné le contraire de cette affreuse doctrine , les Jésuites en ont eu bien plus encore ;
9^ Que, pour les Jésuites, autant que pour ces corps religieux, autant que pour les autres corps ecclésiastiqii/e^ eit séiçajiçtrs,,, le (présent doit effacer le passé, les nationaux faire oublier les étrangers, l'innocence de tous expier le crime d'un seul.
Je répon^^ ; !• que cç^.p^ivilége)i|,lem;sqi»|;cçminia^ . avec la plus grande partie des sociétés religieuses ;
i:ô¥«*mfe LÉS jÉsuitEs. *
S« Q«ië fillUàièérè de deà iociivèÈ mi^du^^û 6àt oMehù dé piîtî cficèsiifii encore;
S"" Que les Jésuites dht reïiôbeë àttt lèbik dé^Hh làfKkg'tem^ y et pluiiieurs toh ;
4* Que, depuis qu'ils y ont irénc3(lxcé^ ifiéM iiibiii (it(k<'ilk li^ kient rëtelâhiës dii^éctement du indirectement ;
5<» Que y s'ih ne Ifes ont jaitiài^ réclames jusqu'lcT/ ils les réclalhëht bibins etacorè maiti tenant ^ et que s^ib y ont t*ehoncé autrefois, ils sont pï-éts à y renoiièér ènédrë, tdiiies ièh fois qu'oh VôUdrà , qubilque rien M soit in'oins nécessaire \
6^ Que les Jésùitëi ont tbnu, eîisèigiyé, tië^néttt; ëtfsei]^éht , tiéhdk^bnt, cfn^ergheront, eh tbtit temjx^; ^ùe , cofnhie àitëilh pltif itégé du txA ne jpëtà di^en^éir dé Vbbé&^hcb diie àhk Ibis de là réli^idii , dlei in^iùè àttciin ^thnïé^ èÛ pàp^ né pëtil dispeiofser dé YVbéhsâiibè due âujc Ibi^ de 1 Giat.
TROISièME CHEF d'aCCUSATION .
Lè^^ëlehâii^d^poUèttie de lètii général.
Je réponds : \^ que le général est électif , et qu'ainsi le pouvoir qu*il exerce n^est que le pouvoir quW lui confie ;
z» Qiië son empiré n'est connu que de ceux sur qui il f exercé; que ceux sur qbi il Péxèrce, l^approuvent elle chérissent ; ijiie par & m^me iïs le justifient ;
3' Que le général n'a d'auterité que par la loi et que pour la loi ; et Qu'ainsi sa volonté particulière ne peut rieh que selon la volonté générale, exprimée par la loi et portée pour la loi ;
4® Que la congrégation générale est au-dessus du géiiéràl ; qu'elle peut s'assembler malgré lui , statuei: inéine Contre lui , et qu'ainsi Tautôrité du général n'est
10 RÉPON/SE AUX ACCIJSATJONS
^fiSjh.^sfivXe^f qUf pour miçux dire, qu'il n'y en a qti'une, celle de la compagnie représentée tantôt par .le généra),^ t^ntô,]; jpax; }a congrég3Xion gériéralc ;
ô^' Que les papes sont , quant au spirituel , . et les §0U,sfeirj^ii)SL| quant au temporel, les supérieurs nés du général conune de la compagnie que le général représ€p[){;e ;..€^t. qu'ainsi, loin d'être despote, le général n'est fsç& même maître, n'étant précisément que chef;
6° Qu'il.en est des différents corps ainsi que des dif* férents gouvernements; que Tamour plus ou moins grand qu'on a pour sa patrie, ou pour son corps,. dépend de la liberté plus ou moins grande dont on y jouit^ que c'est une vérité incontestable , reconnue de taus les: philosophes et de tous les législateurs , qu'on est d'autant moins attaché k un État, m^^^^ ^^^ plus despotique ; que les Jésuites passent pour être, et sont en effet les religieux les plus attachés à leur état f que> par conséquent, leur état doit passer pour être, et est en effet le moins despotique de tous les états religieux.
QUATRiètfE CHEF d'aCCUSATION.
L'obéissance aveugle recommandée aux Jésuites par leurs Constitutions,
Je réponds : l^' que l'obéissance aveugle^ prise sans restriction^ ne peut être observée ni commandée que par des imbéciles, et que jusqu'ici on n'a jamais accusé les Jésuites, ou leur fondateur, de l'être ou de l'avoir été ;
20 Que les restrictions les moins équivoques et les plus précises suivent partout, dans les Constitutions, le mot d'obéissance aveugle.
S^ Que cette obéissance , ainsi restreinte , ne s'étend que sur la conduite spirituelle, et que sur la perfection religieuse du Jésuite comme Jésuite, sans passer jusqu'à
la caDlidûlfe crHle, et jmqtf*à la ]^érfèctiiôiï itiçtiâ^^^ Jésuiie comme homme et cîioyen ; -^ '•/ -
40 Qtie , sans cette obéissance ainsi' restreinte,' les supérieurs, de quelque ordre religieux que ce soie, n'auroient plufl* de sulèls et ù'aurofènt que dès rebelles'; *' ^' ' '* S<>*Qué c'test robserratibn de cette obéissance, pliià exacte d|$pàremment ciller les Jésuites que chez les âîitrès ordres religieux, qui a prévenu chez les premiers toutes ces cabales, toutes ces dissentions, dont quelques nus de^ seconds n'ont que trop souvent fait retentiîr les tribunaux ecclésiastiques et séculiers ;
6* Que tous les fondateurs d'ordre, plusieurs saints Pères, une infinité d'écrivains ascétiques, pnt recommandé l'obéissance , toujours avec autant de z^èle que saint Ignace', quelquefois avec moins de restriction ;
7** Que jamais l'obéissance des Jésuites n'a été marquée par des crimes, ni 'par des excès qui puissent la faire trouver aveugle, dans le sens que lui donnent lêi ennemis des Jésuites ; ique cependant il est chimérique de présumer qu'elle ait pu Tétre si long-temps , sans enfanter jamais aucun de ces crimes , ni aucun de ces excès; qu'il faut être bien aveugle pour croire qu'un véritable aveugle marche long-temps sfans faire souvent de faux pas, ou 'qu^un homme qui jpeut le conduire à tout,' jusqu'au crime , jusq^u'à l'excèç , ne le conduise jamais liî à l'un ni à l'autre ;
C(N42Uri:ME CHBV D'ACCUSATIOtT.
Les Jésuites ne fbnt leurs derniers yœux qu'à trente-trois ans: et avant les derniers tobux, ils peuvent toujours rentrer chins te monde bV dans leurs biens : on prétend que e'est un mal pour le^» familles.- . •
Je réponds : 1*^ que , quand même ce seroit* un* mat pour qùelqi;^. famille , a qui; cette liberté peât quelque-
I? REBOISE kV% ACCIitAîlïONS
l'Etat , à qui elle été $opvçfi|t w rejj^gifux pWv 4mm oj^ pey .^tUçj, ^l|J^;'Qfe5Aç^r jpeii .h«t»ij|.e 0|i p^u ^pçiliqpié ;
2^ Que l.ç viirita^)Jle bie:p d'.upe fo^iUç fpwi^^ i^ m rendre ^9,Vis^e^.pi,çpahre^ Jl^ç^vr^Uîf; et qu'i^Uifipl«c^^(^ |>a5 un .ipal qu'un &*èiie lût moin» dp ^imh«i^F,y ciji ce moins de^onheur ,dQit fwe pf^ia^ sio^.ftrèi:^ m>i^ :llç malheur;
3<» Qvi',Un>$,t:p99 essentiel po^r Iç bq9il»e¥ur,di}.pp^ *mier 4e s'assurer tout-à-coup 1^ pcKSçe9sio9 çniti^ç j^ l'héritage; et qu'il est e$$?n(i,el pojir le )>.wheui: ^ sç*çpnd^ de ne se fixer dsu^s spi^ étf^p ,f u'^prèç JL'aypir bien connu ejt s'être bien connu lui^^p^év^e;
4» f^ue la J>|iyf art dç cejax qui i^an4QOf|pi|t 1^ ^^ ciéiéy loin d'être le fardeau de leur famille^ ps^^riAiiT nent ,souy,ent la re^ource ; et qu,^ s'ils oe rapporJtjent p^s^du milieu des Jésuite^ des richesse;» qu'ils n'y Ayoip.Pt pa^ fipportées, ils en rappprtenjt .dc^ v^rt4l^» des ^lesfit^, 4,9?^ % ^y avpient àppprté qyiç le ^^^mçi pi l^4i^ positions; -,
5^ QuVn attendant que le Jésuke ait fait,3e9 dbrqi|Q|^ vœux^ la famille jouit du ^ien qu'il lui l^Âssq; ie| qu'fiixisii outre l'espérance très fpndée d'eq pbte.i|iir u;^ jopr^l^ possession durable ^ on ^ fiéjà l'ay^x^ftag^ ^pç gra;^4 4V^ avoir obtenu la possession passagèr.e ;
6^ Qu'il est en France des sociétés dont le^ ipei^bvef( joignent au pouvoir de rentrer dans leurs biens qu'ont les Jésuites, le pouvoir d'en jouir, de les donner même , que les i/ésnites ii'oiit point ;
7® Que celui qui prête un bien doit avoir le droit de I.e rçpreijidre au ]bemps fixé , sans que perjsonne M le 4roÛ d# «'en plaindre^ et qu'on peut regarder la cession conditionnelle que le Jésuite fiitt de son bien à seà frères , comme un prêt véritable , qui peut cependant de-
y^^rw^dpfi; '
P Q^P 'i% ^T^m «M*ï ^Wl^m y aua»i indigipi dp noiii
OdSKERE L£$ JESOiJES. 1»
sin :fiiè<e iott «ne «iœiir » plaâsditi de de jque leur fi'i^e ^ Bn iortant des .Uasitesy nextrerait daa» «on hieÉL , iipe jejsei»iBjftitrpTiByiadîfiié de voir im hàmttie , à qui j'«n« rpifi prétfi eentHooié rse {ilaindre<dB eeque je itie les .loi aéfMs jéfumési
0<> Que i&i. j'ëfeob JiéBuitS) et iqi» j'eusse unirève cm 4une sœur^ ssses dénatupés jpour craindre 'de mis iroiv rentrer j^dtmB la fiumUe , 'Uniquemem de ^tm de me voirarenirer dans mon bien, jespattereis à l'instant les JésMÎles poor le nepsciftdre , en disposer à mooQ gré «t rentrer dans mon corps; '
i{y^ {Qne janatsÊBDEiiifle jfldsonnableae s'est plaint de net usage cgal^nenit confonae eus Tuais întà*ét& des ftnnittffi y. aux rra» intérêts des JésBites^ ans r^Mià in»téréts de FÉtat; et que, si la haine le condamne, c'esl qu'«m condamne jtKsqn'aux veitns de ceux que l'on hatt.
SlXlèwS CHEF d' ACCUSA TtON.
La non-réciprocité de rengagement entre le jeune JéM&ite «t «<m êorfê^
J^ réponds : 1® que cette non-réciprocité est indispç^P9fi]^lQ , d';aJiK>rd pour copserTcr les bons sujets qui pourroi^^nti à chaque instant et sans raison^ abandonner leur corps, si des nœuds sacrés ne les y attachoient^ eiis|4i(e pour rejeier les mauvais sujets , qui, en déskonor^pt )a povipeignie et en scandalisant le public f servi*rpiept mal ^t leur corps et leur patrie ; que cette non^ réciprocité àiée dans le premier cas, il n'y a plus de corps; et ôtée dans le second , il y Êiud|:*oit des cachots $ d^pi; eKtrémité^ qu'il falloit éviter et que la non-réciprwité évite k coup sur ;
Si9 Qu'il est absurde de craindre qu'on e^ abuse i pan^ qu'il est absi^rde de craindre qu'un corps qui a ^i gffiad besoin de sujets et de bons sujets , s'en pi:iv« lttî-mèmfi| hon le cas de nécessité f
14 REPCMHSE AUX ACCUSATIORS
• S^.Que. le défaut de. mœura. ou- de conduite- est t:fc se^^dë&ut qu'an.ne souffre point. chez lek.J6S«itea., «et que^si le défaut^de. talent ou de.sadtéi^^ été quelquefois lé .'prétexte de Texpulsion, il n^eua^ jamais été le motif; i
4^ Que rengagement que les Jésuites prennent ayec la. société , est. libre, et. connu de. ckacun d'eux; que c'est un joug qu'on leur impose. moins qu'ils ne. serim>> posent; qu'il est donc ridicule de âe .plaindre pour. eux de ce à quoi ib se soumettent d^eux«mémes avec autant de plaisir.que de liberté , avec autant de liberté que^de connoissance ;
5^ Que le Jésuite s'engage moins à la société qu'à Dieu^ et que Dieu n'est pas un marchand avec lequel on fasse pacte, mais un souverain auquel on fait un homipage ;
6° Que cette non-réciprocité d'en^gement entre ;le Jésuite qui se lie à son corps et son corps qui ne se lie point à lui , trouve un exemple de justification dans les soldats qui s'engagent au capitaine, et à qui le capitaine ne s'engage point ;
7® Qu'elle trouve un autre exemple et une autre justification dans l'engagement des peuples à leurs rois, qui peuvent abdiquer la couronne .et renoncer à leurs sujets, sans que les sujets puissent abdiquer Tobëissance et renoncer à leurs souverains ;
8® Que cette non-réciprocité d'engagement entre le Jésuite et son corps est de droit et non. de fait ; et que , comme la société peut, pour de bonnes raisons , renvoyer un Jésuite , toi;t Jésuite peut , pour de bonnes raisons , quitter la société ;
9^ Que même, s'il y a avantage d'un côté , il est du côté du Jésuite , qui peut abandonner son corps toutes les fois qu'il voudra, plutôt que du côté de la compagnie, qui ne peut , toutes les fois- qu'elle voudroit , renvoyer le moindre de ses sujets, puisque dans l'une et dans l'autre position , conduits à 'la face des tribunaux, lé* Je-