CHEZ M— CARIÉ DE L\ CHARIE, ÉDITEUR
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Avant d'entrer plus avant dans les apologies des Jésuites, il convient de donner quelque idée des Comptes rendus y qui, pour la première fois, sont ici textuellement cités , et directement réfutés.
Il y eut des Comptes rendus sur l'institut de la Compagnie de Jésus , dans tous les Parlements de France : ces pièces , qui eurent alors une célébrité qu'on essaie de leur rendre aujourd'hui, ont seules tiré de l'obscurité les noms des Joly de Fleury, des Caradçuc de La Chalotais, des Ripert de Montclar, des Charles, des Riquet, des LegouUon, etc.; et cependant cette espèce de renom qu'elles leur ont donné , est en partie usurpé : ils ne sont point les véritables auteurs des Comptes rendus.
Nous apprenons de l'abbé Georgel que ces magistrats*, gagnés par M™» de Pompadour, avoient établi, dans la maison des Blancs-Manteaux de Paris, un atelier de Jansénistes, où se feisoient les recherches et les compilations dont ils avoient besoin pour former leur plan d'attaque. Il ajoute, qu'incapables même de tirer un bon parti de ces matériaux ainsi recueillis^ ils avoient employé pour les ^mettre en œuvre des écrivains plus habiles qu'eux ; et que c'est ainsi que les Comptes rendus furent composés. Toutefois,, malgré tous ces secours et toutes ces précautions, si l'on en excepte l'ouvrage publié sous le nom de La Chalotais, où il y a quelque talent, parce que son auteur a su y mettre plus de mesure^ et même
une apparence de modération , toutes ces pièces , tant pour le style que pour la forme, sont de la phis grande médiocrité (i).
Mais ce qui doit surtout être remarqué, c'est que les faiseurs de recherches et de compilations, qui sans doute affectoient, pour être mieux payés, d'avoir beaucoup recherché et beaucoup compilé, n'avcient en effet pris d'autre peine ( et un apologiste Ys^ déjà
(i) Sur celte ignorance singulière où étoient les auteurs des Comptes rendus, de ce qu^on leur fr%isoit dire,, Tabbé Georgel cite un fait curieux et qui lui est personnel. «Le prince Louis, dit-il, depuis car4i- « nal de Rohan , comme issu de la maison souyerain« deBreiagno, crut « deToir, non encenser Tidole du jour, mais marquer attention à un « des premiers magistrats d*une province où ayoient régné ses ancêtres : <* il invita M. de La Chalolais à dtner. Le prince, outre ses parents et « des personnes du plus haut rang , «voit rassemblé à sa table des « parlementaires et des membres de l'Académie françoise, dont il étoit, « tels que MM. de Buffon , Duclos, d'Alembert, Marmontel. J'avois «f Fhonneur, n'importe à quel titre, d'être du nombre des convives. « Quelqu'un voulant faire sa cour à l'auteur présumé du Compte rendu, <i lit tomber la conversation sur les Jésuites. M. de La Chalotais, qui H savoit sa diatribe par cœur, en fit fort bien les honneurs. Le prince Il Louis s'aperçut que le respect seul me retenoit dans le silence; j'a- « vois fait pour lui, quelques temps auparavant, un petit travail qui « démontroit à quel point l'ouvrage du magistrat breton avoit tron^ « que, altéré et falsifié cet institut. Interpelé par le prince, et pro voir que ensuite par M. de La Chalotais lui-même, je me trouvai, tout « à coup , entré en lice avec ce redoutable athlète : le combat , com> « mencé avec sang-froid et sans fiel, se prolongea aveo chaleur, d'une « manière très pressante, sans néanmoins manquer aux égards qui r( étoicnt dus. L'issue n'en fut pas heureuse pour le Compte rendu. H 1j Institut, édition de Prague (*), et le Compte rendu, furent apportés et « confrontés : les altérations étoient palpables. L'extrême embarras du ce procureur- général fut remarqué par tous les assistants : il sortit « pour ne point entendre, sans doute, les réflexions que cette vérifica- « tion faisoit nattre. Le triomphe deV Institut fut complet ; l'on parut « persuadé que M. -de La Chalotais n'étoit point l'dur«iir de soiSi Compte « rendu» » (^Mémoires y p. 80, 8i.)
(') C'tioil eetlt édition de Prague qui avoll été déposée «o |>t^Iemen^
(Note dt V Éditeur.)
signalé (ij que de prendre ce qu'ils avoient trouvé, depuis long-temps^ rassemblé dans la Morale pra-tique d*Arnaud , dans son Plaidoyer contre les Jésuites, dans celui de DoUé, dans les Provinciales, surtout dans le Catéchisme d'Etienne Pasquier(a), lequel renferme, presque à lui seul, tous les matériaux des Comptes rendus, m On y trouve, dit un «autre apologiste, non seulement les imputations « capitales que le Parlement vient d'enregistrer y mais « encore tous ces détours artificieux que la mauvaise « foi suggère, que la duplicité multiplie, que la pro- « bité désavoue. On y trouve ces anecdotes satiriff ques que la passion invente, que la sottise adopte, « que l'hérésie grossit, que l'impiété assaisonne, que « la malignité répand, que la philosophie accrédite; « on y trouve tous ces raisonnements hétéroclites, (c ces sophismes entortillés, ces suppositions con tract dictoires, ces paiiadoxes transparents, ces consé- « quences absurdes, que les magistrats modernes ont « rajeunis, qu'ils ont tâché de mettre en style ency- « clopédique ; et, si l'on en excepte quelques sottises « historiques, quelques bévues légales, quelques tract ductions grotesques , et ces grâces locales que le « siècle grossier de Henri-le*Grand ne connoissoit « point, je défie que l'on trouve, dans tous lesComptes
(i) Voyez la pièce intitulée Mes Doutes, etc., p. q6.
(a) La haine que.cet homme portoit aux Jésuites peut être considérée comme une sorte de manie dont il étoit possédé. Il est ^Yai de dire qti^'l les haïssoit même avant de les connoUre^ car il publia ce Catéchisme n'étant pas encore majeur et les Jésuites étant depuis dix ans exilés hors de France, pour empêcher le rappel de ces religieux, rappel que la kiation entière sollicitoit, et que Henri IV accorda autant à sa propre inclination qu'aux vœux de ses sujets, ainsi (}ue nous ne tarderons point ù en donner la preuve.
<c rendus mis à Falambic, un seul argument, un seul « sophisme, un seul mensonge, qui ne soit copié du « Catéchisme d'Etienne Pasquier. Ceux qui auront « la patience de le lire et d'y joindre les plaidoyers « d'Arnaud et de DoUé, s'apercevront que ces trois « avocats étoient pli^ érudits, sans être plus raisonce nables, et que les orateurs modernes «sont plus
<c ignorants, sans être moins furieux A quoi il
« faut ajouter, à la honte de ceuxK^i , qu'empruntant « à Pasquier tout ce qu'il a dit d'absurde et de ca- « lomnieux contre les Jésuites, tous ont unanime- « ment supprimé les aveux de cet écrivain, qui pouce voient être à la décharge de cet ordre religieux. »
Or, Pasquier, Arnaud , DoUé, et toute cette tourbe de vieux Jansénistes qui, cent cinquante ans auparavant, exhaloient contre les Jésuites ce que la haine, poussée jusqu'à la rage, peut inventer de plus sales injures et de plus atroces calomnies, n'étoient eux-mêmes que les échos des diatribes furieuses des Protestants contre la religion catholique ; le premier apologiste déjà cité en a donné la preuve: on peut la vérifier (i). Ajoutons que ceux qui déclament aujourd'hui contre les Jésuites, ne font autre chose que répéter, stupidement ou méchamment, les calomnies et les injures que leur fournissent les Comptes rendus j^t nous aurons ainsi l'histoire complète, jusqu'à nos jours, des ennemis de la Compagnie de Jésus , et de leurs nobles et utiles travaux.
Ce que nous avançons ici ( et nous ne l'avançons pas légèrement), sera démontré dans la suite de ces ^ Documents.
(0 Voyez Mes Doutes, etc., p. 27.
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