‹ Documents historiques, critiques, apologétiques, concernant la Compagnie de JésusChapitre 3 sur 69 · CHEZ M- CARIÉ DE LA CHARIE, ÉDITEUR · texte numérisé non relu

CHEZ M- CARIÉ DE LA CHARIE, ÉDITEUR

Personne nUgnore que le signal de la persécution générale qui s'éleva contre les Jésuites , au dix-huitième siècle , partit du Portugal ; et cependant il n'étoit point de pays, parmi les états catholiques, où leur influence fût plus grande et où leur société parût plus solidement établie. Ce crédit, dont ils jouissoient à si juste titre (i)^ déplut à un ministre ambitieux , corrompu , et que l'on comptoit parmi les fauteurs les plus ardents de ces nouvelles doctrines philosophiques, dont le poison commençoit à se répandre partout, et plus particulièrement dans les cabinets des princes , où le ministériaU^me travailloit à établir le systèitie de despotisme le plus insensé , dont il y ait

(i) Les souyeraios de ce royaume , dont la puissaoce est si; petite en Europe , deroient à la société de Jésus les établissements immenses qu'ils possédoient dans Flnde , sur les cotes d'Afrique et dans l'Amérique méridionale. Ces yastes contrées ayoient été conquises ou fécondées pour eux , par le sang de ses martyrs et par les trayanx de ses missionnaires.

d'exemple dans les annales du monde. Ce ministre avoit conçu des projets d'innovation auxquels les Jésuifès ne 'pouvoient manquer d'apporter des obstacles qu'il jugeoit difficiles à vaincre ; il savoit d'ailleurs que son caractère leur étoit bien connu , et qu'ils cherchoient une occasion d'éclairer le monarque sur ses menées dangereuses , et de le faire renvoyer du ministère : il jura donc la perte de cet drdre religieux.

Ce ministre étoit le trop célèbre matquis de Pombal : bn sait également par quelles manœuvres per^ fides et ténébreuses, il parvint à abuser le foible- et voluptueux JosephI«r, dont il avoit gagné la confiance en favorisant sa paresse et en flattant ses vices ; comment il sut associer à cette œuvre d'iniquité le vénal pà'ttiarche de Lisbonne, Saldagnà; les calomnies que ces deux hommes firent répandre contre les Jésuites , et au moyen desquelles ils parvinrent à obtenir de Benoît XIV un bref pour leur réforma* tion,bref qtri leur fut iin prétexte pour commencer à lés avilir et à les dépouiller ; 4à feinte conspiration contre la vie du roi , arrangée par Pombal luimême , dans laquelle il chercha à les impliquer (i), et qui le délivra, en même temps, de deux illustres familles portugaises , dont il feràignoit la puissance

(i) F'oyez , pour les détails de cette machination exécrable , les Mémoires de Pabbè Georgel, t. i, p* 44 ^^ suiv.

DE L^DITECR. T

6t la rivalité (i); la procédure non moinis atroce., <qiii, n'a^ftant pu réussir à £aine un régicide du fésuite Malagridà, lui supposa des crimes alK>minablè5 , impossibles , pour lesquels ce vieiiiard de soixante et quinze ans fut bnilé vif, à la vue de la population entière de Lisbonne que , pendant cinquante ans^ il avoit édifiée par ses vertus et par ses prédications ; a de manière , dit Voltaire lui-même , que , ce dans cette affaire , l'excès du ridicule et de l'abcc surdité fut joint à l'excès de l'horreur; » enfin toute cette suite de crimes et d'impostures, dont le dénouement fut l'expulsion des Jésuites de toutes les contrées soumises à la domination portugaise (2). Cet événement retentit dans l'Europe entière : les Jésuites avoient des ennemis partout, ils en avoient eu dans tous les temps ; et peut-être cette suite de docume*nts que nous nous proposons de publier , fera-t-elle connoître ces ennemis , mieux qu'ils ne l'ont été jusqu'à présent : ceux-ci étoient plus nombreux , plus actifs , plus intéressés à la perte de cet

(i) Les familles d'Avcyro et de Tavora. Presque tous les membres ^e ces deux familles périrent sur l'échafaud, pour expier un prétendu <ïrime dont Pombal étoit Tauteur. Le prooës fait à ce ministre, apr^ la mort de Joseph I*'', et les dépêches secrètes du comte de Merles , alors ambassadeur de France à Lisbonne , prouvèrent , jusqu'à la démonstration , l'innocence de ces nobles victimes. {Voyez les Mémoires ci-conti-e indiqués, 1. 1 , p. 47*)

(a) L'édit de leur expulsion est du 3 septembre 1 769.

ordre rdigieux , en France que partout ailleurs; le ministre portugais leur avoit montré comment il falloit s'y prendre : on va voir qu'ils suivirent, à peu près., la même marche pour arriver au même but.

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