BES
JÉSUITES EN FRANCE
(Quelques personnes font remonter le projet de destruction formé en France contre les Jésuites, jusqu'au temps de Texil du Parlement de Paris en 1753. Tout le monde sait que la résistance opiniâtre de cette Compagnie aux volontés du Roi, dans les affaires de l'Eglise 9 lui attira cette punition. Le parti janséniste que ce coup de vigueur atterroit, ne manqua pas d'attribuer la fermeté du Roi et de son Conseil aux suggestions des Jésuites, toujours ardents à défendre la bulle UnigenUus. On les aceusoit de conduire rarchevèque de Paris, de gouverner Tévéque de Mirepoix, d'entretenir, dans le comte d'Â.rgenson, ses préventions contre les Parlements, d'inspirer à Monsieur le Dauphin des sentiments désavantageux au corps entier de la Magistrature. Plusieurs membres du Parlement de Paris, déjà peu favorablement disposés pour les Jésuites , se laissèrent prendre, dit-on, à ces idées , et se promirent bien de venger un jour, sur la Société, le traitement qu'ils éprouvoient. On prétend même que quelques-uns d'entre eux s'en expliquèrent assez ouvertement a Bourges , disant qu'à leur retour, ilssauroient mettre les Jésuites hors d'état de leur nuire. Quoiqu'il
10 UEStlLUCTION
en soit des vues du Parlement a cette époque , l'anéantissement des Jésuites en France n'étoit tout au plus alors qu'un projet en Tair^ conçu , dans un moment d'humeur, par quelques têtes fanatiques , mais d'une exécution trop difficile , pour que les forces seules du Parlement pussent le conduire à aa fin ; il ne pouvoil réussir sans le concours ou du moins sans le silence de l'autorité royale: et dans l'état actuel des choses , il eût été insensé de se promettre l'un ou l'autre.
Pour trouver la véritable origine de cet événement singulier, il faut dosip chercher le moment où le ministère commença à entrer dans les vues du parlement et à seconder ses desseins , si toutefois il ne les fit pas naître. Or, ce moment, je crois qu'on doit le fixer à la fin de l'année 1757. La Cour avoit bien changé de face en peu de temps. L'Evêque de Mirepoix, dont le Roi respectoit la vertu et écoutoit les conseils, ne vivoit pluà. La feuille des bénéfices, après avoir été assez peu de temps entre les mains du cardinal de la Rochefoucfauld , étoit tombée dans celles d'un homme trop peu estimé pour avoir droit de parler avec force, trop courtisan pour le vouloir au risque de sa fortune, trop esclave de la marquise de Pompadour qui l'avoit élevé , pour oser résister à ses volontés (i). Le comte d'Argenson, ministre ferme, intelligent, protecteur déclaré de l'Eglise et des Jésuites , attaché par inclination autant que par devoir à toute la famille royale, l'ami du Roi et l'ennemi mortel des parlements, avoit été enfin sacrifié aux sollicitations importunes de lu maltresse. Machault, esprit brouillon , mais actif , lié d'abord au parlement par inimitié contre d'Argenson et par vengeance contre le clergé, puis fortement opposé aux entreprises des magistrats, qu'il voyoit pous-
(i) M. de Jarrnlc, évrcjnc d'Orléans. (JVott tfe PEdiieur.)
mS JESUITES. 11
séestrop loin» principal autour du fameux }it de justice du moîs de décembre 17&6y coQséquemmenjt intéressé par hocmeur à soutenir «ou ouvrage i et capable par cajractère de le faire avec orâstapce , homme d- ailleurs assez droit, estimant les Jésuites et leur voulant du bien, Maehault avoit subi le sort de son rival» l^e marquis de Paulmy, fils du marquis d'Àrgenson et successeur de son onek, occupoit encore sa place, mais menaçoit ruine. L'Ârehevéque,de Paris, toujours ferme, toujours égal à lui-même , avoit conservé Tes^ time du Roi, mais n'en avoit plus la confiance. Ainsi toiis les appuis manquoient aux Jésuites, tiandis que, d!un autre côté, tout se remuoit contre eux.
L'incrédulité, fortifiée par les troubles de l'Eglise eX surtout par la licence effirénée de la presse, s'étoit accrue au point de faire une secte redoutable ; le zèle des Jésuites à la combattre avoit animé à. leur perte lojxs les twwvtaux philcsepbes qui y ne cessant de les décrier dans leurs discours et dans leurs écrits , augmentèrent beaucoup les préventions contre eux.
Le parti janséniste • méprisé , mais soutenu , 4^voit réussi à se faire craindre , en servant les projets dies magistrats contre Tautorilé royale. Le Roi , détestant également les uns et les autres, étoit néanmoins disposé, par la fatalité des circonstances, à ne résister que foiblement à leurs efforts. Le funeste accident du 5 jan-vier 1757 Tavoil effrayé (i). Le moment de cet attentat, arrivé trois semaines après le lit de justice et dans la disgrâce actuelle du parlement, les procédures commencées à la prévôté de Thôtel, Tbisto^re même dn procès fait en grand'chambre , ne lui permettoient pas de douter de quel esprit partoit le coup qui avojt
" ■ ■ ' ■ ■ IIW I I — ^— I ■ I II ■ ■■ I I I 1 .1 I ■ I I II t
(i) La tentative d'assassinat faite sur lui par Damiens.
(Notedel'JEditeur.)
12 DESTRUCTldN
mis &es^ jours en danger. Il craignoic qu'une mémfe rigueur n'attirât encore les mêmes suites ; et malheureusement il avoit trop laissé apercevoir ses craintes.
Le Parlement , à forée de désobéissance , étoit venu à bout de donner \a loi. Les règlements faits au lit de justice, pour arrêter ses prétentions, venoient d'être annulés. Les seize proscrits avoient été rendus, k leurs charges , malgré la parole solennelle du Roi. Le premier président, de Maupeou, devenu odieux à son corps dès qu'il avoit paru fidèle à son devoir, avoit été sacrifié , au premier moment où il servoit la Cour. Les commissions des présidents des chambrés avoient été données à ce qu'il y avoit de plus turbulent dans les enquêtes. Fier de tant d'avantages remportés sur l'autorité royale^ le parlement sen toit toute sa force, et n'étôit pas d'humeur à demeurer oisif.
Enfin la marquise de Pompadour, après s'être vue sur le point de sa chute, étoit plus puissante que jamais et ne cherchoit qu'à se venger de ceux qu'elle soupçonnoit d'avoir travaillé à sa ruine. Il étoit naturel qu'elle en accusât les Jésuites. La confiance dont les honoroient la Reine, Monsieur le Dauphin et toute la famille royale , l'attachement que leur témoignoient toutes les personnes qu'elle voyoit lui être les plus contraires, la nature même de leur état et surtout de leurs emplois à la Cour, tout concouroit à-la-fois à les lui faire regarder de mauvais œil. Quelques causes particulières avoient encore excité sa haine contre la Société.
Toute la France a su les stratagèmes dont usa cette femme ambitieuse pour obtenir une place de dame du palais de la Reine. Un des artifices qu'elle crut nécessaires pour surmonter l'obstacle qu'elle prévoyoit de la part de la vertueuse princesse, fut de jouer le rôle de la dévotion. On la vit affecter tout-à-coup un
cef tain air de régularité. Les portes de communication de son appartement avec celui du Roi furent fermées. Chaque jour, elle assistoit à la messe; on trouvoit des lirres de^ piété jusque sur sa toilette. Pour lever en apparenceîeiscandale de son divorce, elle parut vouloir se réconcilier avec son mari ; elle lui écrivit une lettre fort soumise : elle lui demandoit pardon de ses égarements; et, le. priant de se rapprocher d'elle, elle lui ofiroit, à cet effet, une place de maître d'hàtel chez le Roi.
Une pareille proposition ne pouvoit avoir qu'une réponse négative» La marquise s'y attendoit et avoit pris des mesures secrètes pour se la procurer; mais elle vouloit s'en autoriser pour vainjere les résistances de la Reine, lui ôtant un prétexte de refus. Enfin, pour cacher son jeu et faire le personnage en son entier, elle désira d'approcher des sacrements. L'embarras ctoit de trouver un confesseur, qui, sur sa simple assurance qu'il n'existoit plus aucun commerce criminel entre le Roi et elle, voulut bienne{>oint exiger son éloignement de la Cour. Elle espéra le rencontrer dans le P. de Sacy, Jésuite de la maison professe, qui l'avoit confessée dans son enfance , et lui avoit fait faire sa première communion. Elle s'adressa donc à ce Père ; elle le vit fréquemment : trois fois la semaine elle avoit des conférences avec lui. On ignore ce qui s'est dit de part et d*autre : ce qu'il a de certain, c'est qu'au bout de trois mois, les conférences se rompirent, sans que la marquise^ eût fait de pâques ; et que le public, attentif au dénouement de cette comédie , resta persuadé que le P. de Sacy avoit fait son devoir (i).
(i)L^abbe Georgel raconte le méine fait ayec des circonstances différentes, et qui semblent plus vraisemblables. Le Père de Sacy a-voit exigé, pour premièreconditioQ de sa réconciliation avec l'Eglise, qu'elle quit-
On peut bien jugev^ que, tant <^e 'les'chose& deimu*
rèreni eti suspens, on n'épai^na pas les bons mf^t» surle choix du directeur : c'étoit l'eu tre tien de tout Paris. Les Jésuites n'alloient pas dans une maison i qu'on ne leur fit compliment sur la brillante divfectixm que Tenoit d'acquérir leur Compagnie. Ceux-ci voulant^ d'une part, faire tomber les bons mois, et de l'autre, éclairer du fortifier le P. de Sacy , ne dissimulèrent ni au dedans ni au dehors leur façon de penser. Ils s'exr pliquèrent hautement sur toute cette manœuvre. Quelques-uns de leurs discours furent rapportés à la SSarquise ; ce qui accrut encore le méconJtentement qu'elle avoit déjà de la sévérité inattendue du P. de S^cy^
Une seconde canse de sa haine fut l'avis qu'elle reçut de se retirer de la Cour, lors de l'assassinat du Roi. Elle attribuoit, non sans vraisemblance , cette espèce d'or*
tât, sur-le-cbamp , la Goar . Elle st récria sur une semblable propoâitioià et avec tant de vivacité, que ce Père, bien quUl eût de la (simplicité , fecomuit, à rinst^çt mâme, rarti£çe de cetu fausse péaJUieate ; mais il manqua de présence d^esprit , et ne sut pas employer le seul moyen décisif dans une telle circonstance, qui étoit d'user de toute Fautorité de son ministère , et de trancher lui-même la question et sans aucune considération humaine, n Je vais , lui dît-il , retourner à Pàtis pour consulter nos pères , et je reviendrai , le plus toX possible, vous Apporter leur décision. » .Cette décision fut prompte, e^ quitter la pQtu: fut l'arrêt que l'on prononça d'une voix unanime ; mais les plus habiles de l'ordre aperçurent , dès lors, l'abime que leur avoit creusé la bonhomie du P. de Sacy, et lui firent sentir à quel point il avoit été imprudent. Mm» de Pompadour reçut l'arrêt des Jésuites avec un dépit qu'elle ne put contenir; le confesseur fut brusquement congédié^ .et cetif femijiie perverse médita aussitôt la ruine de ces casuistes, 4ont la rigueur inflexible pouvoit , d'un moment à l'autre, mettre sa fortune en péril auprès d'un monarque qui , même au milieu de ses plus hon-< leux désordres , conservoit une sorte d'instinct religieux , çt éptouvoit , ' 4« temps en temps, des remords dont elle étoit effrayée.
{NoU en J^Edi^ur.)
DES 3ESUiTB^. M
dre iiuic r^noQtpançfii^du oçmfe^eeviT , qui a>voit vu 4€;^x laissa iniqesté. On sait quelle n'y obtampérA point; 4ft qiie sa constaïK^e à ne pas s'éloigiier ixiompha de 1^ foiblfisse du Roi. Deyenue d'autant plps en £ayeur qu'elle avolt été pliis près d^ sa disgrâce , c^U^ ^ppi^it eneore qu'antéri,eurement à VaGcidçntdu Roi, sa perte aycrit été résolue, sur les instances de lif . le Pauphin et du comte d'Argenson : peut-être se persuada-t-elle^ que les Jésuites y étoient entrés poiw quelque chose. Enfin elle conservoit un vif ressentiment du senpon prêché par le P. de Neuville, le jour de la Purification de cette «déme année 1 7â7 . Ce Père, profitant de la circpnstaDce pour toucher le cœur du Roi, lui avqit rappelle, dans son compliment, toutes les.grâces qu'il avoit reçues d^ Dieu,.pendant le cours de sa vie; le trait de providence qui Tavoit conservé encore enfant au milieu des ruines de sa maison, pour l'élever sur le trône; sa maladie et sa guérison inespérée à Metz. Il avoit même eu le courage de lui remettre sous les yeuK, avec tQUS le^ n^én^gements oonvenabWet une adresse infinie , le dernier coup. qui avoit consterné toute la France. Il lui ayoit fai^ enyi^ sager ces difFérenls événements, comme autant de traits de miséricorde de la part de Dieu, qui vouloit en faire un prince selon son cœur. Le félicitant ensuite des premières démarches qu'il avoit commencé de faire pouj* retourner au Seigneur, i} Tavoit exhorté à consommer son ouvrage. Le Roi, la Marquise, toute la Cour, as^istoientau sermon. Personne n'osoit lever les yeux ; chacun se retira en silence. Le Roi ne parut point offensé de la généreuse hardiesse du prédicateur; mais la Marquise eut beau se contraindre, elle laissa toujours voir qu'elle étoit mécontente.
Ce fut, dans ces circonstances et dans cette disposition des esprits, qu^on commença à travailler sérieusement à la destruction de la Société. Il est vraisemblable,
ainsi que je Tai entendu dire à une personne bien instruite, que le^pt-emières paroles en furent portées par un ministre, dans les conférences qui se tenoient pour la réconciliation du Parlement avec le Roi. On croie que ce ministre étoit Berryer, homme rendu à la marquise dont il étoit la créature, et de tout temps ennemi des Jésuites, parce qu'il Tétoit de la religion (i). Dans une des assemblées, il fi t entendre aux députés du parlement, que l'essentiel, lorsqu41sauroient repris leurs fonctions, étoit de maintenir la tranquillité dans l'Était ,^ et d'empêcher que les troubles^ne se perpétuassent; uËt quels « moyens, ajouta-t-il , croyez-vous les plus propres pour «( y parvenir? » Il s'attendoit que les conseillers alloient d'eux-mêmes nommer les Jésuites. Mais personne ' ne s'expliquant : « Les Jésuites, reprit-il, sont bien vifs sur « la Constitution. Ils tournent la tête aux évêques. Si « nous n'avions pas ces gens^là^ peut-être aurions-nous « la paix.» Les conseillers, peu accoutumés à un pareil langage dans les ministres, lé régardoient en silence et ne savoient qu'en croire. N'osant encore se livrer entièrement, ils se contentèrent de dire, qu'à la vérité les Jésuitesnuisoientbeaucoup àla paix, mais qu'ils étoient bien appuyés, et qu'il n'étoit pas aisé de s'en défaire, tt Cela est vrai, dit le ministre; mais le Parlement est « bien puissant quand il veut, et peut-être ne rencon- « treroit-il pas les obstacles qu'il appréhende. » C'étoit en dire beaucoup. L'ouverture une fois faite, on entra dans le détail, et probablement on promit , dès ce mo-
(i) Pour pairenir plus sùremeut à son but, il obtint de madame de Pompadour la permission de s^ associer trois membres du parlement, qui ayoient une grande influence dans leur compagnie , et qu'il savoit être attachés au parti janséniste ou à des coteries philosophiques, Pabbé de Chauvelin, TabbéTerray^ et M. de Laverdy.
{Note de V Editeur.)
ment, au parlement, qu'il séroit soutenu. Peut-être la maîtresse ne fit-elle accorder au parlement tout ce qu'il demandoit, que pour l'engager plus sûrement à servir sa vengeance. Je ne puis garantir la vérité de cette anecdote ; mais elle me paroit très vraisemblable, et elle quadre à merveille avec d'autres faits certains. Le cardinal de Bernis, qui devoit être au fait de toutes les intrigues, puisqu'il jouoit alors le premier rôle dans le ministère , a assuré , depuis sa disgrâce, que la trame avoitété ourdie de son temps; qu'on avoit voulu le faire ehtrer dans le complot, mais qu'il avoit toujours refusé d'y donner les mains (i). le cardinal de Tavannes dit aussi en mourant à l'abbé Rat, son secrétaire de confiance j qu'il ne regrettoit pas la vie ; que du moins il n'aiiroit pas la douleur de voir éteindre le corps le plus respectable qui fût en France.
La perte des Jésuites étoit donc jurée, dès ce tempsla , et jurée ailleurs qu'au parlement. La conduite qu'a tenue la Cour, dans toute la suite de. cette afiEeiire, ene&t une nouvelle preuve bien convaincante.
Le projet une fois formé et convenu entre les mi-
.(i) L'abbé de Bernis ayoit ses raisons pour se défendre d^ayoir pris part à cette intrigue ténébreuse ^ mais puisqu'il ayoue lui-même qu'on avoit voulu l'y faire entrer , il est difficile de' croire, qu'alors il art' rien refusé à madame de Pompadour, 'dont ilétoit la créature ^ et l'abbé Gtorgel produit deux billets éosits db la .main même de -la £a<fqrile , qtii prouvent le coucours^ de cet j^bbé vLans cette affaire, au moment même où elle commença à s'engager. Devenu cardinal , la conduite qu'il tint à Rome , lors du conclave où fut élu Ganganellî' , démontia que ses ennemis mêmes (*) , en flattant son ambition , pouvoicnt triompher de ses scrupules . ( JVdte de l'Editeur.)
• (*)*1 J f™' envoyé pour iDU;iguar en faveur d'un caa^idat dévoue aux trois couronnes, par le duc de Cboiseul quMl haïssoit , parce que celui-ci Tavoil supplante dans le ministère ; mais le litre d^ambassadeur du roi de France qui lui fui offert , les réconcilia ; et ra^rant acCepie , il fit tout ce qu W voulut.
1 6 l>ESTIVUCTlOK
niistres et \é parlemeiit, on songea au moyen de Tex^* buter. Il falloit conunencer par rendre odieux ceux qu'on vouloit perdre. Ainfii on résolut de répandre une ibule dé libelles propres à décrier la Société. Ce fut alors qu'on appella le Jansénisme au secours. Des prêtres, des mpines de toutes coàileurft, «lais surtout lefi Béiaédiçtin^ dé St. Maur^ dé la maison des Blancs-Manteaux de Pariei^ lès Gléraehcety les Maraas, Qtc*| etc., s'empressèrent de presser leur plaine à l'Infiérét de la -cause commune. Les ipremiers frmts <de leurs travaux, furent le fameux problème historique, 'Çai^/AVaiVf a ou dt Luther et Cal^ vin, cru k plus nuidVégiise chrétienne? et la prétendue -hittcire de la Compagnie de Jésu^, en 6 vol. in- 12, L'im-^ ^unitéy la Eaveur, l'intérêt^ la haiae^ Tappat du{;axn animant tes éerirbinsdu parti, et itranfiformantJ.'aniixiosite en talent, bientôt le public se vit inondé de bromures, où les JéMii-tes étoîent déchirés de mille manières. il«8t vrai que, marqués au coia de la passioiii, xîos touvTftges n'a voient poi^t la plupart d'autre mérite que la fureur. Ce n'^toit que des compilations mf^l digérées de <t<MiA t:0 que les Calvimstes et les premiers folitaîres de Port-Royal avoient autrefois vomi d'injures contre la Société; mais répandus par la haine, accueillis par la malignité, accréditée |)ar l'etivie, îk ne Jiaissoien-t pas de produire Ipur effet. Et commç les imputations les pltis absurde» obtiennent enfin quelque 'drayàtvce à fore» cPéu^e répébâea^ ils joôntribuoient peu à' peu à k révdltitîôn qti'ota Yônloit opérer d«ns les espi'its.
Tandisqueles supp^ots du parti travailloient avec tant d'ardeur à prévenir le publici le^ magistrate se co^çiçrtoient secrètement entre eux, pour porter les grands coups de l'autorité. On s'assemblôit, plusieats fois la semaine, cheatle président Gauthier de Brétigny . MM. Clément, Lambert, Chaiivelin, Bese d^ô Ly«, Rolkod , La*
DES JÉSUIHES. i9
t^k*âjr et^^eiques aiitt^^s, dirigèrent tdnt^ lêis <9péraliom. On aVoit ^ dan^ toiites tes villes, des émissàirei chargés d'envoyer des mémoirefs CoiïtrieleÀ JésuïtfesiPàtr* tout on faisoit ëpièl* ïeurtîonduite. Les traca^smes qu'ob isu'sci-ta versée temps-là, & Ri(ytïê(i!i,^ti P. Mamachî^ à Nantes, au P. de De$sus4e-Pont, à A.Biiem, à Orléans, ^ ToHrs^ à quelques rë'g*eilts dies feaê^dës dfiisseft pour à^^ matières de composii^otidônnééà^àleuns'ëcdliérs; Tlior* rifale supposition de Busembau^, p)*é tendu réimprimé paVlés Jéa(uitesehl757 (ï); les piégés qu'6À tendoit k klùïli mœurs, jusqu'à isdudoyér des fetntnes perdues pour les faire surprendre en de mauvais lie^l^, sc^us prétexte an Ministère de la confession. Ged fâfitfr, et plusieurs a titres, prôùvcnl combien on fchérehoife à les trouver en foiite ; et on pouvoit les regarder comitie dei atant^cmpeui^ de r orage qui se formoit.
Tout le monde voyoit groissir peu à peu cet orage. Dés bruits soUrdsannonçoient même que la tempête if e tâ^deroit pas à éclater. Les Jéiuites, tranquilles par leur Mhoceiice, accoutumés d'ailteurë à e^suier, de temps en temps, de ces sortes de boufrasqties passagèrefi^fai^dterit a^sez peu d'attention à ces rumëups confuses. Les tentatives faites coiitreleurscongrégatiôns^(2), premier signal de la guëi*re^(Ju*on se prépttroit à leur foire, n'avoient pas suffi pour leur désiller les yeux. Peut-être même lu protection qu*ils éprouvèrent, dans tcëtte oecàlsiôn âé la pkrt de là'Cour,cantribtioit-elle à augmenter lettr sécurité. On eût dit qu'ils se dissimtiloient à eux^EuêfiM^
(i) Nous donnerons, incessamment, des détails très circonstanciés sur ce Busembaum, qui fit alors tant de bruit, sur son livre ,'et sur cette prétendue réimpression. (Note de V Editeur,)
(a) L'arrêt du parlement de Paris contre les coiigi^gations et obn^ firédes «st du i8 avHl 1760. Bien «qu'il fût conçu en termes généraux , il étoit eTidemment dirigé contre les seuls Jésuites.
le danger, lorsque y dans les premiers jours de janvier 1760, ils acquirent des preuves juridiques de la conjura^on qui se trâmoit contre eux.
Le marquis de Choiseul-Beaupré, capitaine de vais* sêauy. avoit découvert toute Tintrigue par le moyen dVne maîtresse y à qui un des principaux agents, se cvoyant seul dans ses bonnes grâces, avoit eu la foiblesse de découvrir son secret. Elle ma¥k}ua de discrétion visà-vis du second amant. Entre autres particularités, celjtè femme fit connoitre, que le comte de Stainville,' nouvellement entré dans le tninistère étoit d'intedyiigence avec le parlement; qu41 négocioit avec les députés de cette compagnie , et qu'il les animoit à la perte des Jésuites. Une découverte de cette importance étoit précieuse pour le marquis de Choiseul. Une 'pouvoit pardonner k son cousin de l'avoir éloigné des ' affaires où il s'étoit vu sur le point d'entrer, et de lui avoir préféré le comte de Choiseul-Champagne pour ^ambassade de Vienne, qu'il disoit lui avoir été promise. Il crut donc avoir trouvé une occasion favorable de ise venger; et, dans cette vue, il alla découvrir tout le mystère aux Jésuites. Peut-être espéroit-il, en leur rendant ce service, de gagner les bonnes grâces de M. le Dauphin, et d'obtenir.par le moyen de ce prince, les places où son ambition le portoit.
Ce fut vers la mi-janvier, que le marquis de Choiseul , accompagné du comte de Martigny , son allié, se rendit chez le P. AUanic alors provincial de la province de France, et lui dévoila tout ce qu'il avoit appris. Le P. Allanic prit par écrit leur déclaration et leur proposa de la signer, ce qu'ils refusèrent avec raison, justement étonnés de la demande qu'on leur faisoit.
Cependant Içs Jésuites ne firent point encore usage, dans ce moment, des connoissances qu'ils avoient acquises, soit qu'ils regardassent lés démarches qu'elles
iDES JESUITES. 21
éxigeoient comme infiniment ori tiques, «oit que les mo* tifs d'intérêt qu'ils aToient remarqués dans le marquis de Choiseul leur fissent naitre des soupçons ; mais s'ils purent douter alors de la vérité de la déposition, leurs doutes ne tardèrent pas à être entièrement levés.
M. Le Febvre d'Amécourt, conseiller au parlement «de Paris, étoit du nombre de ceux qui assistoient aux conciliabules secrets. Il paroit qu'il y étott entré, moins pour nuire aux Jésuites que pour les servir. Sa droiture naturelle fut effrayée des odieux complots qu'il voyoit se tramer; et il en prévint un ou deux Jésuites de sa connoissance. Il n'y avoit pas de temps à perdre ; toutes tes bajtteries étoient dressées, toutes les mesures étoient prises. On ne devdit pas tarder d'entamer l'af* faire. Les premiers coups alloient se diriger contre le noviciat et le collège de Paris, qu'il étoit question de faire fermer. Les Jésuites sortirent eniin de leur assoupissement , et se hâtèrent de chercher des remèdes aux mai^x qui lés menaçoient. Un mémoire fut dressé, où l'on exposoit tout te ptan de destruction formé contre la Société et les ressorts qu'on se proposoit de faire jouer pour l'exécuter. Le temps, le lieu, l'époque des assemblées, le nom des personnes qui s'y rendoîent, tout étoit rapporté eli détail. On y accusoit nommément le comte de Stainville, ministre des affaires étrangères , d'en presser secrètement l'exécution; et l'on apportoit, en preuve de cette accusation, des lettres de ce ministre à quelques membres du parlement.
Le mémoire ainsi dressé, sur les instructions du marquis de Choiseul et de M. Le Febvre d'Amécouit, fut présenté à M. le Dauphin, qui le remit à sa Majesté. Le Roi l'ayant lu, parut, pendant quelques jours, d'une humeur sombré et triste, sans toutefois prendre aucun parti, ni s'expliquer sur le sujet de son mécontente^ ment. La marquise de Pompadour^ attentive à tons les
mouTements du Roi^ s'aperçut qu'il se passoit chez lui quelque chose d'extraordinaire et, à force de souplesseSy Tint k bout de lui arracher son secret. Le mémoire lui fut communique y et elle se hâta d'en faire part au comte de Stainyille.Celui-ci, quoiqu'appyyë de tout le ci*ëdit de la maltresse, sentit qu'il étoit perdu, s'il ne délruisoit pas Taccusation ; d'autant plus que^ dans les lettres qu'on citoit de lui, il se trouvoit des traits injurieux à M. le Dauphin, et même assez peu respectueux pour la personne du Roi.
L'essentiel pour lui étoit de retirer Toriginal de ces lettres. Elles étoient entre les mains de M. d*Amé-
court. Comme il ne soupçonnoit pas alors ce magistrat, il se contenta de le faire prier d'abord par M. de> St. Florentin, puis par M. Berryer de les lui remettre. ]^iais n'ayant pu les recouvrer par cette" voie, il se transporta lui-même chez M. d'Amécourt, et là prenant ce ton impérieux qui lui est naturel^ usant de menaces terribles, il sut si bien l'intimider, qu'il obtint enjEin ce qu'il deraandoit. Une fois tranquille sur cet article, il nia hardiment tout ce qu'on lui imputoit. M. Berryer et]VI> de St.Floren tin furent cependant, chargés de faire des informations; mais vendus Tun et l'autre à la Marquise, et, selon toute apparence, complices du comte de StainyiUe, ils informèrent à sa décharge. Le marquis de Çhpiseul n'avoit point do témoignage qu'il pût alléguer. M. d'Amécourt pouvoit seul certifier la vérité du fait: mais, n'ayant pi us en main les preuves légales, craignant la vengeance de la maitressse et duministre,voyantbien par la tournure que prenoient les choses^ qu'il falloit ou se perdre, ou se taire, il n'eut pas le courage d'attester juridiquement ce qu'il avoit déclaré dans le secret.. Ainsile comte de S tainvillefutregardé comme innocent; et de concert avec la Marquise, il ne songea qu'à faire retomber sur ses ennemis le coup qui devoit l'écraser.
DES JESIJÎTES. Î3
iLie inaniuis dé Choiseul fut arrêté et condott au château deYincennes. 11 en sortit néanmoins, au bout de deux mois, sur les instances de toulè sa famille, mais arec ordre de se rendre incontinent à Brest pour commander une petite escadre. Il n'eut pas le -temps d'y arriver; attaqué pend:ant la route d'un vomissement -de sang ,, il mourut presque subitement à Rennes , entre les bras de son v^et de ^chambre. La femme qui avoit la première trahi le secret, l'avoit déjà précédé. Le comjte de Martigny fut pris vers le même temps d'nine maladie de ^ langueur qui lui dura dix.-huit mob, dont il est enfin venu à bout de se relever. Si ces accidents furent naturels, ou s'ils ne le furent pas, c'est sur^uoi il seroit téméraire de prononcer. Bien des gens se sont permis d'y soupçonner de la violence; mais F honneur de l'humanité répugne à de pareils soupçons, et l'équité demande, que les grands crimes ne se .croient pas sans de grandes preuves. Pour les Jésuites, il paroit qu'on chercha aussi à les trouver coupables. Le marquis de Choiseul interrogé au château de Vincenn^, avoit dit connoitre les Pères Allanic, Fiteau et Derthîer. Les trois Pères furent mandés chez le lieutenant de police. Le P. Allanic faisoit alors son «ours de visite, qu'il n\Tcheva point ^ étant, par une circonstance assez singulière, mort à Rennes, quelques semaines après le marqnisde Choiseul; le P. Fiteau étoit parti de Paris pour aller à Eu^ en qualité de recteur. Le P. Berthier fut donc le seul à se rendre chez le lieutenant de police. On l'interrogea sur ses rapports avecle marquis de Choiseul ; mais il assura ne ravoir jamais connu et n'avoir eu, en aucun temps, de correspondance avec lui ; ce qui étoit vrai. Le marquis de Choiseul ne le connoissoit que de réputation, et pour avpir accompagné un jour le chevalier de Forbin qui lui rendoit une visite: encore ne s'étoit-il pas fait connottre au P. Bèrthier.M. de Sartine, lieutenant .
n DESTRUCTION
de police, satisfait de celte réponse, n'insista pas daTân* tage* Un autre Jésuite, parent de h marquise de Choiseul, étant allé pour lui faire son compliment de jcon* doléance, elle refusa de le voir, et lui fit dire de se tenir sur ses gardes et de veiller a ce qu'aucun Jésiiîle n'approchât de sa maison, parce qu'on eherchoit à les iih* pliquer dans l'affaire desOn mari. Cependant les choses en restèrent là pour le moment : Forage formé contre les Jésuites fut suspendu ( et tant que le maréchal de Bolle*Isle a reçu, il ne parolt pas qu'on ait fait aucune tentative pôuir renouer la partie (i).
Ce ministre aimoit les Jésuites, il aimoit sa patrie ^ et sait» avoir jamais fait sa cour à la marquise de Pom-» padour, il oonservoit, dans le conseil et snr l'esprit du Roi, une autorité que son âge, se^longs services, la droiture de ses vues , et peut-être autant que tout cela, la fermeté de son caractère, lui avoient justement acquise.
Telle f nt i'issne de ce fameux mémoire, don t assez peu de gens eurent connoissance dans le moment qu'ilr fut présenté, et dont on a parlé ensuite si diversement.
La manière dont on procéda à Versailles, dans toute ce Ue affaire, a fait juger à quelques personnes, que, dès ce tempfr'là, le Roi.avoit donné les mains à tout ce qui se tramoit contre les Jésuites, et que les ministres, en favorisakit les entreprises des magistrats, n'avoient rien fait à son insçu. Sans cela, en effet, on a peine à concevoir comment le duc de Choiseul put triompher de cet assaut; et surtout comment les parlements ont pu ensuite, âans éprouver de résistance, exécuter, de point en
(i) L'abbé Georgel ne paroît pas avoir été instruit de ces circonstances curieuses qui pte'cedèrçnt et suivirent la rÀlaction du Mémoire. II parle seulement de renseignements qui avoient été remis à M. le àsLn^hin, et que ce prince confia au P. Griffet.
{lYote de {'Editeur,)
{HMxity le plan de dealructiom tel cju'il éioii tracé dans le mémoire. DtCféreuis traiu qu'on l'apportera dans la suite yiendrout encore à rappui de cette conjecture. Mais revenoDs.
Le marécbal de Belle-Isle mourut; et ie duc de Choi- •eul lui siiecéda dam le midi^tère de J^ guerre. On a prétendu que , dans lés -papiers du Maréchal y. il s'étoit iTouyé une copie du mémoire dont lious avons parlé, avec des notes marginales que, par la confrontation des écritures, on découvrit être de la main du P. de Neuville. Il es^certain que , depuis ce temps-là, le duc de Choiseul a toujours regardé ce Père comme auteur du mémoire. H s'en expliqua assez hautement, le jour du service de M. de Belle*Iale aux Invalides. Le P. de Neuville avoit prononcé l'oraison funèbre et avoit fait au duc de Choiseul, qui étoit préseût, un compliment très flatteur. Au sortir de la cérémonie , quelques seigneurs ayant félicité le Duc de Féloge qu'il avoit reçu : Cela €st vrai, répondit-il^ k P. de Neuville m'a loué très bien en public ; et il /ail en particulier des mémoires contre moi.
Cependant le bruil^ s'étant répandu que Toraison funèbre alloit être imprimée, M. de Choiseul écrivit au P. de Neuville poar le prier de lui envoyer son discours, avant de le livrer à Timprimeur, parce que, s'y trouvant quelques points de politique qui pouvoient intéresser les puissances étrangères;^ il étoit a propos qu'il passât sous les yeux du ministère ; que de plus il reverroit avec grand plaisir, sur le papier, une pièce qu'il avoit entendue avec tant de satisfaction. Le P. de Neuvillerépondit que,dcsqu'ilauroit retouché son ouvrage, il aurbi^'honneur de le lui porter en personne, ne voulant pas manquer cette occasion de lui faire sa cour et de lui rendre ses hommages. Mais, dans Tintervalle, ayant appris ce qui s'étoit passé aux Invalides, il changea
cTavîs, et se contenta d'envoyer son manuscritàM. Tabbé àe la Ville, premier commis de* affaires étrangène8«. ©ans la lettre qu'il avoit jointe, il disoit que son pre^^ mier dessein avoit été de porter lui-même- son oraison funèbre à M. de Choiseut, mais que depuis, ayant su que ce ministre te regardoit (^mme un mal' honnête homme, il n'a voit pas cru devoir se présenter devant lui. L'abbé de laVille ne manqua pas de faire partde cettie lettre à M. de Choiseul. C'étoit précisément ce que pré» tendoit le P. de Neuville. Au bout de quelques jonrs^ le Duc étant venu à Paris,, fit prier le P. de Qfenville de. passer chez lui. Il le reçoit avec toute sorte de distinct tion ; et sans entrer dans une plus grande déclaration , •je sais, dit-il en riant, queveus nàespas content de mci. « J'ai peut-être aussi, de mon côté, quelque sujet de me «plaindre; mais il Ëiutneplus penser à tout ce qui <r s'est passé, et vivre en bonne rntelligence*» • On sesé^para ainsi, sansque, de part et d'autre, on comptât beau«coup sur cette espèce de réconciliation. Le P. de Neu»ville n'en regarda pas moins le duc de Choiseul comme l'ennemi de la Compagnie ; et , de son côté , le duc de Choiseul resta persuadé que le P^ de Neuville avoit travaillé à le perdre. Il est certain que, postérieurement à cette entrevue, il est échappé au Due de direque^ sans le respect qu'il avoit pour M. le Dauphin, le P. de Neuville et son frère, ne coucheroient pas dans Parts. • Je n'oserois ni contester ni affirmer le fait du manus^ crit trouvé dans les papiers de M. deBellc^Isle. Toutce que j'en conclus, en supposant la vérité du fait, c'est que le P. de Neuville avoit eu cônnoissance duMémbirey qu'il en avoit conféré avec lé Maréchal , que peut-être il y avoit écrit quelques observations ; mais ^'ai d'ailleurs de fortes raisons de penser, qu'il n'en étoit pas l'auteur. Au surplus, quand il l'auroit en effet dressé lui-même, il ne semble pas que le duc de Choiseul eiit
eu' raison de se plaindre (i). Il se forme un complot pour détruire les Jésuites en France : M. de Choiseul Tappuie de tout son crédit et s'en fait le premier promoteur ; L'intrigue parvient à la connoissance des Jésuites ; le dsoit d'une juste défense ne les autorise-t-il pas à pren* dre des mesures pour détourner Torage? Ils étoient les premiers offensés , et dans les principes de Téquité *^aturelley.eux seuls Font été, dans toute cette affaire.
Quoi qu'il en soit, la mort du maréchal de Belle-Isle laissoit les Jésuites a ia*merci de leurs ennemis. Ce n'est pas qu'il ne restât dans le conseil des personnes qui leur étoient favorables;, mais elles y étoient sans autorité. Si on n'affectoit pas encore, comme on Ta fait depuis, de contrarier en (out les désirs de M. le Dauphin , on commençoit déjà à faire peu de cas de ses avis. On se moquoit du chancelier f on le trompoit par des artifices dont sa droiture ne se défioit pas. Les maréchaux de Soubise et d'Ëstrées , ou ne se trouvoient pas aux délibérations, ou n'étoîent pas écoutés; tout le crédit étoit dans les mains deBerryer, et surtout dans celles du duc de Choiseul qui , pour s'étayer de plus en plus, fit encore donner le ministère des Affaires Etrangères au comte de ChoiseuUChampagne , son cousin , rappelle exprès de l'Ambassade de Vienne* Aussi ne tarda-t-on pas à voir renouer les intrigues. Les Jésuites, par une imprudenee qu'on ne sauroit expliquer qu'en les supposant frappés d'aveuglement, avoient euxmêmes fourni des armes à leurs adversaires. Us avoient porté ù la Grand'-Chambre du Parlement la contestation suscitée à leur compagnie, au sujet des dettes de la mission de la Martinique. La perte de ce procès, fruit de tant de sourdes manœuvres, qu'on auroit dû prévoir,
(i) L'abbé Georgel assure que ce Mémoire avoit éléen-eflfet rédige par le P. de Neuville, et qu'il eu a vu la minute. {Noie deV^kliteur,)
38 DfiSTRDCnOIf
commença par roï&er la Société dans son temporeL Cétoit le moindre effet qu'on en dût attendre. Hais par un enchaînement de- démarches concertées, elles^ amenèrent Texamen de l'Instîtot, et eonséqoemment tous les malheurs qui en ont été la suite. Cest précisé» ment pour en faire naître l'occasion, que fut imaginé le système absurde de la solidarùê.Les avocats des créan*ciersne trouvant, ni dans lesloix, ni dans la droileraison auèun fondement solide sur lequel ils pussent s'appuyer , prétendirent en tirer la preuve du régime même de la Société et de la forme de son administra* tiicm. Hs peignirent ce régime sous les couleurs les plus odieuses, tronquant, défigurant, falsifiant les textes avec une mauvaise foi qui , dans d'autres temps ,auroit attiré la vindicte publique. Mais, suivant la route qui leur avoit été tracée , ils étoient assurés* d'arriver à leur» fins ; et quelle que dèt être d'ailleurs l'issue du procès, des Lioncy y ils gaguoient toujours le poiotimportant, qui étoit de fixer les yeux du public sur l'Institut des Jésuites, et de fournir aux Magistrat]» un prétexte de le soumettre à teur discussion. Le piège étoit inévi^* table pour les Jésuites. Forcés de se justifier, ils vengèrent les outrages faits à la vérité. Leurs défenses attirèrent de^ nouvelles attaques, et celles-ci de nouvellesrépliques; de sorte que l'affaire du P. de k Valette; devint la cause générale des Constitutions.
C'étoit le moment qu'aitendoient MM. des Enquêtes^ jusqu'alors en apparence spectateurs oisifs de cette grande contestation , tandis que sourdemement ils dirigeoiènt en effet tous les fils de l'intrigue. L'Institut fut dénoncé aux Chambres assemblées , comme attaqué par des imputations qui intéressoicnt l'ordre public et méritoient toute l'attention de la M&gistrature. La partie étoit si bien concertée , ^ue, sur le champ, il intervint arrétqui onlonnoit aux ôupérieursdes Maisons der
ParÎ9 y de déposer 9 dans trois jours, au greffe de la Goiht «a exenaplaîre de Tlnsiitat^ de rédition de Prague de il&l» Les Jésuiies obéirent avec une promptitude iqui marquoit bien la- persuasion oiï ils étoient que (e^r insiitul; n'aToit rieu Se redouter de TexaineQ le plus rigoureux. On Leur donnoit un délai de trois jours ; jàu lieu d'en profiter , comme la saind politique .sembloit y exiger» pour étouffier, s'il étoit possiMe, oette première étincelle y ils -se hâtèrent d'obtempérer à Tarrét. 1| leur aroit été signi&é le jour mémei un peu aidant la nuit; dès le. lendemain de gnmd matin 1 le P. .de Hontigny 9 procureur d^ la pro^iace France , se rendit au Palais , et ^ au nom de ses Supérieurs, remit re&em"plaire demandé entre les mains du Greffier,
C^endant M. le Chancelier apprit à Ym^sailles Tarrêt qui yenoit d'élue rendu. Il n*en fui pas plutôt informé^ qu'il en fit part aux Confesseurs de la Cour, lesquels n'en ayoient pas eu la moindre nouyelle.. Après s'fètrr eoncerté avec eux et avec M. le Dauphin sur les moyens d'arrêter les démarches du Parlement, il. se. transporta chez le Roi et Lui rendit compte de ce qui se paasoii. Sa Majesté parut dans ce moment disposée à. Tenir au secours delà Société. En effet rie lendemain > le premier président et le proouneur-général furent mandés à Versailles. Le Roi leur dit qu'il étoit fort mécontent du nouvel éclat que yenoit de faire son Parlement; qu^il ne youloit pas absolument que. cette affaire fut suivie; et qu'il alLoit £»ire expédier: une lettre de cachet pour défendre aux Jésuites d'obtem<t pérer a leur arrêt.. Le prem^ier Président répondit que les Jésuites s'y.étoient déjà conformés, et que leun institut étoit déposé au Greffe. Cette:réponse inatten-r tendue dcconcertasa Majesté,, qui voyoit rompues par là les mesures qu'elle avoit imaginées pour Si'iuver Je» Jésuites. Elle en ténK>igna son étomienient au P. Des-^
ttUirest d^uB ton qui annonçok du mécontentemeiit. L empressement des JésuileSj répondit le Confesseur, doit prouvera vctre Majesté jusqu* à quel poini ils respectent vùtre autorité y dans les personnes qui en sonê dépositaires ^ « Encore une fois, reprit le Roi, le P. de Montigny « s'est bien pressé; il m'a lié les mains. » Paroles qui durent fairecomprendre dès-lors anxJésuiteSy combien ils devoientpeu compter sur une protection constante de la part d'un Prince, quise croyoitlté parun pareil obstacle. Les protecteurs des Jésuites ne perdirent pourtant pas courage. Ils firent de nouvelles tentatives auprès du Roiy ety au bout de quelques semaines, en obtinrent un ordre par lequel il étoit enjoint au Parlement de remettre au greffé du Conseil Fexemplaire de l'Institut qu'il avoit entre les mains, sa Majesté voulant on prendre connoîssance par blle-méme; Les dernières expressions sembloient interdire au Parlement toutes procédures ultérieures sur cette affaire ; mais la défense n'étoit pas positive, et il y a tout lieu de croire, que les Ministres , en dressant les lettres , s'étoient exprimés à dessein d' une manière amUgue, afin de laisser au Parlement quelque subterfuge pour éludisr les ordres du Roi, sans paroitre lui désobéir. Le Parlement ne manqua pas d'en profiter. S'élant assemblé pour entendre la lecture des ordres que le premier Président étoit chargé de lui signifier, il arrêta que l'Institut seroit porté au Roi , mais que préalablement il en seroit déposé un autre exemplaire au Greffe. Un des Magistrats avoit eu la précaution d'en apporter un à. l'Assemblée» Il le produisit , et on nomma des Commissaires qui furent chargés de le coUationner sur-le-champ. Ainsi les précautions prises par la Cour devinrent inutiles; et le Parlement, sans, être arrêté dans sa marche, continua ses opérations avec l'ardeur et le succès que tout le monde sait. Les esprits étoient si échauffés.
DES JESUITES. 5t
au iM>rlir de cette assemblée y que plusieurs Conseillers, sans dissimuler davantage toute détendue de leur projet y disoient hautement qu'il falloîty ou que le Parlement fut anéanti , ou que les Jésuites périssent.
Le Roi) Gomme si son autorité n'eût point été blessée dans la manière dont on avoit reçu ses ordres , se con^ tenta de nommer, de son côté , une commission du CcHiseil pour examiner Tlpstitut. Elle étoit composée de MM. Gilbert des Voisins , Feydeau de Brou , d'Aguesseau de Fresne, Pontcarré de Viarme, delà Bourdonnaie, et de M. de Flesselles^ Maitre des requêtes, chargé de faire le rapport. Ces Magistrats mirem àans doute plus de flegme et plus de maturité dans leur examen ; mais s'étant obstinés à demander le changement de quelques points substantiels des Constitutions, ils nuisirent peut-être plus aux Jésuites par leur modération, que le parlement avec toutes ses fureurs. Car les Jésuites n'ayant pu admettre les innova^ tionsqu'oii vouloit introduire dans leur Institut, on se servit de leur refus pour indisposer contre eux Tesprit du Roi et pour le faire consentir enfin k Leur destruction; supposé comme je Tai dit, qu'il n*y eût pas encore donné jusqu'alors un consentement exprès. Quant à moi, je suis fort porté à croire que, dès l'origine (i), il
(i) Nous ne le pensons pas. Toat s^explique plus natùcellemeni par la foiblesse de caractère et par l'indolence d'esprit de Louis XY. Les insinuations de sa pieuse famille , les représentations du pape , les sollicitations àes évéques, réyeilloient , de temps à autre, dans h: fond de son âme, ces sentiments de religîoif qui y étoient comme enracinés , et alors il raontroit quelque résistance à la cabale dont il étoit obsédé ; mais bientôt ses habitudes yicieuses et inyétérées- le livroient de nouTeau à ses artifices j et c'est ainsi qu'on le Toit , dans tout le. cours de cette affaire , flottant dans la plus déplorable indécision, jusqu'au moment où cette clique d'intrigants fut parvenue à Feffrayer sérieusement sut sa propre sùreté.Ce fut alors seulement qu'il abandonna sans retour les Jésuites. (JVotc de l'Editeur^)
n DESTRUCTION
9^oit été instruit du complot, et qu'on ëtoit venu à bout de lui arracher son conseil teiûentJVoiei les raisons qui me donnent lieu de le penser.
1». C'est un fait aujourd'hui dëmontrë,qué les Minis- * ires ont été d'intelligence avec les Parlements;^ qu'ils^ les ont aiiimés à la perte dès Jésuites , ou du moins , qu'ils ont favorisé leurs entreprises : Nous en avons, donné plus haut la preuve. Par rapport aux Parlements de province, les Magistrats d'Aix, de Besançon , de Pau, de Colmar, s'en sont expliqués clairement. M. de la Chalotais, procureur giénéral du Parlement de Bretagne, eut lui-même FimjMrudence de l'avouer, fatigué des reproches qu'il essuyoit de toutes parts sur ce qu'il avoit dénoncé aux Chambres assemblées llnstitut des Jésuites : « Je n'ai rien fait sans ordre » , dtt-il, citant une certabie lettre de M. de St.-Florentin. Or le Bot n'a pu ignorer toutes ces manœuvres ; plus «l'une fois on lui en a rendu compte. Si les Ministres agissoient de leur chef, c'étoit dans eux une trahison manifeste , puisqu'ils inierposoient le nom et l'au" torité du Roi y. sans son aveu et contre soii 'gré. Cependant leur faveur n'a fait que s'accroître chaque jour. C'est depuis cette époque que les Sceaux^ ont été donnés à M. Berryer; que M. de Choiseul a réuni le . département de la Marine à celui de la Guerre; qu'il a obtenu un grand Gouvernement, le commandement général des Suisses et Grisons, des titres , des grâces, des dignités sans nombre pour sa famille.
2°. Lorsqu'on vit paroître les arrêts provisoires du Parlement de Paris du 6 Août 1761 , arrêts qui annoaçoient la ruine totale des Jésuites et commençoient déjà à l'opérer, la reine, M. le Dauphin, la famille Royale, M. le Chancelier, généralement tous les Jésuites qui avoiewt quelque crédit , en sollicitèrent vivement la cassation. Toute la France s'y attendoit : le pre-
DBS JESUITES. 33
Hiiér moaTement, dans le public, avoil été un mouvement de surprise et d*indignation. ,On ne parloit des arrêts que comme d'un prodige de fureur, de délire, et d'extravagance. Tout ce c(ue ta Cour eût fait dans ce moment auroit donc paru équitable. Au lîeU de pro-^ fiter de la disposition des esprits, le Roi se borna à* surseoir d'un an Texécution des arrêts. Il souffrit même,sans marquer le moindre mécontentement, que le Parle-^ ment, de son plein pouvoir, réduisit à six mois le délai accordé par des lettres patentes et qu'il anéantit presque tout l'effet de ces Lettres par une foulé de tno^ difications insultantes pour l'autorité Royale.
3<>. L'Assemblée des Evêques fut encore une occasion bien favorable de sauver les Jésuites. Cinquante Prélats* s'étoient trouvés à cette Assemblée (et avoient porté le jugement le plus honorable de la doctrine , des mœurs, des services, du gouverniement de ces Religieux. La cause de l'Institut étoit donc décidée, et lesr imputations du Parlement détruites par le Clergé deFrance, avec une authenticité aussi grande qu^oa pût la désirer. Les Evêques en remettant au Roi le résultat de leur» délibérations, lui parlèrent ai^ec la plu« grande, force en faveur de la Société, denumdtnU^ c'étoient leurs* expressions, sa conservation avtc le même zèle qm les intéreS" soit à la conservation même de la Religion, D'un autre côté le Souverain Pontife avoit adressé à sa Majesté differenfs Rrefs non moins pressants et aussi honorables pour les Jésuites. Si le Roi eût voulu sincèrement s'opposer a la ruine de la Société , il n'auroit pas lAanqué de s'ap« puyer de Tautorité de l'Eglise, juge naturel dans linc affaire de doctrine et toute spirituelle. Or, quel effet produisirent les prières du Pape, Favis et les instances du clergé? Le Roi y eut si peu égard que TEdit du mois de février 1762 contenoit deô disppsitions absolu* ment contraires.
. 4®. Le premier arrêt définitif porte contre les Jésuites fut celui du Parlement de Rouen , du 12 février ITHS^ Ce tribunal , ne gardant aucune mesure , avoit Tiolë également, dans cet arrêt, toutes les loix delà jurisprudence, de TéquitÇ) de la modération et de la bienséance. L'autorité de TEglise y.étoit outragée àyec une audace et un scandale qui demandoit une réparation éclatante. On indique à. Versailles uii Conseil sur cette affaire. Tous les membres de la commission > y sont appelles. M. de Flesselles fait le rapport dans des termes pleins d'énergie , et conclut à casser et annuler rarr<ét avec les qualifications les plus fortes. Tous ceux qui assistoient au conseil adhérèrent unanimement à cet avis, à rexéption de M. Berryer et du duc de Choiseul : celui-ci disant qu'il n*av6it pas lu Farrét ; celui-lk,que toute démarche contre le Parlement paroissoit superflue, parce qu'avant trois mois il rougiroit lui-même de ses excès. Malgré cette uniformitépresqué universelle de sentiments, le Roi, de lui-même, rompit rassemblée sans rien conclure. Ainsi l'attentat du Parlement de Rouen resta impuni ; et son arrêt sortit sou plein et entier effet, sans rencontrer aucun obstîaclc de la part de l'autorité royale*
50. Le' Conseil d'Artois, de tout temps juge souverain dans les affaires criminelles, refuse de reconnottre les arrêts du Parlement de Paris et dçfend aux Jésuites de s'y conformer. Il s'élève à ce sujet entre ces d«ux tribunaux une vive contestation, qui est poussée de part et d'autre avec beaucoup de chaleur. Les Etats d'Artois interviennent dans la cause pour soutenir les privilèges xle leur Province. De l'aveu de toutes les perso|ines vergées dans les loix, les prétentions des Magistrats Artésiensétoientles mieux fondées en raison. De plus, décider en leur faveur, c'étoit coniserver cinq Maisons aux Jésuites. Qu'arive-t-il? Le Parlement
de Paris gagne son procès, et le Conseil d^Àrloîs^ outre les points contestés, perd à jamais le droit qu'on ne liii disputoit point, de juger en dernier ressort les matières eriminelles» .^
6<>. Au mois de décembre 1 7 62, il est question à Versailles de prononcer enfin définitivement sur les divisions qui régiioient depuis plusieurs mois;.. dans le parlement -d'Aixj.. Pour conserver les Jésuites dans la Provence, san3 avoir recours à des coups violents, il ne falloit que soutenir lé parti <{ui leur étott favorable» Tout paroissoit devoir faire pencher le Roi vers cette résolution. Une portion considérable des Magistrats le demandoit avec instance. C'étoit le vœu général de toute la Provence. Les parlements ile Toul<^use, de Dijon-, de Grenoble, de Besançon, de Pau, de Douai', as^ez favorablement disposés pour les Jésuites, sent* bloient n'attendre, pour les maintenir dans leurs ressorts, que la décision de cette afiaire. L'autorité royale y étoit même intéressée, puisque la faction opposée aux Jésuites dans le parlement d'Aix, sans égard pour le' sursis ordonné par sa Majesté,- avoit fixé le. 3 janvier, pour porter un arr^ét définitif. M. le Dauphin, M. le chancelier, M. le garde-des-sceaux (Feydeau de Brou) firent valoir ces raisons dans le conseil, avec beaucoup de force, jusqu'à dire au Roi, que s'il abandonuoit M. le président d'Eguille et ses adhérents,, il ne lui resteroit plus désormais d'autorité dans son ro.yaumf • Les maréchaux de Soubise et d'Etrées ainsi que M. le contrûleur-^général adoptèrent cet avis. Les ducs de Choiseul et de Praslin, MM. de S. Florentin, Gilbert des Voisins, d'Aguesseau de Fresne, furent à la vérité d'une opinion difierente ; mais la diversité de leurs sentiments n'empêchoit pas la pjùr^alité de se trouver en faveur des Jésuite-set de leurs partisans. Néanmoins le Roi, accoutumé, daïis toutes les occa-
sioils à suivre Tavis du plus grand nombre; se rànfe eetie fois du c6lë le moins nombreux , et déclare que «'ayantpas jusqu'ici envoyé des ot*dres aux parlements, il ne croyoit pas devoir tenir une oenduite difEérente vis-à-vis de celui d'Aix.
A toutes les raisons que je viens d^a^porter, qu'on ajo<jte les lettres de ParecUis accordées an parlement de Paris y pour faire exécuter T^irrét des Lioncy, dans tous.les ressorts où l'on semblait vouloir conserver les Jésuites. Qu'on y joigne l'exclusion prononcée contre deux membres du parlement de Besancon, sous .prétexte qu41s ne s'étoient pas trouvés à une première assemblée, mais en effet, parce qu'on les sa voit favorables aux Jésuites. Qu'on suive de point en poiiit la marche qu'à tenue la Cour depuis le commencement des affaires jusqu'à ce jour, et si l'on n'est pas forcé de convenir, on sera du moins fort tenté de soupçonner que les parlemefits et les ministres, en travaillant de concert à la ruine de la Société, n'ont point agi à l'aventure ; qu'ils s'étoient d'avance assurés du succès; en un mot, que le prince, instruit du projet, avoit promis de n'y point opposer de barrière efficace.
Je ne crois pas cependant qu'il faille attribuer lat <M>nduite du Roi à aucune impression désavantageuse qu'il eût conçue dés Jésuites. Il est convaincu , on n'en peut guère douter, de leur innocence, de leur lidéliié , de leur amour pour la patrie, de leur attachement pour sa personne* Mille fois il s'en est expliqué .dans les termes les moins équivoques. La foiblesse seule lui a arraché un consentement, auquel son in- 4clination naturelle répugnoit. Jimide de son caractère, sa timidité, comme je l'ai déjà remarqué, s'est infiniment accrue depuis le malheur du 5 janvier 1757. Les personnes qui l'environnent, inléressées à l'entre*
tenir dans ses frayeurs , n'ont pas manqué de les fortifier. Elles lui ont fait entendre que Tattentat commis contre sa personne , étoit une suite de la fermentation dont son royaume étoit agité depuis plusieurs années ; que cette fermentation étoit occasionnée et entretenue par les querelles théologiques des Jésuites et des Jansénites ; que le Jansénisme étoit un parti violent, d'autant plus dangereux qu'il se croyoit soutenu de toute la puissance du parlement; que le seul moyen de Fappaiser étoit de lui abandonner les Jésuites ; qu'à la vérité, il étoit dur d'en venir à cette extrémité à Tégard d'un corps de religieux d'ailleurs utiles, mais que, sans cela f on ne pouvoit pas se flatter de voir jamais cesser les divisions qui troubloient TÉglise et altéroient la tranquillité de Fétat et du souverain.
Ces discours insidieux, idéguisés avec art et sans cesse répétés, ont eu tout le succès qu'on s'en promettoit. Après bien des résistances et des combats, le Roi a enfin rendu les arm^s ; et sacrifiant tout k ce qu'il a cru devoir procurer sa sûreté, contre son gré, contre sa propre conviction, il a consenti k la destruction d'une Compagnie qu'il aimoit, qu'il avoit comblée de ses bienfaits, et qu'il croyoit digne de sa protection.
FIN
IMPRIMERIE ET FONDERIE DE J. WNARD
Kin d'ahJOU-DAITTHIHB, h. 8, ▲ ?AR1S.
DU